
Roger-Luc Chayer (Image : Kirsty Wigglesworth/AP)
Information erronée sur le roi Charles III et l’interdiction des thérapies de conversion
On fait largement circuler sur le web depuis deux jours une information erronée concernant le roi Charles III du Royaume-Uni, ainsi que du Canada, affirmant qu’il aurait ordonné l’interdiction des thérapies de conversion, ce qui a entraîné des vagues de félicitations à travers le monde. Or, cette nouvelle est largement trompeuse et découle d’une méconnaissance du fonctionnement du système parlementaire britannique.
Que sont les thérapies de conversion ?
Les thérapies de conversion désignent un ensemble de pratiques qui prétendent modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne afin de la rendre hétérosexuelle ou conforme au genre assigné à la naissance. Elles reposent sur l’idée, largement rejetée par les organisations médicales et psychologiques, que ces aspects de l’identité seraient des comportements ou des troubles à corriger.
Dans les faits, ces pratiques peuvent prendre des formes variées, allant de séances de counselling pseudo-thérapeutique à des approches plus coercitives ou humiliantes. Elles sont aujourd’hui dénoncées par de nombreux organismes de santé et de droits humains, qui les considèrent comme inefficaces et potentiellement nocives sur le plan psychologique.
Le roi Charles III n’a pas le pouvoir d’interdire les thérapies de conversion
Évidemment, affirmer que le roi Charles aurait le pouvoir de décréter une telle interdiction est faux, puisqu’il ne détient pas de pouvoir législatif. Le roi est le chef de l’État, mais c’est le Parlement qui adopte les lois au Royaume-Uni. D’où vient alors la confusion ?
Le Discours du Trône du 13 mai 2026 expliqué
Lors du discours du Trône du 13 mai 2026, le roi Charles III a lu un texte rédigé par le gouvernement britannique dans le cadre de l’ouverture de la session parlementaire. Ce discours ne reflète pas des décisions personnelles du monarque, mais présente officiellement le programme législatif du gouvernement pour les mois à venir.
C’est dans ce cadre que figure l’intention du gouvernement britannique de légiférer pour interdire les thérapies de conversion. Le roi a donc annoncé cette mesure uniquement au sens protocolaire : il a donné lecture du programme gouvernemental devant le Parlement, sans en être l’auteur ni le décideur.
Le rôle cérémonial du roi dans la monarchie constitutionnelle britannique
Dans le système constitutionnel britannique, le discours du Trône est un moment symbolique où le chef de l’État, en l’occurrence le roi Charles III, ouvre officiellement la session parlementaire. Cependant, le contenu est entièrement préparé par le Premier ministre et son cabinet. Le rôle du roi est donc cérémonial : il incarne l’État et assure la continuité institutionnelle, tandis que le pouvoir de proposer, débattre et adopter les lois appartient exclusivement au Parlement.
C’est cette distinction qui explique la confusion fréquente. Le public peut avoir l’impression que le roi “annonce” des décisions, alors qu’en réalité il en est le porte-voix institutionnel, sans pouvoir politique direct.
Pouvoirs réels du roi Charles III : monarchie constitutionnelle
Dans le système britannique, les pouvoirs du roi sont en grande partie formels et exercés sur avis du gouvernement, mais il existe quelques cas très limités où l’on parle de “pouvoirs de prérogative royale”. En pratique, ils sont presque toujours encadrés par la convention constitutionnelle, ce qui signifie que le roi n’agit pas librement.
Théoriquement, le monarque dispose encore de certains pouvoirs comme la nomination du Premier ministre, la dissolution du Parlement ou la sanction royale des lois. Cependant, dans la réalité moderne, ces décisions sont prises conformément aux résultats électoraux et aux recommandations du gouvernement.
Même si le roi conserve formellement certains pouvoirs, le Royaume-Uni est une monarchie constitutionnelle où le pouvoir réel de décision appartient au Parlement et au gouvernement, et non au souverain.
Une bonne nouvelle pour les communautés LGBTQ+
Mais le simple fait d’annoncer, dans son discours, l’intention du gouvernement d’interdire les thérapies de conversion constitue une excellente nouvelle pour les personnes des communautés LGBTQ+ qui en subissent les effets néfastes et les séquelles.
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