
Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)
La province canadienne du Manitoba déclarait la semaine dernière une urgence de santé publique en raison d’une hausse incontrôlée des cas de transmission du VIH, le virus responsable du SIDA lorsqu’il n’est pas traité. Et pour la première fois au Canada, ce ne sont plus les hommes gais qui représentent la majorité des nouveaux cas, mais bien les femmes et les membres des Premières Nations.
Le gouvernement du Manitoba a officiellement déclaré une urgence de santé publique liée au VIH en mai 2026, après une hausse spectaculaire des infections au cours des dernières années. Selon le ministère provincial de la Santé, les nouveaux cas sont passés de 90 en 2019 à 328 en 2025, ce qui place désormais le Manitoba parmi les provinces les plus touchées au Canada.
La situation est jugée particulièrement préoccupante parce que le taux manitobain dépasse largement la moyenne canadienne. En 2024, le Manitoba enregistrait environ 19,5 cas pour 100 000 habitants, soit plus de trois fois le taux national. Les régions les plus touchées sont Prairie Mountain et le nord du Manitoba, même si Winnipeg demeure l’endroit où l’on retrouve le plus grand nombre total de cas.
Le ministère de la Santé explique que le profil du VIH au Manitoba diffère du reste du Canada. Alors qu’ailleurs la transmission touche davantage les relations sexuelles entre hommes, au Manitoba une grande partie des infections est associée à l’usage de drogues injectables et aux relations hétérosexuelles non protégées. Les autorités relient aussi la crise à des facteurs sociaux plus larges : itinérance, pauvreté, problèmes de santé mentale, dépendances et accès difficile aux soins dans les régions rurales et nordiques.
Le gouvernement reconnaît également que les peuples autochtones sont touchés de façon disproportionnée. Plus de la moitié des nouveaux cas concernent des femmes, ce qui est inhabituel comparativement au reste du pays. Plusieurs femmes nouvellement diagnostiquées ont moins de 40 ans, ce qui augmente le risque de transmission mère-enfant. Le Manitoba a d’ailleurs enregistré des cas de transmission périnatale du VIH en 2024 et en 2025.
Les autorités sanitaires affirment aussi que le Manitoba compte l’un des plus faibles taux au pays de personnes vivant avec le VIH qui sont sous traitement et dont la charge virale est supprimée. Cela signifie qu’un nombre important de personnes ne reçoivent pas ou ne maintiennent pas les traitements antirétroviraux nécessaires.
Face à cette situation, le gouvernement provincial veut renforcer plusieurs mesures : dépistage plus fréquent, accès accru aux traitements antirétroviraux, distribution de matériel stérile pour réduire les risques liés aux drogues injectables, promotion de la PrEP (prophylaxie préexposition), campagnes de sensibilisation et lutte contre la stigmatisation.
La crise du VIH au Manitoba déclenche désormais une véritable guerre idéologique. Pendant que les infections explosent et que la province se voit forcée de déclarer une urgence sanitaire, certains militants réclament encore plus de politiques de réduction des méfaits, davantage de distribution de seringues et une approche jugée trop permissive envers les dépendances.
À l’inverse, de nombreux citoyens dénoncent l’échec des stratégies actuelles, accusées d’avoir laissé la situation dégénérer pendant des années. Dans plusieurs communautés rurales, la contestation est devenue si forte que des restrictions ont été imposées à la distribution de matériel de consommation, alimentant un climat de tension et de colère autour de la propagation fulgurante du VIH.
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