L’Expression
Le sida n’est plus un tabou. Les malades ont longtemps résisté aux ruptures des antirétroviraux. Un grand nombre de malades ont brisé, pour la première fois, le mur du silence en se rassemblant massivement, jeudi, à proximité du siège de l’Observatoire régional de la santé d’Oran (Orso). Une première dans les annales de la revendication sociale. Des patients, visiblement très malades, revendiquent le droit aux soins et la mise à leur disponibilité, sans interruption, des médicaments appropriés. Ce qui a motivé les sidéens à monter au créneau est l’évacuation en urgence, mercredi, de sept personnes vers des services hospitaliers. Dans leur action, les protestataires, dont certains gravement atteints, ont tiré la sonnette d’alarme en vue de solutionner, au plus tôt, ce qu’ils ont qualifié de situation pénalisante. Plusieurs d’entre eux n’ont pas dissimulé leur crainte de voir leur situation empirer. «Les ruptures récurrente des stocks de médicaments, ont, à maintes reprises, posé de sérieux problèmes à Oran, tandis que dans d’autres régions, la couverture médicele est à 100%», ont indiqué, d’un ton amer, plusieurs autres malades. Présent sur les lieux de la protestation, Le Pr Abdelaziz Tajeddine n’a pas mâché ses mots en qualifiant la rareté inexpliquée des antirétroviraux d’inacceptable et de douloureuse. «Il faut prendre les mesures nécessaires et urgentes à l’effet de solutionner définitivement la problématique des ruptures de stocks de ces médicaments vitaux», a-t-il plaidé, ajoutant que «l’Etat a investi des moyens financiers conséquents pour la prise en charge des personnes atteintes du virus du sida, mais toujours est-il que nous ne comprenons pas pourquoi il existe constamment des ruptures d’antirétroviraux à la Pharmacie centrale d’Oran». Alarmiste dans ses déclarations, Djamila Ouabdeslem, médecin spécialisé du centre de dépistage volontaire (CDV), relevant de l’association Apcs dira que «des personnes malades sont exposées à la mort à tout moment faute des médicaments appropriés». Le sida est cette pathologie dont la transmissibilité est connue par tout le monde. A Oran, le virus fait des ravages tandis que les chiffres sont loin d’être donnés avec exactitude. Les services des maladies infectieuses prennent en charge au moins 1500 personnes parmi lesquelles on trouve des hommes, des femmes et même des enfants en bas âge. Plus de 200 décès des suites du sida ont été enregistrés depuis 1990 à ce jour. Le ton est à la sensibilisation et la prévention au lieu du rejet par la société des personnes atteintes. Mieux vaut tard que jamais. En effet, l’association Aids Algérie a, dans une courte campagne de sensibilisation, parcouru tout récemment les plages d’Oran et d’El Kala (El Tarf) en passant par celles de Béjaïa. dans le but de faire face à ce phénomène ravageur, la même association a inscrit dans la durée son combat contre la propagation du VIH. Les enquêtes élaborées dans le cadre du dispositif ONU-sida, démontrent irréfutablement que la prévalence des infections par le VIH est élevée. L’Algérie n’est pas en reste puisqu’une tranche d’âge bien définie est exposée à la contamination. Les jeunes de 15 à 24 ans, les femmes enceintes, les consommateurs de drogues injectables, les migrants, sont ainsi vulnérables. Pis encore, un taux infime, estimé à 2.9%, de jeunes universitaires maîtrisent les connaissances liées aux causes de contamination. Toutefois, l’association Aids Algérie met son cap vers l’amélioration du cadre d’intervention et de prévention contre le virus mortel. Un plan national stratégique VIH/Sida 2008-2012, qui est déjà en oeuvre, cible les couches sociales vulnérables.