
Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)
Une nouvelle maladie transmise sexuellement semble se manifester chez l’humain. Auparavant, cette bactérie existait déjà, mais presque exclusivement chez les animaux. Lorsque des humains la contractaient, c’était généralement à la suite de contacts avec des animaux d’élevage. Or, des foyers d’éclosion ont récemment été découverts en Europe et concernent uniquement des transmissions d’humain à humain, sans qu’aucun animal ne soit impliqué.
Il est ici question de la dermatophilose. Pire, pour le moment, elle ne se manifeste qu’auprès des hommes gais.
À l’origine, la dermatophilose est une infection cutanée causée par la bactérie Dermatophilus congolensis. Cette maladie est surtout connue en médecine vétérinaire, où elle touche principalement les bovins, les chevaux, les moutons, les chèvres et d’autres animaux domestiques ou sauvages vivant dans des conditions humides.
Chez les animaux, l’infection provoque généralement des lésions de la peau caractérisées par des croûtes épaisses, une perte de poils ou de laine et une inflammation cutanée. La bactérie profite souvent de petites blessures ou d’une peau fragilisée par l’humidité prolongée pour pénétrer dans l’organisme.
Pendant longtemps, la dermatophilose a été considérée comme une zoonose rare chez l’être humain. Les rares cas humains documentés concernaient principalement des agriculteurs, des éleveurs, des vétérinaires ou des personnes en contact étroit avec des animaux infectés. Les lésions observées étaient généralement localisées à la peau et apparaissaient après une exposition professionnelle ou environnementale à la bactérie.
Depuis quelques années, des chercheurs européens ont toutefois signalé des cas inhabituels de transmission entre humains, notamment dans des réseaux sexuels, ce qui a conduit certains spécialistes à s’interroger sur son potentiel émergent comme infection transmissible sexuellement. Les données demeurent encore limitées et la dermatophilose n’est pas officiellement classée parmi les ITSS reconnues par la plupart des autorités de santé publique à ce jour.
Mais plusieurs médecins la considèrent déjà comme une ITSS émergente.
Depuis fin 2025, des clusters ont été identifiés en Espagne (Barcelone) et en France (surtout Lyon, Paris, et d’autres villes), avec une quarantaine de cas recensés en France. Ces cas concernent principalement des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), sans aucun contact rapporté avec des animaux.
Les éléments qui font pencher pour une transmission sexuelle :
Lésions cutanées (papules, pustules, croûtes) souvent localisées sur les zones génitales, périnéales, les fesses ou la barbe.
Fréquentation commune de réseaux sexuels.
Similitude génomique très forte entre les souches bactériennes des différents patients.
Absence d’exposition animale.
Transmission probable par contact peau à peau prolongé lors de rapports intimes (pas forcément par fluides corporels comme les IST classiques).
Les spécialistes (articles dans Emerging Infectious Diseases, enquêtes françaises et espagnoles) parlent d’une possible nouvelle IST ou d’une transmission interhumaine suspectée via contacts sexuels. Ce n’est pas encore classée comme une ITSS « classique » (comme la chlamydia ou la syphilis), car la transmission n’est pas exclusivement sexuelle et les études sont récentes.
Mais les indices sont suffisamment forts pour que les autorités médicales la surveillent comme telle. L’humidité et le contact étroit (promiscuité) semblent favoriser la propagation.
Chez les hommes gais, la promiscuité désigne généralement le fait d’avoir des relations sexuelles avec de nombreux partenaires différents sur une période donnée. Il s’agit toutefois d’un terme subjectif dont la définition varie selon les époques, les cultures, les communautés et les perceptions individuelles. En santé publique, les chercheurs privilégient souvent des expressions plus neutres, comme « multiplicité des partenaires sexuels » ou « nombre élevé de partenaires sexuels », afin d’éviter les jugements moraux associés au terme « promiscuité ».
Symptômes, traitement et évolution de la dermatophilose chez l’humain
Les symptômes de la dermatophilose chez l’humain (dans les cas récents de transmission interhumaine) sont principalement cutanés et généralement bénins. Ils apparaissent souvent quelques jours après un contact intime (délai médian autour de 6 jours).
Lésions ressemblant à une folliculite (inflammation des follicules pileux) : petites papules (boutons), pustules rouges, vésicules.
Croûtes épaisses, parfois suintantes ou squameuses.
Plaques inflammatoires ou rougeurs (érythème).
Démangeaisons (prurit) : fréquentes, parfois importantes, mais pas ou peu douloureuses.
Localisation typique : zones exposées lors de rapports sexuels → organes génitaux, pubis, aine, cuisses, fesses, région anale (plus rare), et aussi barbe/visages (zone périorale).
Les lésions peuvent être multiples et toucher plusieurs zones en même temps. Elles sont souvent impressionnantes visuellement (surtout les croûtes), mais restent superficielles (pas d’atteinte muqueuse profonde). Dans la plupart des cas pas de fièvre, fatigue importante, etc., sauf exception rare.
Le traitement repose principalement sur l’administration d’antibiotiques par voie orale pendant une période généralement comprise entre sept et dix jours. Les médecins utilisent le plus souvent des antibiotiques de la famille des bêta-lactamines, notamment l’amoxicilline, la céfadroxil, la cloxacilline ou encore la pénicilline.
La doxycycline, prescrite à raison de 100 mg deux fois par jour, constitue également une option thérapeutique efficace et fréquemment utilisée. En France, la pristinamycine fait aussi partie des traitements pouvant être envisagés selon le contexte clinique.
Les données disponibles indiquent que Dermatophilus congolensis demeure sensible à plusieurs familles d’antibiotiques, dont les bêta-lactamines, les tétracyclines et certains macrolides, ce qui facilite généralement la prise en charge médicale.
En complément du traitement antibiotique, des soins locaux sont souvent recommandés. Ceux-ci comprennent l’utilisation d’antiseptiques tels que la chlorhexidine ou la povidone iodée, ainsi qu’un nettoyage délicat des lésions afin de favoriser la cicatrisation.
Le retrait progressif des croûtes peut également être effectué lorsque cela est approprié. Dans certains cas, des crèmes antibiotiques locales, comme la mupirocine, ont été utilisées, bien que leur efficacité soit généralement considérée comme partielle lorsqu’elles sont employées seules.
Les observations cliniques rapportées au cours des dernières années montrent une amélioration rapide des symptômes, souvent visible en quelques jours seulement. La guérison complète survient généralement entre sept et quatorze jours après le début du traitement.
Les lésions observées chez les patients atteints ont été considérées comme bénignes et n’ont pas nécessité d’hospitalisation dans les cas documentés à ce jour.
Les spécialistes rappellent toutefois qu’un diagnostic médical demeure essentiel. Celui-ci repose généralement sur un prélèvement des lésions, sous forme de frottis ou de culture, permettant de confirmer la présence de la bactérie responsable.
L’automédication avec des antibiotiques est fortement déconseillée. Un traitement inapproprié peut compliquer le diagnostic ou favoriser l’apparition de résistances bactériennes.
Bien que certaines formes anciennes de dermatophilose aient parfois montré une guérison spontanée, les experts recommandent aujourd’hui un traitement antibiotique afin d’accélérer la disparition des lésions et de réduire les risques de transmission.
Les données disponibles suggèrent qu’une nouvelle exposition à la bactérie pourrait entraîner une réinfection. En revanche, aucune véritable rechute n’a été rapportée chez les patients ayant reçu un traitement complet et approprié.
PUBLICITÉ

LIRE AUSSI
Urgence sanitaire au Manitoba : le VIH progresse rapidement
https://gayglobe.net/urgence-sanitaire-au-manitoba-le-vih-progresse-rapidement/
Hepatitis A and Hepatitis B Vaccination in Gay Men: From the 1990s Public Health Campaigns to Bepirovirsen Innovation
https://gayglobe.net/hepatitis-a-and-hepatitis-b-vaccination-in-gay-men/
Le fil de presse du VIH/SIDA (divers articles)
https://gayglobe.net/
COVID-19 and mRNA: The Medical Revolution Born from a Pandemic
https://gayglobe.net/covid-19-and-mrna-the-medical-revolution-born-from-a-pandemic/
Fibromyalgia and magnesium deficiency: symptoms, diagnosis and supplementation
https://gayglobe.net/fibromyalgia-and-magnesium-deficiency-symptoms-diagnosis-and-supplementation/
What if immunotherapy could finally defeat HIV? The breakthrough approach that is shaking up science
https://gayglobe.net/what-if-immunotherapy-could-finally-defeat-hiv-the-breakthrough-approach-that-is-shaking-up-science/
Aide internationale et droits LGBTQ+ : le paradoxe des pays qui reçoivent des financements malgré des lois anti-homosexualité
https://gayglobe.net/aide-internationale-et-droits-lgbtq-le-paradoxe-des-pays-qui-recoivent-des-financements-malgre-des-lois-anti-homosexualite/
Bad Bunny : icône mondiale et allié des communautés LGBT
https://gayglobe.net/bad-bunny-icone-mondiale-et-allie-des-communautes-lgbt/
Montréal en crise : itinérance, drogues et détresse sociale au cœur du Village gai
https://gayglobe.net/montreal-en-crise-itinerance-drogues-et-detresse-sociale-au-coeur-du-village-gai/
Acronymes LGBTQ+ : l’arrivée des personnes « agenrées » relance le débat sur l’inclusion
https://gayglobe.net/acronymes-lgbtq-larrivee-des-personnes-agenrees-relance-le-debat-sur-linclusion/