Cultination et la tribu de Papouasie : comment une fausse information virale déforme totalement la réalité anthropologique

Cult

NDLR : certains mots ont été censurés par Gay Globe uniquement par souci de diffusion sur les réseaux sociaux, sachant que par le passé, certains outils censuraient nos textes lorsqu’ils contenaient certains mots.

Roger-Luc Chayer (Image : Cultination)

Encore une fois, le site spécialisé dans la désinformation Cultination vient d’en publier une belle en affirmant qu’une tribu de Papouasie où des hommes auraient des relations sexuelles entre eux avant de se marier avec une femme**, ce qui est totalement faux.

Voici la vérité : une publication partagée ces derniers jours sur les réseaux sociaux, notamment par la page « Cultination », présente une image choc de guerriers papous accompagnée d’un texte sensationnaliste : « Dans certaines tribus en Papouasie, les hommes pratiquent des relations sexuelles entre eux avant de se marier avec une femme. » Si l’image attire l’œil, le contenu déforme lourdement la réalité anthropologique.

Les faits concernent les Sambia (Simbari), un peuple des hautes terres de Papouasie-Nouvelle-Guinée étudié dans les années 1970 et 1980 par l’anthropologue américain Gilbert Herdt. Ce dernier a décrit un système d’initiation masculine particulièrement strict, aujourd’hui largement abandonné.

Un rituel de transmission de « force masculine »

Dans la cosmologie traditionnelle des Sambia, les garçons ne naissaient pas avec une quantité suffisante de « substance masculine » (associée au spe**e). Pour grandir, devenir des guerriers forts et fertiles, ils devaient ingérer cette substance auprès d’hommes plus âgés.

Dès l’âge de 7 à 10 ans environ, les garçons étaient séparés des femmes et placés dans la « maison des hommes ». Pendant plusieurs années, ils pratiquaient une fell**tion rituelle sur des adolescents ou jeunes initiés plus âgés, avalant le spe**e. Les rôles s’inversaient ensuite : une fois plus grands, ils devenaient à leur tour les « donneurs ». À la fin du processus, vers 18-20 ans, ils se mariaient avec une femme et cessaient définitivement ces pratiques pour adopter une vie exclusivement hétérosexuelle.

Il ne s’agissait ni de relations amoureuses, ni d’une homosexualité choisie, ni même d’une pratique récréative. C’était un acte obligatoire, hiérarchique, ritualisé et non réciproque dans le cadre d’un apprentissage rigoureux de la masculinité. Les Sambia ne considéraient d’ailleurs pas ces gestes comme relevant de l’homosexualité au sens occidental du terme, mais comme une forme de « nourriture » spirituelle nécessaire à la croissance.

Les publications virales comme celle de « Cultination » sortent complètement ce rituel de son contexte : elles le transforment en une sorte de « vie gay ancestrale » avant le mariage, ce qui est inexact et anachronique. Il n’y avait ni couples, ni recherche de plaisir mutuel, ni liberté sexuelle au sens moderne. Il s’agissait d’un système culturel rigide, ancré dans des croyances magico-religieuses et une forte ségrégation entre les sexes.

Ce type de pratiques, parfois qualifié d’homosexualité ritualisée par les anthropologues, a été observé dans plusieurs sociétés mélanésiennes, mais il a fortement régressé, voire disparu chez les Simbari, sous l’influence de la christianisation, de l’école et des transformations sociales depuis les années 1990.

Cultination n’est pas un média journalistique classique au sens d’une rédaction structurée comme une agence de presse ou un journal reconnu. Il s’agit plutôt d’une page de contenus viraux, produisant des récits sensationnalistes destinés aux réseaux sociaux.

Dans les faits, ce type de page repose souvent sur le sensationnalisme, le clickbait, et l’absence de vérification des sources, en reprenant parfois des récits déformés ou anciens pour maximiser l’engagement sur les plateformes. Pour vérifier ce type d’affirmations, il est recommandé de consulter des sources de fact-checking reconnues comme les Décodeurs du Monde ou la rubrique Factuel de l’AFP.

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