Air Transat lance Montréal–Dakar : un vol vers le Sénégal, destination à haut risque pour les voyageurs LGBT face à la criminalisation de l’homosexualité

Parlement

Opinion par Roger-Luc Chayer (Photo : Parlement sénégalais / RTS)

Le 18 juin 2026, la compagnie aérienne québécoise Air Transat annonçait en grandes pompes un nouveau vol direct entre Montréal et Dakar, la capitale du Sénégal, mais pour moi il y avait de quoi avoir honte puisque la compagnie québécoise, qui a la responsabilité de la sécurité de ses passagers, amènera directement certains de ses clients en enfer puisque le Sénégal est l’un des pays qui criminalise le plus l’homosexualité.

De simples présomptions suffisent à vous faire arrêter et emprisonner à la guise des autorités.

Au Sénégal, les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont criminalisées par le Code pénal. En pratique, cela signifie que les actes dits “contre nature” peuvent être poursuivis pénalement, avec des peines pouvant aller jusqu’à plusieurs années d’emprisonnement selon les cas.

Il n’existe pas de reconnaissance juridique des couples de même sexe, et la société reste globalement conservatrice sur ces questions. Cela dit, le niveau d’application des lois et la visibilité des poursuites peuvent varier dans le temps et selon les situations.

Le pays est majoritairement musulman (avec une forte influence des confréries soufies), et les normes sociales dominantes accordent une grande importance aux valeurs traditionnelles liées à la famille et à la religion. Dans ce contexte, l’homosexualité est souvent perçue non seulement comme une question morale, mais aussi comme une rupture avec l’ordre social et religieux.

Il faut aussi prendre en compte l’héritage colonial. Les lois criminalisant les “actes contre nature” proviennent en partie des codes pénaux hérités de la période coloniale française, qui ont été maintenus après l’indépendance. Ces dispositions n’ont pas été profondément réformées depuis.

Sur le plan politique, le sujet est devenu extrêmement sensible. Les responsables politiques, dans un environnement où la religion joue un rôle social fort, évitent généralement toute réforme perçue comme “occidentale” ou imposée de l’extérieur. Dans certains cas, des discours publics et des mobilisations sociales ont même renforcé la stigmatisation.

Quelle est la responsabilité d’Air Transat face à ses clients homosexuels ?

une compagnie aérienne a une obligation générale de sécurité pendant le transport, mais cette obligation concerne avant tout l’intégrité physique des passagers à bord de l’avion et les conditions du vol. Elle est encadrée par des règles internationales comme la Convention de Montréal et les réglementations des autorités de transport, notamment au Canada. Cela signifie que la compagnie doit tout mettre en œuvre pour éviter un préjudice lié au vol lui-même (accident, blessure, retard, conditions de transport), et peut être tenue responsable si elle commet une négligence.

En revanche, une fois arrivé dans un pays, la responsabilité de l’environnement juridique local n’appartient pas à la compagnie aérienne. Air Transat ne peut pas être tenue responsable des lois en vigueur au Sénégal ni des décisions des autorités locales. Les obligations légales et les risques liés à l’entrée sur le territoire (quelle que soit la nationalité ou l’orientation sexuelle d’un passager) relèvent de l’État de destination, pas de la compagnie.

Dans le cas spécifique des personnes LGBT, le cadre juridique sénégalais est connu et la criminalisation concerne les actes sur le territoire sénégalais. Mais juridiquement, une compagnie aérienne n’a pas le pouvoir de refuser un vol sur la base de l’orientation sexuelle supposée d’un passager, ni de “protéger” quelqu’un des lois d’un pays vers lequel il voyage, tant que ce passager dispose des documents requis pour entrer.

Légalement, Air Transat n’a pas l’obligation de protéger ses clients homosexuels au-delà du cadre de la sécurité du transport aérien, mais moralement, la question est différente. Signer un contrat avec un pays dont les lois sont en contradiction avec les valeurs et les lois québécoises peut relever d’un jugement moral discutable.

D’ailleurs, sur le site du Gouvernement du Canada au https://voyage.gc.ca/destinations/senegal, on dit: Personnes 2ELGBTQI+

La loi du Sénégal criminalise les actes sexuels entre personnes de même sexe. Depuis la promulgation de la loi le 31 mars 2026, les personnes accusées d’homosexualité, ainsi que de sa « promotion » ou de son « financement », risquent de lourdes amendes et des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 10 ans. Cela pourrait inclure la vérification de votre présence en ligne, si celle-ci révèle des informations sur votre orientation sexuelle, votre identité de genre, votre expression de genre et vos prises de position.

Les personnes 2ELGBTQI+ sont régulièrement victimes de harcèlement et de violences de la part de la population et des autorités locales.

Les forces de l’ordre procèdent parfois à des arrestations arbitraires et à des fouilles sur la base de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Les interventions comprennent :

  • des détentions;
  • des interrogatoires;
  • des violences physiques présumées.

Les personnes 2ELGBTQI+ devraient éviter les démonstrations d’affection en public et examiner soigneusement les risques d’un voyage au Sénégal.

Alors sachez-le : oui, on pourra examiner votre passé sur Internet et, si l’on trouve des mentions ou allusions à ce qui est décrit plus haut, vous pourriez finir en prison, et ce n’est pas Air Transat qui viendra vous apporter des oranges.

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