
Opinion par Roger-Luc Chayer (Photo : Roger-Luc Chayer – Nice 1984)
L’immigration en difficulté : perceptions et réalités
L’immigration traverse une période difficile autant aux États-Unis, qu’en Europe, au Canada et au Québec. On attribue souvent aux immigrants tous les maux de la société, un phénomène qui n’est pas nouveau. Quelle que soit leur origine, les migrants, réfugiés ou nouveaux arrivants sont régulièrement la cible de reproches de la part des populations locales.
Les critiques envers les immigrants
On reproche aux immigrants d’occuper des logements sociaux qui devraient être réservés aux locaux, de bénéficier massivement des aides sociales, des allocations gouvernementales et de l’assistance sociale qui, selon certains, devraient être destinées aux populations locales. On les accuse de ne pas s’intégrer à certaines habitudes culturelles, comme la consommation de porc ou d’alcool, et même de comportements violents, nuisant à la vie des quartiers et des communautés urbaines.
La contribution méconnue des immigrants
Cependant, quand il s’agit de reconnaître les apports positifs de l’immigration, c’est souvent le silence. Les hôpitaux publics comptent sur des immigrants dans l’entretien, les soins infirmiers, l’administration, et même parmi les médecins, faute de main-d’œuvre locale suffisante. L’agriculture, l’industrie manufacturière, le secteur de la santé et l’enseignement bénéficient aussi de leur présence. Aujourd’hui, ce sont des professionnels qualifiés, des travailleurs spécialisés et des experts qui arrivent, loin des clichés sur les emplois peu qualifiés d’autrefois.
Un problème spécifique : la conduite et la sécurité routière
Une observation fréquente concerne certains immigrants, notamment ceux issus des pays du Maghreb, qui ont une conduite souvent jugée dangereuse. Ils ne respectent pas toujours les règles de la sécurité routière et réagissent mal aux remarques, illustrant un problème plus large : un manque d’adaptation des règles et des contrôles.
Les ententes sur l’échange des permis de conduire
Au Québec, le gouvernement permet un échange de permis de conduire sans examen pour certains pays avec lesquels il existe une entente de réciprocité, comme les autres provinces canadiennes, les États-Unis, la France, la Belgique, et plusieurs autres pays européens et asiatiques. En revanche, pour les pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie), aucune entente n’existe, ce qui oblige les titulaires à passer des examens théoriques et pratiques pour obtenir un permis québécois.
Les limitations du système actuel
Toutefois, les ressortissants de ces pays peuvent conduire avec leur permis étranger d’origine pendant six mois après leur arrivée. Beaucoup évitent les examens en repartant dans leur pays d’origine pour renouveler ce délai. Ce comportement entraîne des risques, car la conduite apprise dans ces pays est très différente, notamment en ce qui concerne la conduite hivernale et le respect du code de la route.
Propositions pour améliorer la sécurité routière
Une solution serait que les autorités réglementaires imposent un permis probatoire aux nouveaux arrivants, semblable à celui des jeunes conducteurs, avec tolérance zéro et obligations de formation en cas d’infractions.
Les défis culturels liés aux droits des femmes et aux minorités sexuelles
Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas toujours les ressortissants des pays arabes ou musulmans les plus intolérants, mais souvent ceux du Moyen-Orient où les droits des femmes et l’émancipation des communautés LGBTQ+ sont peu connus ou rejetés. Pour un réfugié du Yémen, il est difficile d’accepter qu’une femme puisse travailler sans voile ou qu’un couple homosexuel puisse s’afficher publiquement sans crainte.
Les difficultés d’adaptation des Européens francophones
Même les Européens francophones rencontrent des difficultés d’adaptation en Amérique du Nord. Certains, notamment des Français ou des Belges, s’impliquent rapidement dans des causes communautaires et revendications, ce qui peut paraître agressif pour les populations locales.
L’importance de l’accompagnement des nouveaux arrivants
Les immigrants arrivent avec leur bagage culturel et reproduisent souvent leurs habitudes d’origine. Malgré les efforts des gouvernements pour fournir des informations et des guides d’intégration, changer des décennies d’apprentissage est difficile. L’accompagnement, la patience et un accueil bienveillant sont essentiels pour faciliter leur inclusion sociale.
Une expérience personnelle d’immigrant
Pour ma part, parti étudier en France en 1983, j’ai passé une dizaine d’années là-bas et acquis la nationalité française, un honneur accompagné de responsabilités comme le respect des lois et le service militaire. J’ai toujours respecté les institutions françaises sans chercher à imposer mes propres coutumes, me conformant aux règles et m’intégrant pleinement.
Vers une intégration réussie
L’adaptation des nouveaux arrivants varie selon leur pays d’origine et leur culture. Si certaines habitudes sont positives, d’autres nécessitent un accompagnement patient. En faisant preuve de tolérance, de respect et en offrant un soutien adapté, la société tout entière en bénéficiera.
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