Débat des chefs à Montréal : résumé et analyse des interventions de Soraya Martinez Ferrada, Gilbert Thibodeau, Craig Sauvé et Luc Rabouin

Débat

Opinion par Roger-Luc Chayer (Image : Radio-Canada)

Hier soir, de 18 h à 19 h, Radio-Canada présentait un débat des chefs Montréal 2025 réunissant les quatre principaux chefs de partis en vue de l’élection municipale Montréal du 2 novembre, animé par le journaliste Patrice Roy.

Soraya Martinez Ferrada, Gilbert Thibodeau, Craig Sauvé et Luc Rabouin ont été interrogés sur plusieurs sujets liés aux affaires municipales Montréal et ont pu démontrer leur maîtrise de la gestion municipale.

Évidemment, les conclusions que l’on peut en tirer relèvent de l’opinion personnelle des électeurs, mais certains faits précis ont pu être observés pour chacun des candidats. Gay Globe vous en présente ici un résumé.


Patrice Roy et Radio-Canada
On a reproché à Patrice Roy et à Radio-Canada de ne pas avoir traité de plusieurs sujets pourtant importants. Gilbert Thibodeau affirmait ce matin sur sa page Facebook qu’il aurait aimé parler de pauvreté, de budget et de logements bien plus longuement, mais il faut comprendre ici que le débat n’avait qu’une durée d’une heure et qu’il y avait tout de même quatre visions politiques à expliquer pendant ce laps de temps sur plusieurs sujets.

Il est exact de dire, par contre, que Patrice Roy, malgré le fait qu’il semble adorer l’effet de toge que lui confère le titre de présentateur des nouvelles à Radio-Canada, n’est pas reconnu pour livrer des analyses bien recherchées ni pour susciter une réflexion profonde. Il est maître dans l’art de jouer avec son crayon pour donner de la profondeur à des questions parfois insignifiantes. C’est le choix de Radio-Canada, et on ne peut rien y changer.

Cela dit, les quatre candidats ont été très intéressants, sauf peut-être pour monsieur Craig Sauvé, du parti Transition Montréal, qui s’est révélé être un doublon de Projet Montréal sous Valérie Plante. Non seulement il n’a strictement rien annoncé de nouveau hier, mais il a martelé qu’il voulait aller encore plus loin que Projet Montréal en ajoutant des pistes cyclables et en modifiant la taille des cônes orange pour les rendre moins visibles. Même position que Luc Rabouin, d’ailleurs. Sauf pour dire qu’il est un politicien de carrière, il a été celui qui a fait le moins d’interventions, se contentant d’être une sorte de figurant dans un débat qui le dépassait.


Soraya Martinez Ferrada – Ensemble Montréal
Selon moi, la grande gagnante du débat d’hier a été la candidate d’Ensemble Montréal, qui m’a étonné encore plus que d’habitude par sa grande connaissance et sa maîtrise des enjeux municipaux à Montréal. Ayant été conseillère de ville dans le passé, députée fédérale et ministre fédérale, elle possède une compréhension globale de tous les paliers décisionnels, tant au gouvernement du Canada qu’à celui du Québec, et cela constitue certainement un atout pour une personne qui souhaite plonger tête première dans les nombreuses crises qui affligent la métropole du Québec.

Soraya Martinez Ferrada a su répondre à toutes les questions, non seulement en apportant des solutions concrètes aux problèmes qui lui étaient soumis, mais aussi en confrontant très souvent Luc Rabouin, de Projet Montréal, le parti actuellement au pouvoir à Montréal depuis huit ans avec la mairesse Valérie Plante. Elle le faisait de façon méticuleuse, en expliquant pourquoi l’administration actuelle avait commis certaines erreurs et aurait dû prendre d’autres décisions.

Elle a même tenté d’expliquer à Luc Rabouin que Montréal était plus riche qu’il ne le croyait, grâce à des programmes existants mais inutilisés par l’administration actuelle. Elle s’est montrée mesurée tout en étant très solide dans ses explications, sans jamais élever la voix et avec un sens de l’humour absolument rafraîchissant, que je ne lui connaissais pas.


Gilbert Thibodeau – Action Montréal
Le chef d’Action Montréal a présenté des faits intéressants et a questionné l’administration actuelle, dont fait partie Luc Rabouin de Projet Montréal, en illustrant ses propos par des exemples concrets. Il a souvent appuyé les idées défendues par Soraya Martinez Ferrada, en soulignant à chaque fois que certaines propositions d’Ensemble Montréal avaient été piquées dans le programme de son parti, Action Montréal. Après un certain temps, la chef d’Ensemble Montréal a répondu avec humour et bienveillance que le monde existait et que la terre tournait bien avant l’arrivée de Gilbert Thibodeau sur la scène politique montréalaise, ce qui a fait rire les autres candidats.

Plusieurs faits intéressants ont été soulevés par monsieur Thibodeau et mériteraient qu’on y donne suite après l’élection. Il a défendu une série de propositions axées sur la réduction des coûts pour les citoyens et la simplification de la gestion municipale. Il a d’abord soutenu que la norme « 20-20-20 » avait freiné l’essor immobilier à Montréal et a plaidé pour son abolition. Le chef a ensuite dénoncé la fréquence de la collecte des ordures dans certains quartiers, effectuée toutes les deux semaines, qu’il juge inadéquate. Soucieux du pouvoir d’achat des Montréalais, il a promis un gel des taxes municipales pour tout un mandat, assurant que « les Montréalais auront plus d’argent dans leurs poches ». Il propose également de plafonner le tarif horaire de stationnement à 2 $ partout sur l’île et de limiter l’abonnement annuel à 50 $.

Un geste inusité a été commis pendant le débat par Gilbert Thibodeau, alors qu’il cherchait à confronter la candidate d’Ensemble Montréal à la question d’un dépôt exigé à ses locataires et à la mention de ses études sur son site web, dans une tentative apparente de nuire à la réputation de Madame Martinez Ferrada.

Gilbert Thibodeau avait lui-même suscité la controverse en septembre 2024 en affirmant que Geoff Molson, président du Club de hockey Canadien, soutenait sa candidature. Cette déclaration avait été démentie par le Groupe CH, qui l’a qualifiée de « fausse nouvelle ». En 2013, il avait tenté sans succès de devenir maire du Plateau avec l’équipe de Denis Coderre, devenu plus tard le parti Ensemble Montréal de Soraya !


Luc Rabouin – Projet Montréal
Le chef de Projet Montréal et héritier de la dynastie de Valérie Plante partait de très loin, avec huit années à gérer Montréal selon la vision de son parti, marquées par un dogmatisme qui a complètement perdu le fil et qui a eu des effets catastrophiques sur de nombreux secteurs : économie, mobilité, logement, propreté et crise de l’itinérance.

Il a tenté, tant bien que mal, de se dissocier de Valérie Plante et des décisions du passé en annonçant certains éléments de son programme, mais c’est dans la continuité qu’il a choisi de se positionner, alors que son plus grand projet, s’il était élu maire de Montréal, serait de modifier la taille des cônes orange pour en réduire l’impact visuel sur les Montréalais.

À toutes les questions qui lui étaient posées, monsieur Rabouin n’a pas été en mesure de répondre ou de proposer davantage que ce qui a été fait ou omis au cours des huit dernières années, usant d’une langue de bois si bien taillée qu’elle pourrait servir de poutre à un gratte-ciel de Montréal.

Ce qui m’a le plus choqué, c’est sa réponse à la question de Patrice Roy sur le fait que Montréal se trouvait dans une situation globale pire qu’avant l’arrivée de son parti au pouvoir il y a huit ans. Plutôt que de faire amende honorable, il s’est contenté de dire que Montréal n’était pas la seule grande ville au monde à connaître des problèmes similaires. Une réponse choquante qui n’a rien fait pour l’aider, alors qu’il devrait savoir que Montréal n’est pas San Francisco ni Paris et qu’elle n’est pas obligée de suivre les mauvais exemples du monde pour prétendre appartenir au club select des grandes villes internationales.


Un absent remarqué et remarquable au débat
Malheureusement, un grand absent du débat, le Village gai Montréal, n’a été mentionné ni dans les commentaires des chefs ni dans les questions de Patrice Roy. Et pourtant !

Le Village gai et l’arrondissement Ville-Marie Montréal concentrent une grande part des crises qui secouent Montréal en raison de leur densité urbaine, de leur rôle central dans la vie économique et culturelle de la métropole et de la diversité sociale qui y coexiste. Ces quartiers accueillent une population mixte où se côtoient résidents permanents, travailleurs, touristes et communautés vulnérables, ce qui amplifie l’impact des problèmes liés à la mobilité, au logement et à la sécurité publique.

L’explosion des loyers, la pénurie de logements abordables et la pression sur les services municipaux frappent particulièrement ces zones, déjà marquées par une activité commerciale intense et un réseau de transports saturé. De plus, la concentration des services sociaux et des infrastructures destinées aux personnes en situation de vulnérabilité, combinée à l’exposition médiatique constante, accentue la perception et la réalité des crises, faisant du Village gai et de Ville-Marie des vitrines particulièrement visibles.

RIEN n’a été proposé pour répondre aux difficultés rencontrées dans le Village gai, et cela a été une erreur selon moi, car le Village est l’exemple parfait de ce qui a le plus mal tourné sous Projet Montréal – Valérie Plante et Luc Rabouin – et détourner le regard de cette réalité était finalement très décourageant. Il reste quelques jours à la campagne électorale ; espérons qu’on reviendra sur le sujet très spécifiquement. Le Village est le creuset de toutes les solutions possibles, ne l’oublions pas.

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