D’où vient la peur de se faire dépister pour le VIH au Canada?

Roger-Luc Chayer

Les Québécois, contrairement aux Américains ou aux Européens, sont très frileux et hésitent plus que jamais à se faire dépister pour le VIH. Les statistiques démontrent qu’un taux élevé de personnes refusent ou négligent de se faire dépister et il est temps qu’on se demande pourquoi…

Il existe au Québec des raisons qui sont propres à notre société qui peuvent expliquer cette résistance, mais des raison plus générales, que nous partageons aussi avec d’autres sociétés occidentales, existent aussi.

Par exemple, et c’est en parlant aux lecteurs au fil des années que je suis en mesure de faire cette synthèse, bref, beaucoup d’hommes gais ont encore en tête les images du passé, de l’époque où les jeunes hommes mourraient en grand nombre dans des conditions difficiles et portaient les marques de la maladie. Ces images sont difficiles à effacer du souvenir collectif même si, depuis, la trithérapie a évoluée et que ces signes ne sont plus présents, comme la lipodystrophie.

Dans l’imaginaire collectif, le VIH est une maladie sale, qui est contractée soit par le sexe ou l’usage de seringues souillées pour se droguer, les transfusions de sang étant désormais sécuritaires. Le fait de se découvrir séropositif et de devoir l’annoncer à son entourage, pour certaines personnes, est encore synonyme de maladie sale, honteuse et constitue une autre raison pour ne pas chercher à connaître son statut sérologique. Une autre raison est l’impact de la découverte d’une séropositivité sur les assurances.

Encore aujourd’hui, de nombreuses assurances sont annulées, modifiées, les tarifs augmentés à cause du risque sur la santé encouru par une personne atteinte. Pour quelques personnes dont le sujet est pertinent, le meilleur moyen d’éviter de perdre une assurance est de ne pas connaître son statut sérologique, donc de cacher une éventuelle séropositivité, puisque les tests ne sont pas obligatoires.

Au niveau criminel, et ceci est une spécialité du Québec, il existe malheureusement quelques procureurs de la Couronne qui, essentiellement à Québec et à Longueuil, se spécialisent dans les accusations criminelles contre les personnes atteintes. Une procureure de Québec est d’ailleurs responsable de plus de 10 dossiers d’arrestations et d’accusations contre des personnes atteintes, nonobstant l’absence de quelque transmission du virus que ce soit. Notre société prévoit que des personnes, vraies ou fausses victimes, peuvent recevoir des allocations $$$ de l’IVAC pour leur pseudo traumatisme d’avoir été en contact avec des personnes séropositives sans le savoir ou sans vouloir le savoir. Des individus sont d’ailleurs actuellement en prison pour ça, sans qu’une seule preuve de transmission n’ait été produite en Cour.

En agissant ainsi, sans aucune norme et en généralisant les accusations criminelles contre tous, les tribunaux et les autorités policières ne contribuent en rien à stimuler les tests de dépistages, puisque le VIH est une maladie à déclaration obligatoire, que le médecin qui découvre le VIH d’un patient a l’obligation de le déclarer au Ministère de la santé et que les procureurs et autres polices n’ont qu’à piger dans  l’ordinateur du gouvernement pour savoir à partir de quelle date une personne est présumée connaître son statut sérologique.

Il existe une solution de compromis disponible en Europe, mais pas au Canada pour l’instant, et c’est l’auto-test à domicile. Une personne peut donc savoir en 15 minutes si elle est positive ou pas et il n’en tient qu’à elle et seulement à elle de gérer le résultat selon ce qu’elle souhaite en faire. À quand l’auto-test du VIH au Canada?

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