Éclosion de shigellose et de giardiase à Montréal : pourquoi la communauté gaie est-elle touchée ?

Infection

Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)

Alerte à Montréal : shigellose et giardiase en circulation

Ce matin, j’ai été informé par un lecteur qu’il avait contracté une maladie appelée shigellose lors d’un événement tenu dans un commerce de la communauté gaie à Montréal, où l’on permet à un grand nombre de personnes d’avoir des contacts sexuels une fois par mois.

Il en a été avisé par une infirmière de la santé publique de Montréal à la suite d’une hospitalisation. C’est en examinant la documentation nécessaire à la préparation de cet article que j’ai constaté qu’une alerte de shigellose était en cours à Montréal et qu’elle touchait principalement la communauté gaie.

Même constat en ce qui concerne la giardiase, une autre infection qui se propage actuellement au sein de la communauté gaie, selon des modes de transmission similaires à ceux de la shigellose.

Parlons-en.

La shigellose est une infection intestinale aiguë causée par des bactéries du genre Shigella. Encore méconnue du grand public, cette maladie est pourtant l’une des causes les plus fréquentes de diarrhée bactérienne dans le monde. Très contagieuse, elle peut se propager rapidement dans des milieux où l’hygiène est précaire, mais aussi lors de contacts étroits entre personnes, y compris dans certains contextes sexuels. Au Canada comme ailleurs en Amérique du Nord, des éclosions sont régulièrement signalées, notamment en milieu urbain.

Une bactérie hautement transmissible

La shigellose se transmet par voie fécale-orale. Concrètement, cela signifie que l’infection survient lorsqu’une personne ingère accidentellement des bactéries présentes dans des matières fécales contaminées. Cela peut se produire par l’eau ou les aliments souillés, par des mains mal lavées, ou encore lors de contacts directs rapprochés.

Un des aspects les plus préoccupants de la shigellose est la très faible dose infectieuse nécessaire pour tomber malade. Contrairement à d’autres bactéries intestinales, quelques dizaines de germes peuvent suffire à déclencher une infection. Cette caractéristique explique pourquoi la maladie se propage facilement dans les garderies, les centres d’hébergement, les établissements de soins ou dans des contextes d’itinérance. Des éclosions ont également été observées au sein de certaines communautés urbaines, notamment chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes.

Les principales espèces responsables sont Shigella sonnei, la plus répandue en Amérique du Nord, Shigella flexneri, Shigella dysenteriae et Shigella boydii. Certaines souches produisent des toxines qui aggravent l’inflammation intestinale.

Symptômes : diarrhée aiguë et complications possibles

Les symptômes apparaissent généralement entre un et trois jours après l’exposition à la bactérie. La manifestation la plus courante est une diarrhée aiguë, parfois aqueuse, parfois sanglante. Elle s’accompagne souvent de crampes abdominales intenses, de fièvre, de nausées et d’une sensation urgente et douloureuse d’aller à la selle.

Dans la majorité des cas, la maladie dure entre cinq et sept jours et se résorbe spontanément. Toutefois, certaines personnes peuvent présenter une déshydratation importante, en particulier les jeunes enfants, les personnes âgées ou celles dont le système immunitaire est affaibli. Dans de rares cas, des complications peuvent survenir, notamment des convulsions chez l’enfant ou une inflammation sévère du côlon.

Il arrive également que certaines personnes infectées ne présentent que des symptômes légers, voire aucun symptôme, tout en demeurant contagieuses.

Diagnostic et traitement : un enjeu de résistance aux antibiotiques

Le diagnostic de la shigellose repose sur l’analyse d’un échantillon de selles en laboratoire afin d’identifier la bactérie responsable. Cette étape est essentielle, notamment pour déterminer la sensibilité aux antibiotiques.

Dans les formes légères, le traitement consiste principalement à assurer une hydratation adéquate et à surveiller l’évolution des symptômes. Les antidiarrhéiques sont généralement déconseillés, car ils peuvent ralentir l’élimination des bactéries.

Dans les cas plus sévères, ou chez les personnes à risque de complications, des antibiotiques peuvent être prescrits afin de réduire la durée de la maladie et la période de contagion. Cependant, un défi croissant inquiète les autorités sanitaires : l’augmentation des souches résistantes aux antibiotiques. Certaines formes de Shigella montrent aujourd’hui une résistance à plusieurs traitements couramment utilisés, ce qui complique la prise en charge et nécessite parfois des médicaments plus spécifiques.


Giardiase : infection intestinale parasitaire en hausse

La giardiase est une infection intestinale causée par un parasite microscopique appelé Giardia lamblia, aussi connu sous le nom de Giardia intestinalis. Il s’agit de l’une des causes les plus courantes de diarrhée parasitaire dans le monde, y compris au Canada. Bien que généralement bénigne, la giardiase peut entraîner des symptômes persistants et avoir un impact important sur la qualité de vie.

Transmission de la giardiase

La giardiase se transmet principalement par voie fécale-orale. L’infection survient lorsqu’une personne ingère des kystes du parasite présents dans de l’eau, des aliments ou sur des surfaces contaminées.

La contamination de l’eau potable ou de l’eau de surface (lacs, rivières) constitue une source fréquente d’infection. Le parasite est résistant au chlore à faible concentration, ce qui explique pourquoi certaines éclosions sont associées à des réseaux d’eau mal traités ou à la baignade en eau douce.

La transmission peut également se produire par contact direct entre personnes, notamment dans les milieux de garde, les foyers, les contextes d’itinérance ou lors de pratiques sexuelles impliquant un contact oro-anal. De très petites quantités de parasite suffisent à provoquer l’infection.

Symptômes de la giardiase

Les symptômes apparaissent généralement une à deux semaines après l’exposition. Certaines personnes demeurent asymptomatiques, mais peuvent tout de même transmettre l’infection.

Lorsqu’ils se manifestent, les symptômes incluent :

– Diarrhée aqueuse ou graisseuse
– Ballonnements et gaz importants
– Crampes abdominales
– Nausées
– Fatigue
– Perte de poids

Une caractéristique typique de la giardiase est la diarrhée malodorante et parfois graisseuse, liée à une mauvaise absorption des nutriments dans l’intestin. Chez certaines personnes, les symptômes peuvent durer plusieurs semaines, voire devenir intermittents.

Chez les enfants, l’infection prolongée peut entraîner un retard de croissance en raison d’une malabsorption chronique.

Diagnostic et traitement

Le diagnostic repose sur l’analyse d’échantillons de selles afin de détecter la présence du parasite ou de ses antigènes. Il est parfois nécessaire d’effectuer plusieurs prélèvements, car l’excrétion du parasite peut être intermittente.

La giardiase se traite efficacement avec des antiparasitaires prescrits par un professionnel de la santé, comme le métronidazole ou d’autres médicaments équivalents. Le traitement permet généralement une résolution rapide des symptômes, bien qu’une fatigue ou des troubles digestifs puissent persister quelque temps.

Il est recommandé d’éviter de préparer des aliments et de limiter les contacts étroits tant que les symptômes sont présents afin de réduire la transmission.


Prévention : des mesures simples mais cruciales

La prévention de la giardiase repose sur des gestes d’hygiène rigoureux. Le lavage fréquent des mains à l’eau et au savon demeure essentiel, particulièrement après être allé aux toilettes et avant de manipuler des aliments.

Lors de randonnées ou de séjours en nature, il est conseillé de faire bouillir l’eau ou d’utiliser des filtres appropriés avant de la consommer. En milieu urbain, la vigilance est de mise en cas d’avis d’ébullition ou d’éclosion signalée par les autorités sanitaires.

Dans les contextes sexuels comportant un risque d’exposition fécale, l’utilisation de barrières de protection et une hygiène soigneuse contribuent à réduire les risques d’infection.

Une infection à ne pas banaliser

Bien que rarement grave, la giardiase peut devenir invalidante lorsqu’elle s’installe dans la durée. Sa forte capacité de transmission rappelle l’importance des mesures d’hygiène de base, même dans des environnements où l’accès aux soins et à l’eau potable est adéquat.

Une meilleure information du public et une consultation rapide en cas de diarrhée persistante permettent de limiter la propagation et d’éviter des complications inutiles.

Pourquoi est-ce qu’il existe actuellement une éclosion de giardiase et de shigellose chez les hommes gays à Montréal?

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, la giardiase et la shigellose ne sont pas des infections sexuellement transmissibles classiques, mais elles peuvent être transmises lors de contacts sexuels impliquant une exposition fécale ou oro-anale. Cela a été observé dans plusieurs régions du Canada, y compris en Colombie-Britannique, et suggère que des infections entériques peuvent parfois se transmettre sexualement entre hommes qui ont des relations avec d’autres hommes (HARSAH) via ce type de contact intime.

Modes de contact à risque

La shigellose et la giardiase se propagent lorsque des kystes ou des bactéries entériques présents dans les selles d’une personne sont transférés à la bouche d’une autre personne. Cela peut se produire lorsqu’il y a contact oro-anal, contact avec des doigts ou des jouets sexuels contaminés, ou par un manque d’hygiène des mains après un contact anal. Ces modes de transmission, bien documentés dans la littérature scientifique, facilitent une propagation plus rapide dans les contextes où ces pratiques sont fréquentes.

Facteurs comportementaux

Dans certains réseaux de partenaires sexuels ou lors d’événements sociaux communautaires impliquant plusieurs contacts intimes, les infections entériques peuvent circuler plus facilement. Plusieurs facteurs comportementaux, qui ne se limitent pas à un groupe en particulier, peuvent contribuer à augmenter la transmission :

  • Multiplicité des partenaires ou contacts rapprochés avec différentes personnes dans une même période, ce qui accroît les chances de rencontre avec quelqu’un qui excrète le parasite ou la bactérie.
  • Pratiques sexuelles impliquant des contacts anaux fréquents, en particulier sans barrières protectrices (par exemple des digues dentaires ou des préservatifs adaptés).
  • Suppression ou réduction des précautions contre d’autres infections (par exemple l’augmentation de l’usage de la PrEP pour prévenir le VIH), qui peut parfois réduire l’utilisation systématique de protections barrières lors de certains types de contacts sexuels et ne protège pas contre des agents entériques. Des analyses comportementales suggèrent que dans certains contextes, cela peut modifier les perceptions de risque et contribuer à la circulation de pathogènes non-VIH.

Précédents et surveillance

Des études épidémiologiques ont déjà montré qu’en période hors voyage, la proportion de cas de shigellose chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes était nettement plus élevée que dans la population générale, à cause de ces modes de transmission et de la nature très contagieuse de la bactérie.

Pas de stigmatisation : un phénomène explicable

Il est important de préciser que ces éclosions ne sont pas causées par l’orientation sexuelle en soi, mais par des modes de transmission propres à certaines pratiques qui, dans ce cas précis, se retrouvent actuellement concentrés dans un réseau social spécifique. Ces infections peuvent toucher n’importe qui partageant des contacts physiques similaires ou exposé aux mêmes facteurs, quel que soit son orientation sexuelle.

Transmission et surveillance épidémiologique à Montréal

La Direction régionale de santé publique de Montréal (DRSP) indique que les infections à Shigella circulent régulièrement dans la population, mais que la transmission sexuelle parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH) a été identifiée comme un groupe à risque dans plusieurs éclosions au fil des ans. Cela signifie que certains cas sont associés à des contacts étroits entre personnes où il y a exposition fécale ou oro-anale.

En épidémiologie, bien que les données spécifiques de 2026 ne soient pas toujours publiées en temps réel, il est documenté que Montréal a déjà connu des éclosions de shigellose principalement chez des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, ce qui implique que les modes de contact jouent un rôle important dans ces transmissions.

La surveillance indique aussi une augmentation de souches de Shigella multirésistantes qui persiste depuis plusieurs années dans la région, souvent retrouvées dans des contextes de transmission locale ou sexuelle plutôt que liée à des voyages ou à l’alimentation.

Pourquoi la communauté gbHARSAH est touchée

  1. Modes de contact propices à la transmission : Shigella se transmet par la voie fécale-orale, mais dans le cadre de relations sexuelles, des pratiques impliquant un contact direct ou indirect avec des matières fécales — telles que les contacts oro-anaux, l’utilisation de jouets ou le contact manuel après contact anal — peuvent faciliter la propagation. Ces modes de transmission ne sont pas spécifiques à un groupe, mais ils expliquent pourquoi la bactérie peut circuler plus facilement dans des réseaux sexuels comportant ce type de contact.
  2. Multiplicité des partenaires et réseaux sexuels connectés : Dans certains réseaux sociaux et de rencontres, des contacts rapprochés avec plusieurs partenaires — en particulier lors d’événements ou de rencontres communautaires — peuvent favoriser la circulation rapide d’agents infectieux.
  3. Connaissance et prévention limitées pour ces infections spécifiques : Historiquement, la sensibilisation aux infections entériques comme la shigellose ou la giardiase dans un contexte sexuel a été plus faible que pour les infections sexuellement transmissibles classiques (comme la chlamydia ou la syphilis), ce qui peut limiter l’adoption de mesures de prévention adaptées à ce type de transmission.

Et la giardiase ?

Pour la giardiase, les données épidémiologiques au Québec montrent que ce parasite intestinal est endémique, avec des pics saisonniers dans la population générale liés à l’ingestion de kystes via de l’eau ou des surfaces contaminées.

Dans certains cas chez des hommes gais, elle peut aussi être associée à des pratiques sexuelles impliquant un contact fécal-oral, bien que la littérature scientifique note que la transmission sexuelle de giardiase chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes est moins bien documentée et peut être moins fréquente que pour Shigella.

Pourquoi maintenant à Montréal ?

Même si les documents de santé publique ne divulgent pas toujours des chiffres en temps réel pour chaque pathogène, plusieurs facteurs contribuent à une situation où des infections entériques peuvent apparaître plus fréquemment dans certains réseaux :

  • Circulation persistante de souches résistantes ou localement actives dans la communauté qui augmentent la probabilité d’apparition de cas ponctuels ou d’agrégats.
  • Pratiques sociales et de sexualité active dans des milieux communautaires ou événements, où des contacts physiques rapprochés sont fréquents.
  • Moindre sensibilisation aux modes de transmission non alimentaires ou non classiques chez certaines personnes à risque.

Ce que recommande la santé publique

Même si je n’ai pas trouvé de communiqué spécifique daté de 2026 de la DRSP pour ces agents pathogènes, les recommandations générales pour réduire la transmission dans ces contextes incluent souvent l’hygiène des mains, la réduction des contacts fécaux-oraux, l’utilisation de barrières (comme les digues dentaires ou les préservatifs adaptés), et d’éviter les contacts sexuels si l’on présente des symptômes gastro-intestinaux jusqu’à résolution complète.

Pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *