ÉRADIQUER LE VIH – LES DÉFIS

Par: Réjean Thomas, MD, CM, OQ

La lutte contre le VIH a connu des développements marquants et des avancées exceptionnelles en un temps record, car les progrès réalisés à ce jour peuvent permettre d’éradiquer le VIH. Mais pour y parvenir réellement et de façon durable, il reste encore bien des défis à relever dans plusieurs domaines.

Depuis quelques années, la prévention du VIH est devenue plus complexe. L’accessibilité à la prophylaxie post-exposition (PPE – pour éviter de contracter le virus après y avoir été exposé) et la prophylaxie pré-exposition (PrEP – prévenir la transmission du VIH chez les personnes à risque élevé de le contracter) a permis de diversifier les moyens de prévention. Aujourd’hui la prévention n’est plus basée uniquement sur les comportements (usage du condom) : nous sommes passés à une approche biomédicale qui porte fruit.

La PrEP s’est avérée une stratégie de prévention très innovante et extrêmement efficace, en témoignent les chiffres : en 2017, le nombre de cas de VIH a baissé de 35% à Montréal parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Bien que ceci ait un impact majeur sur le plan de la santé publique, le renforcement de cette stratégie auprès des populations à risque élevé face au VIH demeure un des défis majeurs de la prévention.

Déployer davantage la PrEP signifie la faire connaître tant auprès des personnes à risque et pouvant en bénéficier que des médecins susceptibles de la prescrire. Il est nécessaire de diffuser plus largement cette information. La perception de la PrEP a pu, également, limiter son usage car on associe trop souvent PrEP et recrudescence des ITS. Au contraire, la PrEP et son suivi doivent être considérés comme des atouts en ce qu’ils sont l’occasion pour les personnes à risque élevé face aux ITS d’effectuer un dépistage régulièrement (tous les trois mois). Par ailleurs, il faut se souvenir que la prévention ne saurait être efficace sans être intégrée à une perspective globale de la santé.

La vulnérabilité sociale demeure un facteur fondamental de la transmission du VIH, par la précarité, la discrimination, l’homophobie, le manque d’estime de soi, autant d’éléments qui alimentent l’épidémie.

Les barrières au dépistage et à l’accès au traitement sont multiples; la vulnérabilité sociale y contribue activement.
Chaque année, globalement, 25% des cas de VIH sont diagnostiqués à un stade avancé de la maladie, ce qui signifie que les personnes se font diagnostiquer tardivement. C’est pourquoi, il faut accroître l’accessibilité du test de dépistage du VIH de façon à réduire la proportion de ceux qui ne connaissent pas leur statut (estimée à 20%), mettre les personnes séropositives au VIH sous traitement le plus rapidement possible de façon à ce que leur charge virale soit indétectable et, ultimement, éradiquer le VIH.

L’accessibilité au test est reliée à l’absence de mesures coercitives vis-à-vis du statut sérologique. À cet égard, le gouvernement canadien a bien reçu les commentaires des milieux communautaire et scientifique contre la criminalisation de la séropositivité. Le 1er décembre dernier, la ministre fédérale de la Justice annonçait de nouvelles directives, basées sur des données probantes, afin de limiter les poursuites criminelles contre les personnes vivant avec le VIH et omettant de divulguer leur statut à un partenaire sexuel.

Il faut se rappeler que le VIH est une ITS. Comme pour les autres ITS, le traitement devrait être gratuit, car bien que le Québec bénéficie d’un bon système d’assurance médicaments, certaines personnes retardent ou arrêtent le traitement pour des raisons financières. La PrEP, à titre de traitement préventif, devrait être gratuite pour les jeunes et les personnes ayant des difficultés financières. Nous disposons de tous les moyens scientifiques (dépistage, traitement rapide, PEP, PrEP et condoms) pour éradiquer le VIH à Montréal. Il faut maintenant une volonté politique.
Réjean Thomas, MD, CM, OQ
Clinique l’Actuel, Président-Fondateur

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