J’ai annoncé il y a quelques semaines que je n’allais plus parler de Donald Trump, car on lui accordait beaucoup trop d’importance pour l’insignifiance de ses gestes, mais indirectement, je vais de- voir en parler ici d’un point de vue journalistique.
Je ne sais pas si, comme moi, vous écoutez CNN régulièrement, mais je note quelque chose de récurrent avec cette chaîne de nouvelles depuis l’élection de Trump. On scrute le moindre fait, le moindre geste de la Maison-Blanche ou de quiconque serait lié de près ou de loin à Trump et on étire la sauce jusqu’à la rendre à peu près insipide.
Prenons l’exemple du témoignage de l’ex-directeur du FBI Comey. Dans les faits, il n’a pas vraiment dit grand-chose de très consé- quent. Sauf que CNN, depuis son témoignage, passe les mêmes extraits où on ne dit à peu près rien et soumet ces extraits à l’ana- lyse de tous les panels possibles du matin au soir. Le 10 juin, il y avait même un panel de 4 commentateurs, à 3h30 du matin!
Je n’ai jamais vu de toute ma carrière un tel acharnement à vou- loir faire dire à la nouvelle ce qu’elle ne dit pas en la commentant ad nauseam. Le danger avec cette technique connue en journa- lisme, c’est de donner vie à une insignifiance, par l’apparence et l’importance qu’on lui donne, même si la nouvelle n’est d’aucune importance. CNN me semble pratiquer une forme journalistique qui ne passerait pas le test éthique ici au Québec. Un tel acharne- ment ferait certainement l’objet de l’intervention des tribunaux et d’injonctions. Examinons les règles éthiques du Conseil de Presse du Québec sur la question. L’article 9 du Guide de déontologie dit:
«Les journalistes et les médias d’information produisent, selon les genres journalistiques, de l’information possédant les qualités sui- vantes: Exactitude : fidélité à la réalité; Rigueur de raisonnement; Impartialité : absence de parti pris en faveur d’un point de vue par- ticulier; Équilibre : dans le traitement d’un sujet, présentation d’une juste pondération du point de vue des parties en présence.»
Quelques autres articles déontologiques parlent de l’équité envers les sujets traités et de l’acharnement. Même chose avec le guide déontologique de Radio-Canada qui va au-delà et encadre de ma- nière très stricte le traitement des nouvelles et des analyses offert au public québécois par la société d’État.
Dans les faits, selon mes observations, CNN consacre environ 95% de son temps d’antenne à Trump. Il s’agit clairement d’achar- nement sur un seul sujet et ne vous méprenez pas, je ne suis abso- lument pas pro-Trump… Si on devait transposer ce type de com- portement au Journal de Montréal par exemple, qui déciderait de consacrer 95% de ses pages uniquement à Couillard, il est évident que cette situation serait éthiquement inacceptable, voire pire!
Évidemment CNN était ma chaîne préférée avant 2016, avant les élections américaines, parce qu’elle était pluraliste, diversifiée et qu’elle informait sur ce qui se passait DANS LE MONDE, pas juste dans le monde de Trump. Comme on ne semble pas vouloir reve- nir à des normes un peu plus neutres, je me suis rabattu vers la BBC World qui offre encore une perspective absolument neutre de l’actualité mondiale et qui ne consacre que quelques minutes par jour à Trump, un exploit!