VIH: DE L’INDÉTECTABILITÉ…

L’organisme montréalais Rézo, dont les activités sont essen- tiellement concentrées autour de la prévention de la trans- mission du VIH et des autres maladies sexuellement trans- missibles entre hommes, publie sur sa page Web une informa- tion à tout le moins assez sur- prenante, selon laquelle une personne dont la charge virale est indétectable ne pourrait absolument pas transmettre le VIH. Même chose sur sa page Facebook où Rézo déclare «Une charge virale indétec- table, c’est quoi? Pourquoi le VIH est intransmissible lorsqu’il est indétectable?», et accom- pagne cette question d’une capsule vidéo où on explique la théorie. Car effectivement il ne s’agit que d’une théorie.

Dans les faits, que signifie être indétectable selon les dernières normes? D’après le Portail VIH/ SIDA du Québec, le terme « in- détectable » est utilisé lorsque la quantité de virus présents dans le sang (la charge virale) est très faible. Les appareils de laboratoire actuels peuvent détecter le VIH à partir d’un certain seuil (40 ou 50 copies de virus par millilitre de sang, selon le test). En bas de ce seuil, on dit que la charge virale est indétectable. On ne dit pas ici que le virus est absent, mais simplement qu’il ne peut être détecté par les moyens habi- tuels en dessous d’une certaine quantité.

Certaines personnes pensent d’ailleurs que le fait d’être indé- tectable signifie être séronéga- tif, ce qui est une erreur qui a été traitée dans un autre article ici…

Tout comme l’iceberg dont on ne voit que 10% de la masse, le fait de ne pas détecter le VIH ne le rend pas absent!

À l’appui de son affirmation, Rézo cite une étude «Partner 2016» qui conclurait, selon l’organisme communautaire, que 100% des personnes séropositives traitées de façon optimale par une trithérapie et dont la charge virale est indétectable seraient dans l’impossibilité de transmettre le VIH à d’autres. Or, ce n’est pas ce que dit l’étude. Pire, les chercheurs disent même que chez les personnes homosexuelles, plus de recherches sont nécessaires avant de tirer des conclusions définitives!!!

Selon l’étude publiée par l’Institut national de santé publique du Québec: «En 2016, aucune transmission entre les partenaires de couple n’a été observée chez les 888 couples hétérosexuels et 340 couples homosexuels participant à l’étude (IC 95 % : 0,30 /100 couple-année de suivi), et ce même si 6 % de l’échantillon a contracté une ITSS pendant l’étude; 11 partenaires séronégatifs ont contracté le VIH pendant l’étude, mais l’infection n’était pas liée à l’infection de leur partenaire selon les analyses phylogéné- tiques. Toutefois, les auteurs précisent que les données sont à titre indicatif pour guider la prise de décision sur une base indivi- duelle (de couple) chez les couples hétérosexuels. L’étude doit se

poursuivre afin d’obtenir davantage de données chez les couples HARSAH (lire gais). Ils ne peuvent non plus estimer le risque pour les couples récents (<6 mois).»

Quant aux 11 cas de transmis- sion chez les personnes gaies dont fait état l’étude, 8 seraient explicables alors qu’on cherche encore pour les 3 autres…

Nous sommes donc très loin de l’affirmation jovialiste de Rézo, et en publiant de telles informa- tions incomplètes que les cher- cheurs qualifient eux-mêmes de préliminaires, Rézo transmet un message qui peut inciter cer- taines personnes à se déres- ponsabiliser face aux moyens habituels de prévention comme le port du condom, même si la personne est «indétectable».

En conclusion, il est clair qu’une personne séropositive sous trithérapie dont la charge virale est indétectable, qui prend de façon assidue ses médica- ments et qui passe un test de charge virale aux 3 mois met en oeuvre des moyens très effi- caces pour diminuer la trans- mission du VIH. Avec le port du condom, on parle de près de 99,9% de chance de ne pas transmettre le virus, mais nous sommes encore loin du 100%, car ces conditions sont encore parfois difficiles à remplir.

Si vous avez des craintes ou des questions sur la question du VIH ou des autres maladies transmissibles par relations sexuelles, parlez-en à votre mé- decin qui reste la personne la mieux informée sur la question.

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