Selon: Alexandre Duval de Radio-Canada et par Roger-Luc Chayer
Il lui a fallu des mois pour dénoncer les actes dont il était victime dans son couple, mais Manuel Mennini l’a finalement fait en mai dernier. Depuis, il tente de reconstruire sa vie. Être gai et victime de violence conjugale, c’est faire partie d’une minorité qui se retrouve sans ressource pour s’en sortir, malgré l’ampleur du phénomène.
Manuel traversait une période difficile de sa vie quand il a rencontré son conjoint, en 2015. Étranger à Montréal, itinérant, sans le sou, il a rencontré un homme avec qui tout semblait parfait, au début. «Il pensait beaucoup à moi. Je n’avais même plus une seconde pour penser à ce dont j’avais besoin», se souvient-il. Mais au bout de quelques mois, le bonheur des premiers instants s’est transformé en un cycle de violence. Contrôle, manipulation, agression physique : Manuel était coincé dans une relation où il en est venu à croire qu’il était la source du problème.
Un soir, les coups ont été si puissants qu’il ne se souvient que de s’être réveillé à l’hôpital, le lendemain, avec une côte fracturée. Ce jour-là, Manuel n’a pas osé dénoncer. Manuel fait partie d’une statistique peu connue. Selon la plus récente Enquête sociale générale de Statistique Canada, 8 % des homosexuels rapportent avoir été victimes de violence conjugale, au pays.
Ce pourcentage est deux fois plus élevé que dans les couples hétérosexuels, où le taux de violence conjugale autodéclarée est de 4 %. Qui plus est, les rares statistiques sur le sujet semblent démontrer que le phénomène diffère chez les gais et les lesbiennes. «Les données policières de 2012, au Québec, nous démontrent que les hommes sont plus susceptibles d’être victimes de violence dans les couples de même sexe que les femmes dans les couples de même sexe », affirme Sylvie Thibault, professeure en travail social à l’Université du Québec en Outaouais.
Malgré l’ampleur du phénomène, les organismes en diversité sexuelle, les organismes qui accompagnent les hommes violents et les refuges pour femmes ne sont pas adaptés à la réalité des hommes comme Manuel. «Les hommes [gais] perçoivent que les services ne peuvent pas répondre à leurs besoins, donc ils n’iront pas chercher spontanément de l’aide», explique Sylvie Thibault.
À Montréal, des organismes communautaires ont décidé d’unir leurs efforts. L’été dernier, ils ont créé une table de concertation nommée Violence conjugale dans les relations amoureuses et intimes entre hommes. «On pense que la violence conjugale, c’est vraiment l’image typique qu’on voit dans les films, dans les séries, l’homme qui bat sa femme», caricature Benoît Turcotte, responsable du projet. Pour aider les gais victimes de violence conjugale, le VRAIH élabore actuellement une formation qui permettra de détecter plus facilement les victimes potentielles et de les aider à trouver du soutien.
NDLR: Il existait à la fin des années 90 un service d’aide pour les gais et lesbiennes du nom de «Dire enfin la Violence» qui offrait un service téléphonique et une assistance aux victimes de violence conjugale, mais le service a fermé suite à un scandale dénoncé par un fonctionnaire provincial prêté pour assister l’organisme. Depuis, le seul endroit où les LGBT peuvent se tourner pour avoir de l’information est Gai Écoute. Il ne faut pas hésiter à les contacter au 514-866-0103 ou au 1-888-505-1010.