Iran : l’exécution de Saleh Mohammadi soulève de nombreuses zones d’ombre

Saleh

Roger-Luc Chayer (Photo : Source inconnue)

La question se pose, car avec l’Iran, la ligne entre la vérité et la désinformation est souvent très mince. De quoi s’agit-il exactement ici ? Un jeune lutteur iranien de 19 ans, Saleh Mohammadi, a été condamné à mort et exécuté hier par pendaison. Voilà le titre de la nouvelle, mais à partir d’ici, et selon les sources, il est difficile de savoir exactement pourquoi il a été exécuté.


Un jeune athlète au cœur des manifestations en Iran

Saleh Mohammadi était un jeune lutteur iranien de 19 ans, membre de l’équipe nationale. Il a été arrêté en janvier 2026 après des manifestations contre le régime iranien, déclenchées par la crise économique et rapidement devenues politiques.

Les autorités l’ont accusé principalement de deux choses : avoir tué un policier pendant ces manifestations et avoir commis le crime de « moharebeh » (traduction : « guerre contre Dieu »), une accusation souvent utilisée en Iran contre les opposants.


Un procès dénoncé par les ONG internationales

Il a été jugé très rapidement et condamné à mort. Des ONG comme Amnesty International affirment que son procès était inéquitable, avec des aveux obtenus sous la contrainte et sans véritable accès à un avocat.

Il a finalement été exécuté le 19 mars 2026, avec deux autres jeunes hommes, dans ce qui est présenté comme les premières exécutions liées aux récentes contestations en Iran.


Un espoir de la lutte iranienne brisé

Saleh Mohammadi était spécialisé en lutte gréco-romaine. Formé à Qom, il s’est rapidement distingué dans les catégories juniors grâce à sa puissance physique et sa discipline technique.

Il a d’abord pratiqué la lutte libre avant de se tourner vers la gréco-romaine, où il a obtenu ses meilleurs résultats. En 2024, il remporte une médaille de bronze lors de la Coupe Saitiev en Russie, une compétition reconnue qui rassemble de jeunes talents prometteurs.

Considéré comme un espoir du sport iranien, il faisait partie de la nouvelle génération d’athlètes susceptibles d’intégrer l’équipe nationale senior.


Une exécution aux raisons incertaines

Il a donc été exécuté soit parce qu’il aurait tué un policier, soit parce qu’il aurait insulté son dieu et sa religion.

Là où il faut être prudent, c’est dans la similarité avec une affaire qui avait profondément marqué l’opinion internationale.


Le précédent Mahmoud Asgari et Ayaz Marhoni

Sur la place Edalat, sous les yeux de la foule, Mahmoud Asgari (16 ou 17 ans selon les sources) et Ayaz Marhoni (18 ou 19 ans) sont pendus publiquement en 2005. Les deux jeunes, originaires de la province du Khorasan, avaient été condamnés à mort par un tribunal iranien.

Selon les autorités iraniennes et les rapports officiels publiés à l’époque par l’agence ISNA et le quotidien Quds, les adolescents ont été reconnus coupables de « lavat beh onf », soit un viol d’un garçon de 13 ans. L’agression aurait eu lieu quatorze mois plus tôt, avec usage de la force. Avant leur exécution, ils avaient déjà été condamnés à 228 coups de fouet pour divers délits.

Dès le lendemain, des images choquantes circulent et provoquent une indignation mondiale. Le groupe OutRage!, dirigé par Peter Tatchell, affirme qu’ils auraient en réalité été exécutés pour homosexualité, transformant l’affaire en symbole de la répression des personnes LGBT en Iran.


Un débat jamais tranché

Cependant, plusieurs organisations comme Human Rights Watch, Amnesty International et l’IGLHRC concluent que les accusations portaient bien sur un viol forcé d’un mineur.

Le débat n’a jamais totalement disparu. Certains militants continuent de penser que les accusations auraient pu être manipulées par le régime, tandis que d’autres ONG mettent en garde contre les récits non vérifiés qui pourraient nuire à la crédibilité des défenseurs des droits humains.


Appel à la prudence face à l’information

C’est pour cette raison que j’invite les lecteurs à la plus grande prudence face à cette triste nouvelle concernant ce jeune espoir olympique. A-t-il réellement tué un policier ? Dans de nombreux pays, y compris aux États-Unis, s’il avait été reconnu coupable d’un tel crime dans un État où la peine capitale est en vigueur, il aurait également pu être condamné à mort et exécuté.

Nous ne saurons probablement jamais toute la vérité dans cette affaire.

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