Je découvre ma famille « Chayer », 59 ans plus tard!

Photo de Gonzague Chayer et de Délima Grenon

Roger-Luc Chayer (Photo: Gonzague Chayer et son épouse Délima Grenon)

Je parle pratiquement jamais de ma vie personnelle et familiale, surtout de la famille du côté de mon père, car je ne la connais pas. Ce n’est pas mon choix, mais le résultat de décisions prises par ma mère qui, après son divorce alors que j’avais environ un an, a systématiquement refusé que je fasse la connaissance de la famille Chayer, issue de mon père biologique, ou que je sois en contact avec elle.

J’ai pourtant grandi entouré d’une famille maternelle formidable, comprenant des grands-parents, des oncles, des tantes, des cousins et des cousines, et tout cela de manière très positive. J’adore ma famille du côté de ma mère, les Lacelle ; ils représentent la seule famille que je connaisse et constituent ma propre identité.

Tout au long de ma vie, j’en suis maintenant à 59 ans, je n’ai jamais envisagé l’existence d’une autre famille du côté des Chayer. Cette idée ne m’a jamais traversé l’esprit, même si j’ai croisé très jeune, à deux ou trois reprises, mon père Yvon. Il est le fils de Gonzague Chayer et de Délima Grenon. Mes souvenirs de ces rencontres à Terrebonne, où mon frère et moi passions un week-end dans le petit appartement d’Yvon, sont très flous.

Je me souvenais que mon grand-père paternel se prénommait Gonzague, car mon frère Sylvain porte également ce prénom de baptême. Ma grand-mère, quant à elle, s’appelait Délima. Cependant, je ne connaissais aucun oncle ni tante, et encore moins les cousins et cousines. Pire encore, non seulement je n’ai jamais rencontré ma famille Chayer, mais je n’ai en ma possession aucune photo de qui que ce soit, que ce soit de mes grands-parents ou de mes oncles et tantes. Ma mère m’a systématiquement empêché de nourrir la moindre curiosité à ce sujet. Tout ce que je recevais d’elle était empreint de venin.

Il est à noter que ma famille Lacelle n’a jamais prononcé le moindre mot négatif concernant ma famille Chayer. Jamais. De plus, il est important de mentionner que mon père biologique, Yvon, est toujours en vie à Terrebonne.

Ensuite, la suite de ma vie a pris forme. J’ai quitté la maison à l’âge de 16 ans, ne supportant plus la toxicité de ma mère. Je me suis retrouvé sous la garde de la DPJ jusqu’à mes 18 ans, et cette expérience s’est avérée très bénéfique pour moi. Par la suite, j’ai quitté le Québec pour entreprendre des études en France, au Conservatoire national de Nice, spécialisé dans le cor, la musique de chambre et l’orchestre symphonique. J’ai eu l’opportunité de jouer au sein d’orchestres tels que ceux de Cannes, de l’Opéra de Nice, du Philharmonique de Nice, du National de Toulouse, et bien d’autres. Mon séjour de près de 10 ans en France a été magnifique. C’est là-bas que j’ai réalisé mon rêve de devenir le corniste que j’aspirais à être. En 1992, je suis revenu à Montréal.

Il y a quelques années, j’ai été contacté sur Facebook par une tante Chayer prénommée Thérèse, qui possédait de nombreux souvenirs de moi alors que j’étais encore très jeune, voire même un bébé. Depuis lors, nous entretenons occasionnellement des échanges très plaisants et amicaux.

Cependant, depuis quelques jours, une nouvelle découverte a bouleversé ma perspective. Grâce à un groupe Facebook dédié à la mémoire des familles de Terrebonne, j’ai commencé à repérer plusieurs membres portant le nom Chayer – cousins, cousines, et ainsi de suite. Hier, une publication a particulièrement attiré mon attention, il s’agissait d’une photo de Gonzague Chayer. Surpris, à cet instant, j’ai brièvement envisagé qu’il puisse s’agir de mon grand-père. Cependant, il s’est avéré qu’il s’agissait en fait d’un oncle méconnu portant lui aussi le prénom Gonzague. D’autres membres de la famille Chayer se sont manifestés, et hier, Madame Marielle Chayer m’a fait parvenir une photo de mes grands-parents que je découvrais pour la toute première fois. De manière tout aussi remarquable, Madame Louise Beaudry m’a transmis une photo de mariage mettant en scène mes grands-parents, mon père et plusieurs membres de la famille Chayer.

C’est un peu comme entreprendre un voyage dans le temps : je me trouve face à tout un univers qui m’était jusqu’alors étranger, et bien évidemment, cela suscite en moi un torrent d’émotions.

ANECDOTE DÉLIMA GRENON

Je n’ai rencontré ma grand-mère Délima qu’une seule fois à l’âge adulte, et cela s’est produit de manière tout à fait fortuite, comme si une intervention divine était à l’œuvre. En réalité, j’aurais pu ne jamais la voir si ce n’avait été de la présence d’une secrétaire à la paroisse St-Louis-de-France à Terrebonne, où j’avais été baptisé.

En 1995, j’ai obtenu la nationalité française.

Pour l’acquérir, j’ai dû effectuer la demande vers 1992 et fournir les documents requis, dont mon acte de naissance, celui de mon père, et je crois, bien que je ne sois pas sûr, celui de mon grand-père. Autour de 1992 ou 1993, je me suis rendu au presbytère de la paroisse St-Louis-de-France à Terrebonne pour solliciter auprès de la secrétaire une copie de ces documents. Assise derrière moi sur un banc, il y avait une dame âgée qui attendait déjà les documents qu’elle avait commandés. La secrétaire m’avait demandé mon nom, le prénom de mon père, ainsi que l’année de naissance, et je m’étais assis aux côtés de la dame âgée sur le banc, en attendant que les documents soient prêts, car à cette époque, tout était réalisé manuellement.

Lorsque la secrétaire est revenue avec mes papiers, elle avait les yeux écarquillés de surprise et alternait son regard entre mes documents et moi, semblant visiblement mal à l’aise. Elle m’a alors posé la question suivante : « Connaissez-vous votre grand-mère paternelle ? » J’ai répondu que je ne la connaissais pas, surpris par cette interrogation. Ensuite, elle a demandé : « Le nom de votre grand-mère est bien Délima Grenon ? » J’ai répondu par l’affirmative, pensant qu’elle cherchait simplement à me confirmer avant de me remettre les documents.

C’est alors qu’elle s’est penchée pour regarder derrière moi et m’a indiqué du doigt la dame âgée assise en me disant : « C’est votre grand-mère qui est assise là ! » Stupéfait, je me suis dirigé vers elle et lui ai demandé : « Bonjour madame, seriez-vous Madame Délima Grenon, l’épouse feu Gonzague Chayer ? » Surprise, elle m’a confirmé que oui, tout en se demandant ce que je lui voulais. À cet instant, je lui ai révélé : « Vous êtes ma grand-mère, je suis Roger, le fils d’Yvon… ». S’en est suivi un long moment de silence, les yeux grands ouverts, elle ne savait visiblement pas comment réagir, et moi non plus d’ailleurs. Nous avons entamé une conversation à propos de ce que j’étais devenu, de ma mère, de mon expérience en France, et puis je suis parti en lui souhaitant une bonne journée. Je ne l’ai jamais revue depuis.

Redécouvrir aujourd’hui ma famille Chayer est à la fois intéressant et captivant. Je connais presque peu de membres de cette famille. Ma famille Lacelle a été LA famille pour moi, et tous mes souvenirs gravitent autour d’elle, que j’aime profondément et à laquelle je m’identifie pleinement.

Je ressens néanmoins de la gratitude envers les membres de la famille Chayer, car ils me permettent de découvrir une partie de mon identité génétique. C’est une aventure que j’apprécie et qui me touche.