LE COURRIER DE LOUISE

Louise Deschâtelets et Roger-Luc Chayer

Je trouve aberrant qu’encore en 2019, certaines personnes, en
particulier des mères comme celle qui vous écrit ce matin, s’inquiètent
que leur fille soit lesbienne. Depuis quand doit-on s’en
faire pour l’homosexualité des autres? Bien que très compréhensive,
cette mère devrait savoir que les homosexuels n’ont besoin ni
de la permission ni de l’approbation des hétérosexuels pour être ce
qu’ils sont. Pas plus que l’inverse d’ailleurs! La réaction des autres
ne devrait en AUCUN cas déranger les gais, car ça ne regarde
personne d’autre qu’eux. Quand allons-nous cesser de féliciter
les gens qui « acceptent » ce qui ne les concerne pas? D’ailleurs,
quelle prétention de sa part de dire qu’elle a encouragé sa fille
dans son choix, quand l’homosexualité n’est pas plus un choix que
l’hétérosexualité. A.V.
J’ai un seul bémol avec vos affirmations, celle qui commence
le deuxième paragraphe de votre lettre, car malheureusement,
beaucoup de gais(es) craignent encore la réaction de l’entourage
à l’annonce de leur orientation sexuelle si elle est différente
de celle de la majorité. (Louise Deschâtelets)
Voilà comment Louise Deschâtelets, dans son édition du 18 septembre
dernier du Journal de Montréal, traitait tout simplement
d’une question pourtant très complexe portant sur le fait de s’émanciper
comme homos et de sortir du placard ouvertement et devant
la chrétienté! La question de la dame dont nous cachons le nom
complet était tout à fait de bonne foi et elle voulait certainement
susciter une prise de conscience chez certains parents quant à
l’annonce de l’homosexualité de leurs enfants, et surtout permettre
aux enfants de la faire sans crainte. Mais la question n’est pas si
simple. Dans un reportage de 2010, Radio-Canada déclarait «Pour certains, cela se fait sans fracas. Pour d’autres, l’annonce de leur
orientation sexuelle peut entraîner du rejet, de la discrimination, du
harcèlement, de la violence.» Et c’est sans parler des conséquences
sur le travail, dans la famille, chez les proches ou dans le domaine
sportif… La décision de sortir du placard n’est pas un objectif ultime
à atteindre dans son choix de vivre pleinement son homosexualité
ou sa vie amoureuse. Cette sortie devrait se faire, si elle doit
absolument être faite, de façon stratégique et réfléchie, sans penser
que tout se fera simplement et que la joie de s’affirmer homo
sera communicative et partagée par tout le monde autour de soi.
Comme éditeur de média gai, je reçois souvent des récits catastrophiques
de coming out, pendant des réunions de famille ou lors
de partys du jour de l’an en entreprise et ces personnes regrettent
d’avoir fait leur sortie, parce que la réaction de leur entourage
n’avait pas été anticipée. Comme pour le cas de Manuel, 16 ans,
qui a toujours été un garçon aimé et élevé dans une famille québécoise
francophone «très évoluée» qui, lorsqu’il a décidé de dire à
ses parents qu’il avait un amoureux, s’est vu forcé d’aller consulter
un psychiatre et n’avait plus le droit de sortir de la maison pendant
des mois, parce que ses parents étaient furieux de «l’influence de
l’école publique sur leur enfant», ou encore pour cet autre jeune,
Rocky, qui a décidé de vivre son homosexualité ouvertement à 14
ans, ce qui aurait provoqué le suicide de sa mère!
Quand on me demande mon opinion sur la question, je répète toujours
que le coming out devrait se faire uniquement auprès de gens
en qui nous avons une parfaite confiance et qui sont assez intelligents
pour savoir que c’est une bonne nouvelle, et non la fin du
monde. Je suis passé par là, ma cousine Mimi a été la première!

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *