LE DÉTRANSITIONNISME EXISTE

Roger-Luc Chayer

Il y a quelques années, j’avais soulevé, par une série d’articles dans ces pages, la question d’un flou sur la question trans, notamment suite à la publication d’une nouvelle portant sur le Centre Hospitalier américain John Hopkins qui avait décidé de suspendre les chirurgies de réassignation sexuelle pour mieux en évaluer les impacts et certains traitements alternatifs. J’avais aussi publié une entrevue avec une personne trans, Sasha, qui regrettait son opération et n’avait plus aucun espoir de reprendre la vie normale qu’elle espérait tant.

Suite à ces publications, on m’avait taxé de transphobe, évidemment, car quiconque essayait de parler du sujet en dehors des paramètres communautaristes était automatiquement un ennemi…

Or, voilà que Radio-Canada, sous l’habile plume de la journaliste Émilie Dubreuil, revient sur la question, mais dans un angle jusqu’ici non-traité: «Je pensais que j’étais transgenre» nous parle des détransitionneurs, ces personnes qui reviennent sur leur décision de changer de sexe ou qui le regrettent. La question est d’autant plus importante que plusieurs militants et groupes sociaux revendiquent de pouvoir avoir accès aux médicaments et aux chirurgies dès l’âge de 8 ans. En théorie, c’est pour éviter de passer par les symptômes de l’adolescence et de la puberté, qui seraient nuisibles psychologiquement.

Dans ce reportage absolument bien documenté et qui fait le tour de la question, on y parle de plusieurs jeunes enfants qui se croyaient transgenres, alors que dans certains cas, c’était simplement pour suivre une mode sur Instagram ou, dans d’autres cas, parce qu’ils confondaient la transitude avec l’homosexualité.

«Peu après avoir ouvertement affiché son identité trans, Franck obtient un rendez-vous dans une clinique pédiatrique montréalaise où sont dirigés la majorité des mineurs qui vivent un malaise avec leur genre au Québec. Franck a alors 13 ans. Il souhaite se faire enlever les seins et prendre de la testostérone. Il en parle beaucoup. Il en rêve, se projette. « Je regardais beaucoup de vidéos sur YouTube de transition et ça m’inspirait. » Or, lorsque l’endocrinologue lui suggère des bloqueurs de puberté, soit des inhibiteurs d’hormones, il se montre craintif. Le médecin, patient, lui suggère de prendre son temps; il l’attendra. Franck et ses parents y retourneront trois fois, et chaque fois, Franck tergiverse.»

Le cas de Clara est aussi intéressant: «J’avais l’impression que je n’étais pas une fille, le genre de fille qui s’épile et qui aime le maquillage. Une « fille-fille » comme sur Instagram, genre! Donc, je me suis dit que j’étais un gars… Quand j’y repense, ça me donnait aussi un sentiment d’appartenance. C’est très l’fun. Quand tu fais ton coming out, tu as full de support. Les autres trans sur Internet te disent : « Bravo, on est avec toi. » J’aimais ça, ce côté-là, appartenir à un mouvement, parce qu’à l’école, ce n’est pas si facile d’avoir un sentiment d’appartenance. – Et aujourd’hui? – Je me sens mieux dans ma peau depuis que je suis redevenue une fille. La seule chose qui me fait peur, c’est de devoir le dire à l’école.»

Les personnes qui vivent ce type de situation ou qui ont des incertitudes sur leur décision de changer de sexe peuvent trouver des conseils et du soutien sur le réseau d’échange « r/detrans », un sous-groupe de discussion sur le réseau social Reddit. La transitude est une question en mouvance permanente et il est manifestement encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives.

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