Roger-Luc Chayer
On apprenait récemment que l’arrondissement Ville-Marie, responsable du Centre-ville de Montréal et du Village gai, avait décidé de revamper le Parc de l’Espoir, situé au coin des rues Panet et Ste-Catherine Est, mais c’était sans compter la résistance de quelques anciens leaders des communautés LGBT qui refusent catégoriquement que le parc soit modifié.
Pour la petite histoire, il s’agit d’un ancien espace abandonné de la rue Ste-Catherine qui a été converti en une sorte de parc commémoratif avec une partie ressemblant à un cimetière et l’autre en un parc plus classique. Le tout est de très petite taille et dans sa configuration actuelle, on ne peut y asseoir plus de 30 personnes. Ce parc commémoratif est à la mémoire des personnes décédées du SIDA principalement avant la trithérapie et avait été lancé à l’initiative de quelques membres des familles et conjoints de personnes décédées qui allaient y mettre un ruban, sur un des rares arbres, pour que subsiste le souvenir de la personne disparue. À un certain moment, pour ceux qui s’en souviendront, l’arbre était recouvert de centaines et même de milliers de rubans, c’était assez spectaculaire à voir et l’oeuvre elle-même suscitait beaucoup d’émotions, car on pouvait constater d’un seul coup d’oeil, le très grand nombre de victimes de cette maladie qui a décimé une importante partie de la communauté gaie à une certaine époque.
Malheureusement, comme plusieurs autres endroits dans le Village gai, le parc a rapidement été occupé par des itinérants, des vendeurs de drogue ou des prostitués masculins pour y faire des affaires. Nous étions loin de la commémoration, et pendant des années, le parc a été associé à une triste image d’abandon et de criminalité, jusqu’à ce qu’enfin, la Ville ne décide d’intervenir.
Le 4 décembre dernier, les élus de l’arrondissement sont arrivés avec deux plans de réaménagement du parc, et selon le conseiller Robert Beaudry, les principaux éléments visuels seraient conservés et les modifications consisteraient essentiellement en un agrandissement. Il est tout de même difficile d’imaginer un agrandissement puisque le parc est bordé par deux rues, un mur de briques et une ruelle. Bref, suite à l’annonce du plan de la ville, sans consultation au préalable il faut le dire, certains anciens des communautés LGBT se sont opposés à tout projet de modification, craignant que l’on dénature la vocation de ce petit carré de mémoires.
Ne souhaitant aucune modification, les anciens ont plutôt exigé une rénovation du mobilier actuel avec une revitalisation des lieux, mais ce n’est pas tout à fait de l’avis du public en général qui considère qu’on n’en fait pas assez pour régler le détournement actuel par les itinérants, vendeurs de drogue et prostitués qui occupent 24h par jour les lieux, toujours assis ou couchés sur les monuments censés représenter nos proches, et qui nécessiteraient un peu plus de respect. Et c’est sans parler des innombrables condoms et seringues usagés qu’on trouve un peu partout, à la vue de tous.
Le Parc de l’Espoir n’a jamais fait l’unanimité depuis sa création parce qu’il a été conçu sans consultation publique, sur la base des goûts et préférences des leaders gais de l’époque. Ce n’est pas un reproche, mais 20 ans plus tard, puisque la Ville est prête à mettre l’argent nécessaire à son réaménagement, pourquoi est-ce qu’on ne pourrait en profiter pour revoir le design, pour lui permettre d’être exactement ce qu’il devait être à l’origine, un lieu commémoratif à la douce mémoire de nos morts du SIDA, et non la vitrine de tous les troubles sociaux de la Métropole.