LE ROI ARTHUR EST MORT

Roger-Luc Chayer

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En 1994 ou 1995, il m’avait contacté pour savoir si je voulais participer à son émission de radio, à titre de journaliste spécialisé, pour lui donner la réplique alors qu’il voulait parler des saunas gais, qu’il considérait être des sidatoriums. J’avais accepté, voulant profiter de cet événement pour faire un peu d’éducation et il m’avait dit « Tu peux me dire si je suis dans le champ en direct sur les ondes, ne te gêne pas ».

Plus tard, avec ce qui fut une grande entrevue franche et honnête sur les préjugés face au VIH/SIDA qui, à l’époque souvenons-nous, ne se traitait pas par la trithérapie, André m’avait souvent invité à ses émissions quand il voulait parler de sujets touchant les communautés LGBT jusqu’à ce qu’il décide de me donner la responsabilité d’une chronique régulière portant sur la chute de Montréal, sur les ondes de son émission Le Midi avec André Arthur à TQS, pendant environ un an.

Le nom de ma chronique était « Mourial » et une ou deux fois par semaine, j’allais à son studio de Québec enregistrer l’émission qui était diffusée en différé d’une heure.

André, avec son sens de l’autodérision habituel a lui-même annoncé sa mort sur Twitter en ces termes: « Aujourd’hui, le 8 mai 2022 à l’hôpital Laval, je suis mort. » Le message avait été rédigé peu de temps avant son décès.

De l’humour il en avait et ça, seuls ses proches peuvent en témoigner. En travaillant à ses côtés, j’ai découvert cet humour qu’il administrait généreusement à ceux qu’il aimait ou qu’il respectait, mais s’il vous détestait, alors là c’était le tir de missiles balistiques qui vous attendait et c’est surtout sur ce dernier point qu’il était connu.

Il n’avait peur de personne et quand il sentait qu’une personnalité publique, politique, artistique ou peu importe de quel domaine se fichait de lui ou des Québécois, il prenait son fusil d’assaut médiatique et tel un tireur d’élite, frappait droit au but. Il en a décoiffé plusieurs comme ça et ça lui a parfois valu quelques poursuites judiciaires, mais il ne revenait jamais sur le sens profond de ses propos, tout au plus, il pouvait les tempérer à l’occasion si nécessaire, car il était brillant il faut le dire.

Ayant la réputation d’être historiquement homophobe, il avait relevé le défi de parler des LGBT avec moi et j’avais toute la latitude de lui répondre ce que je voulais et il disait souvent, en introduction à mon passage à ses émissions, « Il y en a un seul qui a le droit de me traiter de con, que je n’ai rien compris, et c’est Roger-Luc Chayer, et il est en face de moi….. » Je n’ai jamais eu à le traiter de quoi que ce soit parce qu’il avait un grand respect pour mes opinions et mes analyses et c’est toujours avec une candeur inattendue et un sourire en coin qu’il me regardait droit dans les yeux pendant que je livrais ma chronique. Le VIH, les trans, le communautaire gai, les saunas, les fiertés gaies, tout y passait et il n’avait peur d’aucun sujet.

Son décès a suscité de très nombreuses réactions au Québec et ce sont surtout les plus jeunes, qui ne connaissent pas toute la carrière du « Roi de la radio », qui sont les plus incisifs, mais André aurait aimé les lire et leur répondre, parce qu’André Arthur c’était ça: on en parle, on crie, on pleure et on passe à autre chose. Bon voyage André et merci de m’avoir écouté.