LES NÉGATIONNISTES Ces personnes qui ne croient pas au SIDA!

Le Monde

Dans le torrent immense des publications scientifiques, certains articles plus que contestables parviennent parfois à se glisser. C’est ce qui vient de se produire dans la revue Frontiers in Public Health.

Le papier se présente comme un retour historique sur trois décennies de remise en cause du lien entre le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et la maladie nommée sida. Oui, vous avez bien lu. Cela fait trente ans que, malgré des études innombrables qui ont prouvé la chose au-delà de tout doute raisonnable, des scientifiques, souvent extérieurs au domaine du sida, nient que le virus provoque la maladie. Ils évoquent, comme causes alternatives, la prise de drogues, la malnutrition (pratique pour expliquer la prévalence de la maladie en Afrique), le stress oxydatif, et les médicaments donnés pour stopper le sida, l’industrie pharmaceutique étant une des cibles privilégiées des théories du complot auxquelles certaines de ces personnes n’ont pas hésité à faire référence. Le problème, c’est que le texte de Patricia Goodson ne correspond pas à ce qu’il prétend être, une remise en perspective historique de cette «dissidence». Il ne vise qu’à instiller le doute dans les esprits en laissant croire que le sujet fait toujours l’objet d’un débat scientifique. Ce qui n’est pas le cas. D’une certaine manière, on peut voir cela comme la transposition au sida du pseudo-débat sur l’origine humaine du réchauffement climatique. Patricia Goodson, qui, comme le révèle la liste de ses publications, n’a jamais travaillé sur le sida, ne fait que reprendre les vieilles recettes des marchands de doute.

Cela passe d’abord par le vocabulaire. En plus de l’expression «hypothèse dominante» concernant le lien entre VIH et sida, on note d’autres tournures du même acabit comme «cause probable», «les chercheurs et médecins du courant dominant soutiennent que…» ou «les universitaires non orthodoxes», artifices de langage qui veulent laisser croire qu’il y aurait d’un côté une sorte de dogme défendu par des mandarins et, de l’autre, des Galilée rebelles.

L’auteur regrette que le débat entre les deux parties n’ait plus lieu, en insinuant que la faute en incombe aux chercheurs «orthodoxes», pour reprendre ses termes. Pourquoi est-ce grave? On pourrait répondre tout d’abord à la question en disant : «Parce que les bases scientifiques de ces théories sont inexistantes et que leurs défenseurs ne jouent pas selon les règles du jeu qui consiste à mettre sur le tapis des éléments mesurables et vérifiables.» L’aspect le plus crucial de la question est qu’en diffusant de tels messages, ces personnes sapent les politiques de prévention visant à combattre la pandémie due au VIH, lequel est présent dans l’organisme de plus de 35 millions de personnes dans le monde.

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