Les vrais monstres ne sont pas sur scène : quand un sénateur dénonce les drag queens mais ignore les armes à feu

Drag

Roger-Luc Chayer (Image : CNN)

Jon Stewart confronte le sénateur Nathan Dahm sur les spectacles de drag queens pour enfants

Dans un échange extrêmement intéressant diffusé sur les ondes de CNN hier, le 7 janvier 2026, l’animateur Jon Stewart, mieux connu pour avoir animé l’émission The Daily Show, recevait en entrevue le sénateur Nathan Dahm, conservateur et républicain de l’État de l’Oklahoma, au sujet des spectacles de drag queens offerts aux enfants.

Stewart a demandé au sénateur pourquoi il s’y opposait et souhaitait bannir ces lectures de contes pour enfants animées par des drag queens. Le sénateur a répondu que sa position reposait sur la sécurité des enfants.

Stewart lui a alors demandé s’il savait quelles étaient les principales causes de décès chez les enfants aux États-Unis, en précisant clairement que ce n’étaient pas les spectacles de drag queens. Le sénateur a répondu qu’il était d’accord.

Stewart a alors poursuivi : « Alors, quelles sont les principales causes de mort d’enfants aux États-Unis ? » Et Stewart a lui-même répondu avec énergie : ce sont les armes à feu, davantage encore que le cancer ou les accidents de voiture. Il a ajouté : « Ce que vous me dites, c’est que vous êtes prêt à brimer la liberté d’expression des drag queens pour, soi-disant, protéger les enfants de ces “monstruosités”, mais que lorsque des enfants meurent réellement, vous vous en fichez complètement et ne faites rien pour empêcher ces morts. Ça, monsieur, c’est de l’hypocrisie. »


Un débat qui soulève des questions sur la compréhension des identités de genre

Voilà un échange intéressant qui a certainement soulevé de nombreux questionnements au sein de la population américaine, laquelle connaît très bien l’engagement social de Jon Stewart sur plusieurs causes. Il me semble toutefois important de revenir, encore une fois, sur les distinctions entre drag queens, travestis et personnes trans, distinctions que la grande majorité des conservateurs, ou des personnes peu ou mal éduquées sur ces questions, ne comprennent pas.


C’est quoi, une drag queen ?

Une drag queen est une personne, le plus souvent un homme cisgenre, qui adopte de façon volontaire et ponctuelle une expression de genre féminine exagérée dans un contexte artistique, performatif ou festif. Le drag est avant tout une forme de spectacle qui s’appuie sur le jeu, la caricature et la mise en scène, que ce soit à travers le chant en playback, l’humour, la danse, la comédie ou l’animation publique.

Il ne s’agit ni d’une orientation sexuelle ni d’une identité de genre. Une drag queen peut être hétérosexuelle, homosexuelle, bisexuelle ou autre, tout comme elle peut être cisgenre ou transgenre. Le personnage de drag est un rôle, une création artistique distincte de la vie quotidienne de la personne qui l’incarne.

Historiquement, le drag s’inscrit dans une longue tradition théâtrale où les rôles de genre étaient joués et détournés, et il a pris une importance particulière dans les cultures LGBTQ+ comme espace d’expression, de satire sociale et parfois de revendication politique. Le but n’est pas de « devenir une femme », mais de jouer avec les codes du féminin, souvent de manière volontairement outrancière, pour divertir, questionner ou provoquer la réflexion.

Pratiquer l’art du drag queen est une forme de théâtre burlesque qui n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle ni avec l’identité ou l’expression de genre. Est-ce bien compris ? Il n’y a aucun danger pour les enfants, sinon celui de les faire rire grâce à des personnages caricaturaux, et c’est précisément ce que l’on observe dans les classes où ces programmes sont offerts.

Ces séances permettent aussi d’aborder des sujets difficiles comme la solitude, le divorce des parents, la violence ou le racisme, dans un contexte dédramatisant et empreint d’humour, afin que le message passe mieux. Présentées sous forme de spectacle ou d’interaction avec un artiste, elles deviennent souvent une sorte de thérapie de groupe à laquelle les enfants participent en parlant et en posant des questions à la drag queen. Rien de plus.

Et, ne l’oublions pas, la plupart des drag queens étant des artistes, ils possèdent leur carte de l’Union des Artistes (au Québec), paient leurs cotisations, sont rémunérés et paient des impôts sur leurs revenus!


C’est quoi un travesti ?

Un travesti est une personne qui porte des vêtements traditionnellement associés à un autre genre que le sien, le plus souvent pour des raisons personnelles, culturelles, esthétiques ou pratiques. Cela peut se faire de manière occasionnelle ou régulière, dans un cadre privé ou public, sans que cela implique nécessairement une performance artistique.

Le travestissement n’est ni une orientation sexuelle ni une identité de genre. Une personne travestie peut être hétérosexuelle, homosexuelle, bisexuelle ou autre, et peut être parfaitement à l’aise avec son genre de naissance. Contrairement au drag, le travestissement n’est pas obligatoirement théâtral, caricatural ou destiné à un public.

Le terme est aujourd’hui parfois perçu comme daté ou péjoratif selon le contexte et les cultures, et il est de plus en plus remplacé par des expressions comme « personne qui se travestit » ou « cross-dresser », jugées plus neutres.

Encore une fois, et il faut insister, les travestis ne sont pas des pédophiles pervers qui chassent les enfants. Il s’agit d’une expression personnelle qui relève de la vie privée et qui n’a aucun lien avec des comportements criminels ou abusifs.


C’est quoi un ou une trans ?

Une personne trans, ou transgenre, est une personne dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe qui lui a été assigné à la naissance. Autrement dit, c’est une personne qui se reconnaît comme homme, femme, les deux, ni l’un ni l’autre, ou autrement, indépendamment des attentes sociales liées à son corps à la naissance.

Être trans n’a rien à voir avec le fait de se déguiser, de performer ou de jouer un rôle. Il s’agit d’une réalité intime et profonde de l’identité personnelle. Une personne trans peut choisir, ou non, d’entreprendre une transition sociale, administrative ou médicale, mais ces démarches ne définissent pas son identité. On peut être trans sans chirurgie, sans hormones et sans transformation visible.

Là encore, ce n’est ni une orientation sexuelle ni une pratique sexuelle. Une personne trans peut être hétérosexuelle, homosexuelle, bisexuelle ou autre, comme n’importe qui. Être trans, ce n’est pas un spectacle, ce n’est pas une provocation et ce n’est certainement pas une menace pour les enfants : c’est simplement une façon d’exister et de se reconnaître soi-même dans la société.


Une meilleure compréhension pour avancer

Quand le monde aura compris ces distinctions, on pourra alors affirmer que l’humanité aura fait un pas en avant vers une plus grande intelligence.

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