Lise Bacon : la ministre qui a changé mon destin

Lise Bacon

Roger-Luc Chayer (Photo : Radio-Canada)

Les médias nationaux ont rapporté hier le décès de l’ancienne ministre et sénatrice canadienne Lise Bacon, tout en offrant un historique assez complet de ses accomplissements remarquables dans la vie politique québécoise, pour le statut des artistes et pour l’avancement de la condition féminine. Mais Lise Bacon a aussi eu un effet direct sur plusieurs Québécoises et Québécois, et j’en suis un bon exemple.

Mon parcours musical avant Montréal

Tout le monde sait qu’après avoir terminé mon secondaire et la première année du cégep au Québec, j’ai quitté le pays pour aller étudier au Conservatoire national de Nice et travailler dans plusieurs orchestres symphoniques pendant une période d’environ dix ans.

Or, en 1988, alors que je faisais escale à Montréal pour prendre une pause de mes études, avec l’autorisation de mon professeur de cor, Paul Warin, et du directeur du conservatoire, André Peyrègne, je me suis attelé à la préparation d’une méthode d’enseignement du cor et des cuivres, en expérimentant mes techniques auprès d’élèves du primaire dans des écoles de Montréal qui offraient des programmes musicaux.

CD Musique de chambre

Fondation du quintette à vent

En même temps, j’ai fondé un quintette à vent — fort de mon Premier prix de musique de chambre obtenu en 1985 au conservatoire — grâce à une importante subvention du premier ministre du Canada, Brian Mulroney. S’en sont suivis une centaine de concerts au Québec et un magnifique enregistrement, devenu un CD offert au public en 2012 sous le label Disques A Tempo, une division de Gay Globe.

On peut en savoir davantage sur cet enregistrement et ce CD ici.

Un départ pour Marseille

Une fois tout cela mis en place au Canada, j’ai voulu approfondir mes connaissances sur différentes techniques d’interprétation du cor en rejoignant mon amie Véronique Lucignano, qui étudiait la trompette au Conservatoire de Marseille. Elle avait réussi à m’obtenir un stage gratuit de trois mois avec le célèbre trompettiste Jean-Jacques Greffin, soliste à l’Orchestre de Paris, à l’Opéra de Marseille et professeur au conservatoire.

À gauche : moi-même. À droite : Jean-Jacques Greffin — Conservatoire de Marseille, 1989.

Oui, mais voilà : il fallait bien que je paie le billet d’avion et l’hébergement, encore une fois organisés par Véronique chez un de ses amis, le bassoniste Jean-Philippe Iracane, où j’ai eu le grand bonheur de rencontrer un être que j’ai beaucoup aimé, Pascal Coste, aujourd’hui décédé — mais ça, c’est une autre histoire. Il me fallait des fonds : je n’avais pas un sou !

Une ministre du peuple, dans toute la noblesse du terme

Et c’est là qu’entre en scène Madame Lise Bacon, alors ministre des Affaires culturelles du gouvernement du Québec.

À l’époque, demander une subvention aux différents paliers de gouvernement relevait des douze travaux d’Astérix, et plus particulièrement de la maison des fous, tant les dédales administratifs étaient complexes. Et surtout, accorder une subvention à un musicien classique pour un projet personnel, c’était du jamais vu.

Mais j’ai tout de même risqué le tout pour le tout. J’ai écrit à la ministre Lise Bacon, responsable de la culture au gouvernement du Québec, et je lui ai expliqué ma situation : mon passage à la Direction de la protection de la jeunesse entre 16 et 18 ans, le fait que j’avais toujours réussi mes projets scolaires, que j’étais le seul corniste québécois dans un conservatoire français, que je ne manquais jamais une journée d’école, et que cette occasion représentait une chance unique d’approfondir ma formation musicale.

Quelques semaines plus tard, à ma grande surprise, je recevais une lettre officielle du ministère des Affaires culturelles du Québec m’annonçant l’octroi d’une subvention personnelle (bourse ministérielle discrétionnaire), autorisée par Madame Bacon elle-même, pour couvrir mes frais de voyage et d’hébergement à Marseille. Ce geste d’une ministre — un geste profondément humain, sans protocole ni distance — a littéralement changé le cours de ma vie.

L’aide de Claude Ryan

Mais ce n’était pas tout. Madame Bacon avait des limites financières à respecter, et elle savait que la bourse discrétionnaire qu’elle m’offrait ne couvrait pas l’ensemble des coûts liés au stage. Elle s’est alors adressée à Monsieur Claude Ryan, alors Ministre de l’Éducation et ministre de l’Enseignement supérieur et Science du Québec, qui s’est empressé, lui aussi, de m’envoyer un chèque — déposé par un fonctionnaire en personne directement dans ma boîte aux lettres.

Grâce à cette seconde contribution, j’ai pu effectuer mon stage au complet, puis retourner à Nice pour terminer mon conservatoire et obtenir, en 1991, un Premier prix de cor.

Mon Premier prix de cor au Conservatoire national de Nice

Mon Premier prix de cor au Conservatoire national de Nice (1991) sur le grand escalier du Conservatoire

Retour au Québec et transmission

Une fois revenu au Québec, j’ai proposé au Conservatoire de Nice d’offrir chaque année une bourse portant mon nom, que je financerais moi-même, destinée à aider un élève de la classe de cor de mon professeur Paul Warin à défrayer quelques petits frais — partitions, embouchures, accessoires, etc. J’ai maintenu cette tradition jusqu’à ce que Paul prenne sa retraite de l’enseignement.

Grâce à la ministre Bacon, et avec le soutien reçu même en France de la part de mes amis et du Conservatoire, je considère être devenu un corniste ayant développé une sonorité unique, lyrique et personnelle. Tout cela s’est couronné, en 2012, par l’attribution d’une médaille royale offerte par Sa Majesté la reine Élisabeth II, monarque du Canada. Mais ça aussi, c’est une autre histoire.

En 2012, à la sortie de mon CD de musique de chambre, j’en ai envoyé un exemplaire à Madame Bacon, qui m’a écrit en retour pour me dire qu’elle se souvenait bien de moi. Merci, Madame Bacon !

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