PSILOCYBINE : LA MOLÉCULE ANTI-ÂGE

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Par: Arnaud Pontin selon Nature.com

Image: Encyclopédie Britannica

Longtemps cantonné au statut de «champignon magique», le psilocybine, principe actif de ces champignons hallucinogènes, pourrait bien devenir une arme sérieuse contre le vieillissement. C’est du moins ce que laisse entrevoir une étude récente, qui démontre pour la première fois que le psilocybine et son métabolite actif, le psilocine, prolongent à la fois la durée de vie de cellules humaines et celle de souris âgées. Depuis quelques années, la psilocybine revient sur le devant de la scène scientifique. Plus de 150 études cliniques l’explorent déjà comme traitement contre la dépression, l’anxiété ou l’addiction. Ses effets psychologiques positifs, parfois durables pendant plusieurs années après une seule prise, sont désormais bien documentés. Mais un mystère persistait: comment cette molécule parvient-elle à produire des bienfaits aussi vastes et durables ?

Pour creuser cette question, une équipe a choisi de tester une hypothèse intrigante: le «psilocybine-télomère». En clair, la molécule agirait directement sur la longueur des télomères, ces capuchons protecteurs de nos chromosomes dont le raccourcissement marque le vieillissement cellulaire. La dépression et le stress sont connus pour accélérer ce raccour-cissement. Or, des états mentaux positifs ont l’effet inverse. De là à penser que la psilocybine pourrait préserver ces télomères, il n’y avait qu’un pas.

Première étape : vérifier tout cela en laboratoire. Les chercheurs ont exposé des fibroblastes humains (cellules pulmonaires et de la peau) au psilocine. Résultat: à dose modérée, la durée de vie cellulaire s’est allongée de 29 %; à forte dose, jusqu’à 57%. Les cellules ont continué de se diviser plus longtemps, ont présenté moins de signes de sénescence et moins de stress oxydatif. Mieux encore, la longueur des télomères est restée stable, là où elle se raccourcit habituellement. Les marqueurs moléculaires confirment ces observations: hausse d’une enzyme clé qui régule l’âge cellulaire et la réponse au stress et baisse d’un indicateur de dommages à l’ADN. Résultat: des cellules plus résistantes, plus jeunes plus longtemps. Pour tester l’effet in vivo, les chercheurs ont ensuite administré de la psilocybine à des souris âgées de 19 mois — l’équivalent de 60 à 65 ans chez l’humain. Une fois par mois, pendant dix mois, elles recevaient une dose faible au départ, puis plus élevée ensuite.

À l’arrivée, 80% des souris traitées étaient toujours vivantes contre seulement 50% dans le groupe témoin. Mieux: leur pelage paraissait en meilleure forme, plus dense et moins grisonnant. Comment expliquer un tel effet ? La clé se cache peut-être dans la capacité de la psilocybine à activer les récepteurs de la sérotonine présents dans de nombreux tissus du corps. Ces récepteurs stimuleraient à leur tour la production de SIRT1, ce qui pourrait freiner l’usure cellulaire. Certains chercheurs imaginent même que la psilocybine pourrait remodeler l’épi-génome (la façon dont notre ADN s’exprime), ouvrant la voie à des effets durables bien au-delà du simple «trip». Reste à surmonter les obstacles: la psilocybine reste une substance strictement contrôlée dans de nombreux pays et les fonds publics pour ce type de recherche sont rares. Mais avec ces nouvelles preuves expérimentales, elle pourrait bien changer de statut et devenir un candidat sérieux dans la course aux traitements anti-âge. La FDA américaine l’a déjà classée parmi les «thérapies révolutionnaires» pour la dépression résistante.

Pour l’heure, beaucoup de questions demeurent: quelle dose, quel rythme, quels effets à long terme sur le risque de cancer? Et surtout, serait-il plus efficace de commencer plus tôt? La piste reste ouverte, mais une chose est sûre : le « champignon magique » n’a pas encore livré tous ses secrets.

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