Québec 2018-2026 : la longue dérive d’un gouvernement qui se voulait différent

François Legault

Opinion par Roger-Luc Chayer (Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers)

À quelques mois de l’élection provinciale, la CAQ vers un effacement politique ?

À quelques mois de la prochaine élection provinciale au Québec, la Coalition Avenir Québec du premier ministre François Legault semble se diriger vers un effacement politique presque complet, à moins d’un revirement majeur ou de la survenue d’une crise d’envergure qui imposerait le maintien d’un gouvernement perçu comme stable, hypothèse qui demeure toutefois difficile à prévoir.

Transformation du parti et gestion des crises

Cela étant dit, et il s’agit ici de mes propres observations, à la fois comme électeur et comme éditeur d’un groupe média gay québécois, j’ai vu se transformer le premier ministre et son parti, passés d’une quasi-unanimité électorale à un groupe d’élus qui ont, à certains égards, joué au casino avec l’argent des Québécois, tout en ne gérant pas, au mieux de leurs possibilités, de nombreuses crises qui se sont manifestées au cours de leurs presque huit années au pouvoir.

Multiples crises sous le gouvernement Legault

Depuis l’arrivée au pouvoir de la Coalition Avenir Québec (CAQ) en 2018, plusieurs situations ont été perçues, médiatisées ou qualifiées comme crises ou grandes difficultés politiques, sociales, économiques et administratives. La crise de la santé publique, qui n’est pas strictement une crise « imputable uniquement à la CAQ », s’est fortement manifestée sous son gouvernement. Le réseau de la santé est largement jugé en situation critique, avec des urgences débordées, des délais d’attente élevés pour les chirurgies, une pénurie de médecins de famille, des conditions de travail difficiles, une forte présence du privé et des agences de placement, ainsi qu’une fuite du personnel.

La gestion de la pandémie de COVID-19, bien qu’héritée initialement de la situation sanitaire mondiale, a été une des premières grandes épreuves du gouvernement Legault. La crise dans les CHSLD et les résidences privées pour aînés, marquée par un nombre élevé de décès et des conditions jugées indignes pour de nombreux résidents, a profondément affecté la confiance du public au début du mandat caquiste.

La crise administrative du dossier SAAQclic illustre un autre type de problème : un projet numérique mal géré qui, selon un rapport du Vérificateur général, pourrait coûter plus d’un milliard de dollars aux contribuables d’ici 2027, soulevant des questions sur la planification, l’exécution et la supervision des grands projets gouvernementaux.

Sur le plan économique, la CAQ a fait face à des difficultés généralisées, notamment un ralentissement économique, des prévisions de croissance révisées à la baisse, et des critiques sur des politiques budgétaires jugées austéritaires.

La crise du logement et de l’itinérance constitue l’un des enjeux qui touchent le plus directement les Québécois, trop nombreux à se retrouver à la rue en raison du prix prohibitif des loyers, du manque criant de logements, d’une immigration jugée hors de contrôle par plusieurs, ainsi que du coût de la vie en général, qui pousse désormais des travailleurs disposant pourtant de revenus à l’itinérance, faute de pouvoir suivre la hausse continue des dépenses essentielles.

Le débat sur la laïcité et les mesures autour de la neutralité religieuse (Bill 21 et ses extensions récentes), ainsi que la proposition d’interdire certaines formes de prières dans les lieux publics, ont nourri de vifs débats sur la liberté religieuse et l’égalité des droits, attirant des critiques de groupes religieux, d’ONG et d’organismes internationaux.

La crise de l’immigration, caractérisée par des politiques jugées restrictives, de longues périodes d’attente pour la réunification familiale, ainsi que des débats sur l’importance du français et de l’intégration culturelle, a créé des tensions avec la communauté d’affaires, certains milieux sociaux et des groupes d’immigrants.

La crise des investissements ratés dans la filière électrique, illustrée notamment par les déboires des autobus Lion, de Northvolt et de plusieurs autres entreprises du secteur, qui ont fermé leurs portes ou peinent à trouver des débouchés viables pour leurs produits.

Les rénovations du Stade olympique de Montréal, évaluées à 1,2 milliard de dollars, alors que l’infrastructure est actuellement d’une utilité limitée, et que ces sommes auraient pu, ou auraient dû, être consacrées à l’atténuation de la crise du logement à Montréal.

« Ubi imperator, ibi rapina » : là où règne le pouvoir, il y a pillage

D’un point de vue électoral et politique interne, la CAQ a également traversé une crise marquée de popularité et de cohésion. Jamais, au cours de ma carrière, je n’ai assisté à un gouvernement confronté à un tel enchaînement de crises découlant directement de sa gestion. Le Québec a longtemps été habitué à des gouvernements responsables ; force est de constater que nous n’y sommes plus.

Un début prometteur, une dérive inquiétante

Pourtant ça avait bien commencé ! Lorsque la CAQ est arrivée au pouvoir, les Québécois percevaient une réelle différence dans le climat politique. Monsieur Legault avait formulé des promesses jugées intéressantes et, dans un premier temps, il les respectait. On peut notamment citer l’abolition des frais de stationnement pour les deux premières heures dans les hôpitaux, les CLSC et les CHSLD. Il y avait également une volonté affichée de refondre la philosophie de l’État, alors que, dès son élection, le premier ministre demandait aux fonctionnaires et aux travailleurs de l’État de faire preuve d’une plus grande compassion et d’une réelle empathie envers la population québécoise. Pendant un certain temps, cette approche a d’ailleurs relativement bien fonctionné.

Même la question LGBT était alors traitée directement par le bureau du premier ministre, mais cette attention aura été de courte durée. Le véritable visage de la CAQ et d’une partie de son électorat issu de la droite chrétienne s’est rapidement manifesté. On a vu l’État se retirer progressivement des enjeux LGBT, tout en maintenant des apparences d’intérêt, notamment par l’instauration d’une récompense “honorifique” annuelle destinée à de prétendus héros LGBT, la création d’un comité de sages dont les membres étaient inconnus du milieu et dont les conclusions ont été unanimement dénoncées par les groupes LGBT, jusqu’au déménagement du Bureau de lutte contre l’homophobie vers le Secrétariat à la condition féminine, une décision largement perçue comme une aberration.

2026, une année décisive pour le Québec

L’année 2026 s’annonce décisive, selon ce qu’il adviendra d’un Québec confronté à des défis internationaux d’une gravité historique, dans un contexte où un président des États-Unis affiche la volonté de bouleverser l’ordre économique et politique mondial. L’élection provinciale au Québec se tiendra à peu près au même moment que les élections législatives américaines, lesquelles pourraient redonner le contrôle du Congrès aux démocrates, empêchant de facto le président Trump de prendre des décisions majeures ou de signer le moindre décret sans entrave. Le proche avenir permettra d’en mesurer les conséquences.

Pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *