Saunas gays dans le monde : chiffres, histoire et un modèle quasi absent chez les femmes lesbiennes

Sauna

Roger-Luc Chayer et Arnaud Pontin (Image : IA / Gay Globe)

Le monde des saunas dans le milieu des hommes gays remonte à plus de 2 000 ans et, encore aujourd’hui, les saunas gays sont toujours aussi présents au sein de cette communauté. Selon Rentech Digital, il n’existe pas de chiffre officiel centralisé indiquant précisément combien de saunas gays (ou « gay saunas ») il y a dans le monde entier, car ce marché est fragmenté et dépend des données compilées par des listes commerciales ou des annuaires spécialisés. Cependant, on peut se faire une estimation approximative basée sur des données compilées par certains sites qui recensent ces établissements :

Nombre estimé de saunas gays dans le monde

Selon une base de données internationale récapitulative :
Amérique du Nord : environ 155 saunas gays (dont ~103 aux États-Unis et ~17 au Canada).
Europe : environ 247 saunas gays.
Asie : environ 124 saunas gays.
Océanie : ~17 saunas gays.
Amérique du Sud : ~104 saunas gays.

Si on additionne ces chiffres, on arrive à environ 640 saunas gays répertoriés dans cette base mondiale — mais ce total est probablement sous-estimé, car certaines régions du monde ne sont pas bien couvertes dans ces listes, et tous les établissements ne figurent pas dans ces bases de données accessibles publiquement.

Un grand absent dans les communautés LGBT

Toutefois, et c’est le grand absent des communautés LGBT, les saunas pour femmes lesbiennes ou personnes trans sont pratiquement absents. La réalité, c’est que contrairement aux saunas pour hommes gays, il n’existe presque pas d’établissements spécifiquement dédiés aux femmes lesbiennes ou aux personnes trans féminines dans le monde, et il n’y a pas de chiffre officiel disponible pour ce type de lieux. Les saunas commerciaux orientés vers les rencontres sexuelles ont historiquement été développés pour les hommes gays, et ce modèle ne s’est quasiment jamais reproduit dans une version comparable pour les femmes.

Ce que disent les sources disponibles

Voici ce que l’on sait à partir des sources disponibles :

(PinkUK) • Les saunas réservés expressément aux femmes lesbiennes ou queer sont extrêmement rares. Il n’existe pas de liste mondiale ou de recensement pour ces établissements comme c’est le cas pour les saunas pour hommes gays, et la plupart des guides ou annuaires ne recensent que des saunas gay/bisexuels pour hommes.

(GO Magazine) • Il y a quelques exemples historiques ou ponctuels : par exemple, la Pussy Palace à Toronto était une soirée / événement sauna pour femmes lesbiennes qui avait lieu quelques fois par an dans un sauna existant, mais ce n’était pas un sauna permanent réservé aux femmes et ce type d’événement n’est plus actif aujourd’hui.

(Place2B) • Dans certaines grandes villes (comme Berlin), il existe des espaces de bain ou hammams pour femmes, parfois associés à des centres féministes ou communautaires, qui peuvent inclure des saunas et accueillir aussi des personnes trans et non-binaires selon les jours ou les règles locales. Ces lieux ne sont cependant pas des saunas “gay lesbien” dans le sens commercial du terme, mais plutôt des espaces de bien-être.

(Reddit) • Dans les saunas traditionnellement orientés vers les hommes, il arrive qu’il y ait des « women’s nights » ou des soirées inclusives pour femmes cis et trans, mais cela reste très ponctuel et dépend de chaque établissement — ce ne sont pas des lieux stables exclusivement féminins.

Les saunas gays au Québec

Le Québec compte six saunas pour hommes gays, situés à Montréal, à Saint-Hubert et à Québec (la capitale). Toutefois, sauf une seule exception, ces saunas sont exclusivement réservés aux hommes gays. Le sauna Carpe Diem de Saint-Hubert accueille des personnes trans et travesties les mercredis de chaque semaine, et il s’agit d’une journée très populaire.

Pourquoi il n’existe pas de saunas pour femmes homosexuelles ?

La réponse n’a rien à voir avec un manque de désir ou de sexualité chez les femmes homosexuelles, mais plutôt avec une histoire et des réalités sociales très différentes. Les saunas gays, tels qu’on les connaît aujourd’hui, trouvent leurs racines très loin dans le temps et se sont surtout développés au XXᵉ siècle comme des lieux discrets, parfois clandestins, permettant aux hommes gays de se rencontrer à une époque où leur homosexualité était fortement réprimée, surveillée et criminalisée. Le sauna répondait alors à un besoin très concret : se retrouver rapidement, anonymement et à l’abri des regards dans un contexte social hostile.

Du côté des femmes lesbiennes, le parcours historique est autre. Leur sexualité a longtemps été niée ou rendue invisible plutôt que directement persécutée. Elle était souvent perçue comme secondaire, inexistante ou « inoffensive ». Cette invisibilisation a eu un effet paradoxal : puisqu’il n’y avait pas la même pression policière ni le même besoin de lieux secrets, il y a eu moins de création d’espaces spécifiquement sexuels. Les communautés lesbiennes se sont donc davantage structurées autour de bars, de lieux culturels, politiques ou communautaires, où l’échange, la solidarité et l’identité collective prenaient plus de place que la sexualité anonyme.

Il faut aussi tenir compte des différences de socialisation. Le modèle du sauna sexuel repose beaucoup sur une sexualité directe, visuelle et anonyme, un fonctionnement historiquement associé aux espaces masculins. De nombreux témoignages montrent que beaucoup de femmes lesbiennes privilégient plutôt des lieux où la confiance, la sécurité et la relation s’installent avant la sexualité. Cela ne veut absolument pas dire qu’il n’y a pas de désir ou d’expériences sexuelles collectives, mais simplement que le format du sauna commercial permanent correspond moins aux attentes dominantes.

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