Paris Match
Quatorze patients adultes infectés par le virus du Sida réussissent désormais à contrôler l’infection sans traitement rétroviral, et leurs cas ont été étudiés par un groupe de chercheurs français.
Ils espèrent identifier le mécanisme qui permet ce contrôle, afin de le proposer peut-être à tous les patients atteints par le VIH. En interview avec le Dr Véronique Avettand-Fenoel, celle-ci déclare:
Ce sont les cliniciens du CHR d’Orléans qui nous ont contacté il y a quelques années. Ils avaient identifié des patients un peu particuliers, particularité d’avoir été traités très tôt après la contamination pendant plusieurs années, puis qui ont arrêté leur traitement antirétroviral. Normalement, dans la majorité des cas, on observe un rebond de la charge virale, une réplication virale qui reprend à l’arrêt des traitements rétroviraux, une diminution des lymphocytes dCDK -qui sont des cellules du système immunitaire. Mais curieusement, ces patients ont contrôlé l’infection sur le plan immunologique et sur le plan virologique.
Nous essayons de voir quels sont les mécanismes qui pourraient expliquer ce contrôle. Il est probablement lié au traitement très précoce, qui permet d’éviter la dissémination des cellules infectées dans l’organisme et limite la taille du réservoir viral. On a observé que ces patients avaient un nombre de cellules infectées très faible, mais n’ont pas de fond génétique particulier, à la différence des quelques patients qui contrôlent naturellement l’infection sans traitements rétroviraux. Nous avons étudié plus précisément les réponses immunologiques, et nous n’avons pas trouvé pour l’instant de mécanisme clair qui permette d’expliquer pourquoi ces patients réussissent à contrôler. C’est vraiment un profil de patients tout à fait intéressant puisqu’on ne les a pas guéris, mais par contre nous avons des pistes de contrôle de l’infection en l’absence de traitements.
Nous n’avons pas encore identifié clairement quelle elle la partie de la réponse immunitaire impliquée, mais si nous arrivons à avoir un petit réservoir, nous pouvons imaginer d’avancer dans le traitement des patients infectés. A l’heure actuelle, nous avons pas mal de traitements, mais il est vrai que sur le long cours, ils ont quand même des effets indésirables; c’est lourd pour les patients et coûteux. Il est vrai que c’est une piste de recherche attrayante, mais il reste à mieux comprendre les mécanismes, et on ne peut pas se permettre d’arrêter les traitements.