Stop Homophobie : Quand la survictimisation bascule dans la désinformation

Victimisation

Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)

Stop Homophobie et l’accusation de génocide trans aux États-Unis

Le 8 janvier 2026, le compte Instagram de l’organisation Stop Homophobie publiait le message suivant : « Alerte des experts : premières étapes d’un génocide contre les personnes trans aux États-Unis ». Ce texte était accompagné d’une image de la Maison-Blanche partiellement dissimulée par un drapeau trans, ainsi que du titre suivant : « États-Unis : alerte sur un “possible génocide des personnes trans” ».

Cette publication de Stop Homophobie n’ayant suscité que deux réactions en dix heures, et pour cause, la rhétorique de la survictimisation extrême mise de l’avant par cette association relève de la pure invention et de la pure désinformation.


Qui est Stop Homophobie ?

Selon ChatGPT, Stop Homophobie est une association française à but non lucratif, reconnue d’intérêt général, fondée en 2013 et basée à Paris (106 rue de Lourmel, 75015). Elle a pour mission principale de lutter contre les discriminations et les violences dirigées contre les personnes en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur sexe ou de leur état de santé (notamment le statut VIH) ; elle œuvre aussi pour la défense des droits LGBTQI+ et la sensibilisation des médias et du public à ces questions.

L’association propose un accompagnement juridique, social et psychologique aux victimes de LGBTphobie, dispose d’une ligne d’écoute 24 h/24 et 7 j/7, et engage régulièrement des actions en justice contre les auteurs de propos homophobes, de violences transphobes ou de discriminations. Elle mène également des campagnes de sensibilisation, intervient en milieu scolaire et professionnel, et produit des contenus médiatiques engagés destinés à informer et éduquer.


Qu’est-ce que la rhétorique de la survictimisation ?

Toujours selon ChatGPT et plusieurs auteurs, la rhétorique de la survictimisation désigne une stratégie discursive qui consiste à se présenter, individuellement ou collectivement, comme une victime permanente, absolue et menacée d’anéantissement, au-delà des faits objectivement établis. Elle repose sur l’exagération, la dramatisation extrême ou la généralisation abusive de situations réelles afin de produire un sentiment d’urgence morale, de peur ou d’indignation, et de rendre toute contradiction illégitime ou suspecte.

Cette rhétorique fonctionne en brouillant les frontières entre discrimination avérée, conflits sociaux, désaccords politiques et violences réelles, en les plaçant tous sur un même plan catastrophiste. Elle mobilise un vocabulaire chargé, emprunté à des contextes historiques extrêmes comme le génocide, la persécution systémique ou l’extermination, sans que les critères juridiques, historiques ou factuels correspondants soient réunis. Le récit ainsi construit ne cherche pas tant à décrire une réalité qu’à produire un choc émotionnel et à verrouiller le débat public.

La survictimisation permet également de s’installer dans une position morale intouchable. Celui qui se dit menacé dans son existence même se place hors de portée de la critique, puisque toute remise en question peut être assimilée à une violence supplémentaire ou à une négation de la souffrance. Elle tend ainsi à disqualifier par avance les objections, les nuances et l’analyse rationnelle, en les faisant passer pour de la complicité avec l’oppresseur.

Enfin, cette rhétorique peut avoir des effets contre-productifs. En diluant la notion de violence extrême et en l’utilisant de manière inflationniste, elle affaiblit la compréhension des véritables persécutions, alimente la méfiance du public et banalise des concepts historiques graves. Elle ne nie pas l’existence de discriminations réelles, mais en propose une mise en scène idéologique plutôt qu’une analyse rigoureuse des faits.


Qu’est-ce qu’un génocide selon le droit international ?

Un génocide est un crime international défini juridiquement par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée par l’ONU en 1948. Il désigne des actes commis avec l’intention spécifique de détruire, en tout ou en partie, un groupe humain identifié sur des bases nationales, ethniques, raciales ou religieuses. Cette intention de destruction est l’élément central et indispensable qui distingue le génocide d’autres formes de violences de masse, de discriminations ou même de crimes contre l’humanité.

Le génocide ne se réduit pas à un climat hostile, à des discours haineux ou à des reculs de droits, aussi graves soient-ils. Il implique une volonté organisée, systématique et délibérée d’anéantissement, mise en œuvre par des politiques, des institutions ou des actions coordonnées visant la disparition physique ou biologique des membres d’un groupe. Historiquement et juridiquement, le terme renvoie à des réalités extrêmes où la survie même d’un groupe est directement menacée par des actes concrets de destruction.

Employer le mot génocide en dehors de ce cadre précis revient à en diluer le sens, à banaliser l’horreur et à effacer la gravité singulière des crimes qu’il désigne. Cela ne nie pas l’existence de violences ciblées ou de persécutions, mais rappelle que le génocide est une qualification juridique exceptionnelle, fondée sur des critères stricts et démontrables.


Quelle est la faute de Stop Homophobie ?

En utilisant le mot « génocide », Stop Homophobie place la question trans au même niveau que le massacre des Palestiniens à Gaza, que le génocide des Arméniens et que celui des Juifs par les nazis, et en cela, l’affirmation est totalement fausse.

Il n’y a personne qui est pendu, exécuté ou fusillé aux États-Unis du simple fait d’être une personne trans. Nous savons tous que les personnes LGBT, dans ce pays, depuis l’avènement de Donald Trump, font face à de nombreux reculs des droits sociaux et à des difficultés politiques majeures, mais de là à parler de génocide, sans que l’on sache dans quel but une telle dramatisation est invoquée auprès de l’opinion publique, cela place Stop Homophobie dans une situation grave, relevant de la diffamation, et ne fait surtout pas honneur à nos communautés.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *