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Un anti-cancéreux de la biotech américaine Celgene a été testée sur six patients traités par anti-rétroviraux. Il permet de débusquer les virus pour mieux les tuer.
C’est peut être une piste pour la mise au point d’un futur traitement qui permettrait de guérir du Sida. Une molécule de la société américaine de biotechnologie Celgene, la romidepsine, commercialisée sous le nom d’Istodax pour le traitement de certaines leucémies, a été testée sur six patients traités par anti-rétroviraux. Selon l’étude présentée à la conférence AIDS 2014 de Melbourne, chez cinq de ces patients dont la charge virale était indécelable du fait de leur traitement, on a vu, après l’injection d’Istovax, des particules virales réapparaitre dans le sang à un niveau à nouveau détectable.
Aujourd’hui en effet, si les trithérapies permettent de contrôler l’infection, elles ne réussissent pas à éradiquer le virus qui recommence à se multiplier si on arrête le traitement. Ce dernier persiste en effet, à l’état dormant, dans certains lymphocytes CD4, des globules blancs qui jouent un rôle majeur dans le système immunitaire. Lorsqu’il s’agit de lutter contre le cancer, on cherche justement à stimuler les CD4, grâce à diverses molécules (dont la romidepsine), pour qu’ils détruisent les cellules malades.
Un nouvel essai à plus grande échelle
Ici, l’activation des CD4, entraîne en même temps une réactivation du virus qu’elles abritent. Il se répand alors à nouveau dans la circulation sanguine. Or, en quittant leur abri les virus laissent une trace à la surface des cellules CD4 qui ainsi marquées comme « anormales », devraient déclencher une attaque d’autres cellules « tueuses » du système immunitaire, les lymphocytes T.
C’est pourquoi l’équipe danoise de l’hôpital universitaire de Aarhus qui a mené cette étude envisage maintenant un nouvel essai à plus grande échelle. Les patients sous traitement anti-rétroviral se verront administrer, outre l’Istodax, un vaccin actuellement développé par la société norvégienne de biotechnologie Bionor Pharma qui renforce l’action des lymphocytes T.
35 millions de personnes avec le virus
« C’est un pas dans la bonne direction a estimé le responsable de l’étude, mais le chemin à parcourir est encore long et les obstacles nombreux avant que nous puissions évoquer une guérison du Sida ». De maladie chronique qu’il est aujourd’hui, le Sida deviendrait une maladie curable. De quoi faire rêver les 35 millions de personnes qui vivent actuellement dans le monde avec le virus.
Ce type d’approche dite « kick-and-kill » – littéralement « expulser et tuer »- pourrait aussi être appliqué à d’autres virus qui persistent en se dissimulant dans des cellules « réservoir » comme celui de l’herpès dans les ganglions nerveux.