
Arnaud Pontin (Image : Narcotics.com)
La drogue de rue la plus citée actuellement dans les rapports d’autopsie est la cychlorphine.
Foudroyant, n’est-ce pas ? Il s’agit d’une nouvelle variante de drogue, toujours plus puissante, qui circule dans nos rues et qui tue de plus en plus de personnes. Saviez-vous que la cychlorphine tue généralement le consommateur dès la première prise ?
Qu’est-ce que la cychlorphine ?
La cychlorphine est un opioïde de synthèse émergent qui a fait son apparition dans le marché des drogues illicites. Cette substance est particulièrement préoccupante pour les autorités de santé publique parce qu’elle peut être retrouvée dans des drogues vendues sous d’autres noms, notamment dans certaines poudres et certains comprimés contrefaits.
Comme les autres opioïdes puissants, la cychlorphine peut provoquer une dépression respiratoire, une perte de conscience et une surdose potentiellement mortelle. Des cas de surdose et des décès ont été associés à sa présence, notamment lorsque les personnes qui consomment ignorent que cette substance se trouve dans la drogue utilisée.
La situation est d’autant plus préoccupante que les connaissances scientifiques sur cette nouvelle substance demeurent limitées. Sa puissance, ses effets à différentes doses et les conséquences d’une exposition répétée font encore l’objet d’études.
La présence de cychlorphine dans une drogue illicite peut également être difficile à détecter pour la personne qui la consomme. C’est précisément ce caractère imprévisible qui constitue l’un des principaux enjeux de santé publique associés à cette nouvelle substance.
Pourquoi les fabricants sont-ils si difficiles à identifier ?
L’une des grandes difficultés dans la lutte contre les drogues de synthèse est d’identifier précisément les personnes ou les organisations qui les fabriquent. Contrairement à une drogue provenant d’une plante cultivée dans une région identifiable, un opioïde de synthèse peut être produit à partir de précurseurs chimiques provenant de différents pays, puis transformé, mélangé ou conditionné ailleurs avant d’atteindre le consommateur.
Les réseaux criminels utilisent également des intermédiaires, des sociétés-écrans, des adresses de livraison multiples et des communications chiffrées, ce qui complique considérablement le travail des enquêteurs. La fabrication, l’importation, la distribution et la vente peuvent être confiées à des personnes différentes qui ne connaissent pas nécessairement l’ensemble du réseau.
Autre difficulté : les substances peuvent changer rapidement de composition. Lorsqu’une nouvelle molécule apparaît dans les analyses toxicologiques, les autorités doivent d’abord déterminer de quelle substance il s’agit, comment elle a été produite et où elle a été introduite dans la chaîne d’approvisionnement.
Enfin, une saisie effectuée au niveau de la vente au détail ne permet pas automatiquement de remonter jusqu’au laboratoire clandestin. Il faut généralement combiner les analyses chimiques, les renseignements policiers, les données financières, les communications saisies et les informations provenant de plusieurs enquêtes.
Pourquoi la cychlorphine est-elle particulièrement dangereuse ?
La cychlorphine est particulièrement préoccupante parce qu’il s’agit d’un opioïde de synthèse très puissant, appartenant à la famille des orphines. Selon les autorités publiques, les orphines, dont fait partie la cychlorphine, sont généralement d’une puissance comparable ou supérieure à celle du fentanyl et une très faible quantité peut suffire à provoquer une surdose ou un décès.
Mais sa dangerosité ne repose pas uniquement sur sa puissance. La cychlorphine peut être présente à l’insu du consommateur, notamment dans des poudres de fentanyl ou dans des comprimés contrefaits qui sont vendus comme d’autres médicaments.
Un autre problème majeur est que les bandelettes de dépistage habituellement utilisées pour vérifier certaines drogues ne permettent pas de détecter la cychlorphine. Une personne peut donc croire avoir vérifié le contenu d’une substance alors que cet opioïde dangereux est toujours présent.
Les connaissances scientifiques demeurent encore limitées. La cychlorphine est une substance relativement nouvelle et les autorités disposent encore de peu de données sur sa toxicité et ses effets. L’Agence européenne des drogues a recensé, entre juin 2024 et janvier 2026, 18 décès et cinq intoxications aiguës non mortelles associés à une exposition confirmée aux orphines, principalement à la cychlorphine, dans cinq pays européens.
Un fait extrêmement préoccupant est que, lors d’une surdose, lorsque les premiers répondants, comme la police, les pompiers ou les ambulanciers, doivent intervenir avec la naloxone, l’antidote habituel contre les opioïdes, il est souvent nécessaire d’utiliser jusqu’à 10 doses de naloxone pour ramener à la vie les personnes en surdose. Or, les premiers répondants n’ont souvent pas autant de doses avec eux, et c’est là que les personnes décèdent, tellement la cychlorphine est puissante.
La cychlorphine est actuellement présente dans la plupart des villes du monde et, comme elle ne peut être détectée par les procédés habituels disponibles pour les usagers de drogues de rue, elle cause des dommages irréversibles.
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