Homosexualité, rumeurs et missiles – Trump joue avec le feu / Sexuality, Rumors and Missiles – Trump Playing with Fire

Mojtaba

Arnaud Pontin (Photo : ISNA)

Dans toute guerre, il y a de la désinformation et de la mésinformation, évidemment pour manipuler l’opinion publique et tenter de faire changer le résultat. Dans le cas de Donald Trump et de son cabinet, ils sont passés maîtres dans la désinformation, autant aux États-Unis avec de fausses annonces, des « faits alternatifs » sur tout et rien, que dans sa guerre contre l’Iran.

La semaine dernière, en entrevue avec le média Fox News, Donald Trump, répondant à une question d’un journaliste portant sur l’orientation sexuelle du nouveau leader suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, fils de l’autre, a déclaré qu’il avait été informé par ses services secrets que le leader religieux était homosexuel, mais qu’il n’en savait pas plus, jouant la carte de l’innocence.

Mais Donald Trump savait très bien ce qu’il faisait. En plus de balancer des missiles et des bombes sur l’Iran, il relançait une rumeur, probablement fausse et créée de toute pièce par les services secrets américains pour déstabiliser l’entourage de Mojtaba, voire le faire écarter du pouvoir.

L’homosexualité comme arme politique

Se servir de l’homosexualité comme arme n’est pas nouveau; on le constate à tous les niveaux, et ce, depuis toujours.

Dans l’Antiquité déjà, les attaques liées à la sexualité faisaient partie de la rhétorique politique. À Rome, des figures comme Julius Caesar ont été la cible de rumeurs insinuant une relation avec le roi Nicomedes IV of Bithynia. Ces accusations visaient à le présenter comme efféminé ou indigne du pouvoir, dans une société où la virilité était centrale à la légitimité politique.

Au XXe siècle, l’un des exemples les plus documentés reste la Lavender Scare aux États-Unis, dans les années 1950. Parallèlement au McCarthyism, des milliers de fonctionnaires ont été accusés d’être homosexuels et donc vulnérables au chantage soviétique. Cette suspicion suffisait pour perdre son emploi, sans preuve concrète.

Dans l’Union soviétique sous Joseph Stalin, l’homosexualité était criminalisée et parfois utilisée pour éliminer des opposants ou discréditer des figures jugées déviantes. L’accusation permettait d’associer l’individu à une « dégénérescence » incompatible avec l’idéologie officielle.

L’Allemagne nazie constitue un autre cas extrême. Sous Adolf Hitler, les homosexuels étaient persécutés, arrêtés et envoyés dans des camps de concentration. L’épisode de la Nuit des Longs Couteaux a aussi été justifié en partie par des accusations d’homosexualité visant Ernst Röhm, utilisées pour légitimer son élimination.

L’exemple canadien

Le Canada a lui aussi connu des périodes où l’homosexualité a servi d’outil de contrôle, de marginalisation et de discrédit, notamment durant la guerre froide. Entre les années 1950 et 1970, dans le sillage de la Lavender Scare, le gouvernement considérait les personnes homosexuelles comme des risques pour la sécurité nationale. Des centaines de fonctionnaires, militaires et membres de la Gendarmerie royale du Canada ont été surveillés, interrogés ou congédiés sur la base de simples soupçons. Des méthodes comme la « machine à fruits », un dispositif pseudo-scientifique censé détecter l’homosexualité, ont été utilisées pour justifier ces pratiques intrusives et destructrices.

Dans les Forces armées canadiennes, le simple soupçon suffisait à exclure des individus jugés indésirables, tandis que, sur le plan social et politique, des insinuations pouvaient suffire à ruiner une réputation. Bien que l’homosexualité ait été partiellement décriminalisée en 1969 sous Pierre Elliott Trudeau, les discriminations ont perduré pendant des années. Ce n’est qu’en 2017 que le gouvernement, par la voix de Justin Trudeau, a officiellement reconnu ces abus et présenté des excuses aux personnes LGBTQ2+, admettant que l’orientation sexuelle avait été utilisée comme un outil d’exclusion et de répression.

L’homosexualité comme levier politique aujourd’hui

Plus récemment, dans plusieurs pays, l’accusation d’homosexualité reste un outil politique. En Ouganda, par exemple, certains dirigeants ont utilisé la rhétorique anti-LGBT pour mobiliser l’opinion publique et détourner l’attention de crises internes. En Russie, des lois contre la « propagande homosexuelle » ont aussi servi à stigmatiser des opposants ou des groupes dissidents.

On retrouve aussi ce mécanisme dans des campagnes de diffamation contemporaines, notamment sur les réseaux sociaux, où attribuer une orientation sexuelle — souvent dans des contextes où elle est stigmatisée — peut servir à nuire à la réputation d’une personne ou à affaiblir sa crédibilité.

Ce fil conducteur est assez clair : l’homosexualité, dans des contextes où elle est perçue négativement, devient un levier facile pour discréditer, marginaliser ou justifier des mesures répressives.

Une rumeur d’homosexualité en Iran peut avoir de graves conséquences

Dans un contexte comme celui de l’Iran, une rumeur d’homosexualité visant l’ayatollah Mojtaba Khamenei peut avoir des conséquences potentiellement sérieuses, même si elle n’est pas fondée.

D’abord, sur le plan politique et religieux, cela peut fragiliser sa légitimité. Le pouvoir en Iran repose en partie sur une image de rectitude morale conforme aux normes strictes du régime. Une telle rumeur peut être utilisée par des rivaux internes pour semer le doute, miner sa crédibilité ou bloquer son ascension, notamment dans un système où les luttes de pouvoir sont souvent opaques mais bien réelles.

Ensuite, il y a un risque de pression accrue, voire de chantage. Dans un pays où l’homosexualité est criminalisée et sévèrement réprimée, une accusation de ce type — même infondée — peut devenir un levier pour influencer ou contraindre une personne, surtout si elle occupe une position stratégique.

Sur le plan public, cela peut aussi servir d’outil de propagande, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. À l’interne, certains acteurs peuvent exploiter la rumeur pour affaiblir un clan rival; à l’externe, elle peut être utilisée pour discréditer le régime ou alimenter des récits politiques. Dans tous les cas, la vérité importe parfois moins que l’effet produit.

Même si une figure de haut rang bénéficie d’une certaine protection, ce type d’accusation peut entraîner une surveillance accrue, des tensions internes et une nécessité de démontrer publiquement une conformité idéologique encore plus stricte. Autrement dit, la rumeur devient en soi une arme politique, indépendamment de sa véracité.

N’oublions pas qu’en Iran l’homosexualité est criminalisée, et que des comportements homosexuels peuvent être punis de peines très sévères, allant de flagellations à la peine de mort selon le code pénal en vigueur.

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In any war, there is disinformation and misinformation, obviously used to manipulate public opinion and attempt to change outcomes. In the case of Donald Trump and his administration, they have mastered disinformation, both in the United States with false announcements and « alternative facts » about everything and nothing, and in his war against Iran.

Last week, in an interview with Fox News, Donald Trump, responding to a journalist’s question about the sexual orientation of the new Iranian Supreme Leader, Ayatollah Mojtaba Khamenei, son of the other Khamenei, stated that he had been informed by his intelligence services that the religious leader was homosexual, but he didn’t know more, playing the card of innocence.

But Donald Trump knew exactly what he was doing. In addition to launching missiles and bombs at Iran, he spread a rumor, probably false and likely fabricated by U.S. intelligence services, to destabilize Mojtaba’s inner circle or even remove him from power.

Homosexuality as a Political Weapon

Using homosexuality as a weapon is not new; it has been observed at all levels throughout history.

Even in antiquity, attacks related to sexuality were part of political rhetoric. In Rome, figures like Julius Caesar were targeted by rumors suggesting a relationship with King Nicomedes IV of Bithynia. These accusations aimed to portray him as effeminate or unfit for power in a society where masculinity was central to political legitimacy.

In the 20th century, one of the most documented examples remains the Lavender Scare in the United States during the 1950s. Alongside McCarthyism, thousands of government employees were accused of being homosexual and thus vulnerable to Soviet blackmail. This suspicion alone was enough to lose a job, without any concrete evidence.

In the Soviet Union under Joseph Stalin, homosexuality was criminalized and sometimes used to eliminate opponents or discredit figures deemed deviant. Accusations associated the individual with « degeneracy » incompatible with official ideology.

Nazi Germany represents another extreme case. Under Adolf Hitler, homosexuals were persecuted, arrested, and sent to concentration camps. The Night of the Long Knives was also partially justified by accusations of homosexuality against Ernst Röhm, used to legitimize his elimination.

The Canadian Example

Canada also experienced periods when homosexuality was used as a tool of control, marginalization, and discredit, particularly during the Cold War. Between the 1950s and 1970s, following the Lavender Scare, the government considered homosexuals as national security risks. Hundreds of civil servants, military personnel, and members of the Royal Canadian Mounted Police were monitored, interrogated, or dismissed based on mere suspicion. Methods such as the “fruit machine,” a pseudo-scientific device supposedly detecting homosexuality, were used to justify intrusive and destructive practices.

In the Canadian Armed Forces, mere suspicion was enough to exclude individuals deemed undesirable, while socially and politically, insinuations could ruin reputations. Although homosexuality was partially decriminalized in 1969 under Pierre Elliott Trudeau, discrimination persisted for years. It was only in 2017 that the government, through Justin Trudeau, officially recognized these abuses and apologized to LGBTQ2+ individuals, admitting that sexual orientation had been used as a tool of exclusion and repression.

Homosexuality as a Political Lever Today

More recently, in several countries, accusations of homosexuality remain a political tool. In Uganda, for example, some leaders have used anti-LGBT rhetoric to mobilize public opinion and divert attention from internal crises. In Russia, laws against “homosexual propaganda” have also been used to stigmatize opponents or dissident groups.

This mechanism is also found in contemporary defamation campaigns, particularly on social media, where assigning a sexual orientation—often in contexts where it is stigmatized—can harm a person’s reputation or weaken their credibility.

The pattern is clear: in contexts where homosexuality is perceived negatively, it becomes an easy lever to discredit, marginalize, or justify repressive measures.

A Rumor About Homosexuality in Iran Can Have Serious Consequences

In a context like Iran, a rumor about the homosexuality of Ayatollah Mojtaba Khamenei can have potentially serious consequences, even if unfounded.

First, politically and religiously, it can undermine his legitimacy. Power in Iran relies partly on an image of moral rectitude consistent with strict regime norms. Such a rumor can be used by internal rivals to sow doubt, undermine credibility, or block ascension, particularly in a system where power struggles are often opaque but real.

There is also a risk of increased pressure, or even blackmail. In a country where homosexuality is criminalized and severely punished, such an accusation—even unfounded—can become leverage to influence or coerce someone, especially if they hold a strategic position.

Publicly, it can also serve as propaganda, both domestically and internationally. Internally, some actors may exploit the rumor to weaken a rival faction; externally, it may be used to discredit the regime or fuel political narratives. In all cases, the truth often matters less than the effect.

Even high-ranking figures enjoying some protection can face increased surveillance, internal tensions, and the need to publicly demonstrate stricter ideological conformity. In other words, the rumor itself becomes a political weapon, regardless of its veracity.

Let us not forget that in Iran, homosexuality is criminalized, and homosexual acts can be punished severely, ranging from flogging to the death penalty under the current penal code.

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3) When Disinformation Targets LGBT Refugees: The Reality Behind the Benefits (anglais)
This piece looks at how misinformation on social media falsely portrays LGBT refugees as receiving unfair preferential treatment, dissecting the rumor and presenting the factual reality about refugee benefits.
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