Inquiétudes dans le village gai de Toronto après le meurtre de Tess Richey

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Le Centre communautaire 519 de Toronto affirme que la ville doit s’attaquer aux problèmes de pauvreté, d’itinérance et de marginalisation à la lumière des récents meurtre et disparitions dans le village gai.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Le corps de Tess Richey, qui était portée disparue depuis quatre jours, a été retrouvé dimanche et six hommes de la communauté ont disparu dans les six premiers mois de l’année. C’est dans la foulée de cette affaire et en réaction aux différents épisodes de disparition et de violence dans le quartier que le Centre communautaire 519 a décidé de créer un service d’accompagnateurs bénévoles dans le quartier. L’annonce a été faite lundi.

Todd Kaufman, qui habite le quartier depuis longtemps, se dit préoccupé. Il soutient qu’il ne sort plus seul la nuit. Il applaudit toutefois à la décision du Centre de créer un service d’accompagnateurs. « Une présence policière serait toutefois appréciée, nuit et jour question de nous rassurer », explique-t-il.

Il reconnaît que les leaders de la communauté gaie de Toronto ont en partie un blâme à endosser. « D’un côté, ils ne veulent rien savoir des policiers, comme on l’a vu au dernier défilé de la Fierté, et de l’autre, elle demande un renforcement de leur présence… elle n’en est pas à sa première contradiction. »

Le résident James Penderghast est du même avis. « Je vois tous les jours des gens se faire harceler, frapper ou être poursuivis sur le trottoir », dit-il. Il ajoute que la police n’est présente que durant la semaine de la Fierté en juin. Selon lui, la police a été hésitante au sujet de la disparition de Tess Richey. « La police a dit que son enquête n’était pas de nature criminelle avant de changer d’avis. »

Beaucoup dans le quartier s’interrogent sur le travail des policiers. La mère de la jeune Tess dit avoir trouvé le corps de sa fille avant les inspecteurs, une information que la police n’a jamais confirmée. « Je n’ose imaginer sa peine et le traumatisme qu’elle a dû subir, cela ne fait aucun sens », affirme Holly MacMillan, une passante.

La police a néanmoins ouvert une enquête interne à la suite d’une plainte au sujet de la façon dont elle a traité cette dernière affaire. « Nous sommes en droit de savoir si la police a commis des erreurs ou non », soutient Erin Kinghyn, qui vit dans le quartier depuis quatre ans.

Le porte-parole de la police, Mark Pugash, dit que les agents et les détectives travaillent de près avec la communauté gaie. « S’il faut rajouter des policiers dans les rues, nous le ferons », ajoute-t-il.

La police affirme qu’elle a récupéré les bandes des caméras de surveillance sur la rue Church. Elle recherche un homme blanc aux cheveux clairs qui aurait été vu pour la dernière fois avec la victime le 25 novembre.

Dans un communiqué, le Centre communautaire 519 dit que la sécurité des résidents les plus vulnérables du quartier est devenue un enjeu incontournable et qu’un effort collectif s’impose pour éradiquer la pauvreté et la violence.

En attendant, sa directrice des programmes et services, Becky McFarlane, explique que le Centre a déjà pris ses responsabilités pour atténuer « l’anxiété et l’inquiétude qui est palpable dans le village », selon elle.

Des dépliants ont notamment été distribués dans la rue et les commerces pour avertir les résidents des problèmes de violence et de vandalisme qui secouent leur quartier depuis un an. « Il y a beaucoup de sensibilisation qui se fait (aussi) sur les médias sociaux », ajoute Mme MacMillan, qui précise que la communauté est en train d’unir sa voix contre ces agressions et ces disparitions.

La police a par ailleurs déjà établicet été une unité d’enquête spéciale sur la disparition de six hommes au printemps et au début de l’été. « Rien ne nous permet toutefois de lier toutes ces disparitions entre elles », poursuit M. Pugash.

La police conseille aux hommes qui se rencontrent sur Internet d’être prudents et de toujours signaler à un ami ou un parent leur allées et venues lorsqu’ils donnent rendez-vous à des inconnus dans le village.

M. Kinghyn souligne qu’il serait d’ailleurs temps d’avoir une nouvelle rencontre entre les enquêteurs de l’unité spéciale et la communauté, afin de rassurer les résidents, de poser des questions sur les différentes enquêtes et d’échanger s’il y a lieu des informations pertinentes avec la police.

Dans un communiqué, la police affirme que l’aide de la communauté au sujet de Selim Essen et d’Andrew Kinsman lui a été précieuse, même si elle n’a pas encore réussi à élucider leur disparition.

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