Radio-Canada
Vingt ans plus tard, le premier homme homosexuel à avoir légalement adopté un enfant au Canada, David McKinstry, espère que son nouveau livre relatant son long combat pour devenir père en inspirera d’autres à envisager l’adoption.
David McKinstry, un habitant de Peterborough en Ontario, a publié en novembre dernier son mémoire : Rebel Dad: Triumphing Over Bureaucracy to Adopt Two Orphans Born Worlds Apart.
Son livre relate son « difficile combat » avec le gouvernement canadien, les organismes sociaux et les préjugés de la société pour élever son propre enfant. Il y explique aussi comment il en est venu à adopter un second enfant.
En 1979, j’ai essayé [d’adopter], mais comme homme célibataire à Vancouver et on me disait : Pourquoi donnerions-nous un enfant à un célibataire?
, se souvient M. McKinstry.
Avant de pouvoir adopter, M. McKinstry se souvient d’avoir dû faire face à de la discrimination. Il se souvient aussi que l’opinion populaire qui prévalait à l’époque était que les hommes homosexuels et les couples de même sexe en général, étaient inaptes à être parents.
M. McKinstry se souvient qu’on lui a demandé régulièrement s’il essayait d’élever son « propre jouet ».
« Nous ne donnons pas aux homosexuels »
En 1997, après des années de lutte, il reçoit un appel de la part de la ministre canadienne de l’Immigration, Lucienne Robillard, lui demandant s’il voulait adopter un enfant à l’étranger.
Des fonctionnaires canadiens ont alors envoyé, en son nom, des demandes d’adoption dans 13 différentes juridictions.
Deux semaines plus tard, chacune répondait par un message laconique :
Nous ne donnons pas aux homosexuels
, se souvient M. McKinstry.
Lorsque vous prenez cet enfant dans vos bras, peu importe d’où il vient, cet enfant est votre enfant.
Le gouvernement canadien a donc choisi une autre approche.
Deux ans plus tôt, le premier mari de M. McKinstry, Nick, est décédé. Le couple avait toujours voulu élever des enfants ensemble. Le gouvernement a donc décidé de modifier les informations personnelles de M. McKinstry pour montrer qu’il avait un conjoint, mais au lieu d’enregistrer son nom, le surnom Nicky a été inscrit à la place.
M. McKinstry paraissait alors comme un homme hétérosexuel avec une femme qui était décédée.
C’est la seule raison pour laquelle l’Inde m’a considéré comme un candidat à l’adoption
, estime-t-il.
« Si tu le veux, il est à toi »
L’année suivante, M. McKinstry s’est rendu en Inde pour visiter 18 orphelinats afin de trouver un enfant à adopter. La directrice du dernier orphelinat l’a renvoyé chez lui avec la promesse de lui trouver un fils. Trois mois plus tard, M. McKinstry recevait un appel.
Elle a dit : Nous avons un petit garçon. Il a été retrouvé dans les bras de sa mère mourante dans une ruelle. Si vous le voulez, il est à vous
, se souvient-il.
Puis, par un coup de chance inattendue, alors qu’il allait partir en Inde pour aller chercher son fils, M. McKinstry a l’occasion d’adopter un second enfant.
La Fondation Rêves d’enfants le contacte au sujet d’une femme qui avait besoin d’une chambre. La femme, explique-t-il, avait besoin d’un endroit où rester, car elle vivait avec le sida, et que les autorités américaines l’avaient empêchée de prendre l’avion avec son jeune fils.
La Fondation essayait de l’envoyer passer un séjour à Disneyland avec son fils de quatre ans
, raconte-t-il.
Il lui a alors prêté une chambre et après une discussion avec la dame, au cours de laquelle il lui explique son combat, elle lui offre d’adopter son fils après son décès.
Les fils de M. McKinstry ont maintenant 25 et 26 ans. Atteint aujourd’hui d’un cancer, il tenait à raconter son histoire dans ce livre.