L’EFFACEMENT DE NOS COULEURS

Roger-Luc Chayer

Un geste très surprenant a été posé le 22 août dernier, moins de 3 jours après les célébrations du Festival Fierté Montréal 2018, alors que des employés de la Ville de Montréal effaçaient toutes traces des drapeaux gais peints à certaines intersections du Village gai, sans aviser qui que ce soit.

Le geste est d’autant plus surprenant que les drapeaux peints sur la chaussée l’étaient avec une peinture de qualité et que leur effacement a nécessité l’utilisation de puissants jets de sable. Et (re) d’autant plus surprenant que dans les autres villes qui utilisent le même concept, les drapeaux sont peints de façon permanente, de manière à honorer non seulement un quartier généralement reconnu comme «gai», mais pour décorer ces mêmes quartiers. Dans le cas du Village, les drapeaux étaient peints sur la rue Ste-Catherine Est, il s’agit-là d’un quartier très touristique qui s’adresse essentiellement aux LGBT du monde. Pourquoi effacer ainsi des couleurs importantes et significatives pour de nombreuses personnes? Pourquoi le faire alors que la piétonnisation n’est même pas terminée?

Plusieurs commerçants situés entre les rues Papineau et Plessis en avaient gros sur le coeur: «Si c’est pas une tragédie qu’est-ce que c’est?», s’écrie un militant gai de longue date en voyant le résultat de ces travaux ahurissants. «C’est comme si on voulait effacer toute trace de notre existence et de nos célébrations. Nous sommes gais à l’année, pourquoi mettre autant d’effort à nous rendre invisible alors que ces drapeaux étaient magnifiques et que malgré le passage de milliers de visiteurs en deux semaines, ils n’étaient même pas abîmés?», déclarent les commerçant dont un avec les larmes aux yeux!

Lors de la visite de Gay Globe, évidemment comme les travaux venaient d’être faits, on voyait clairement les traces de ponçage laissées par les jets de sable requis pour annihiler les traces colorées de notre fierté mais pire, on avait laissé s’écouler cette espèce de crème blanchâtre résultant du mélange peinture-eau sablonneuse vers le milieu de la rue, causant des flaques collantes de ce produit résiduel, comme on peut bien le voir sur la photo, juste au-dessus du bac de fleurs de droite. Il y en avait partout, sur les terrasses des commerçants, les trottoirs et la rue. Une job de cochons comme le disait un passant au moment de prendre nos photos. Gay Globe a tenté de connaître les raisons de ces gestes en demandant à la Mairesse de Montréal et de l’arrondissement Ville-Marie, Valérie Plante, au Conseiller municipal du secteur Monsieur Robert Beaudry, aux responsables de la Société de Développement Commercial du Village, mais au moment de publier, personne n’a voulu commenter, ce qui soulève d’autres questions sur lesquelles nous reviendrons dans une prochaine édition et qui concernent les agissements de la mairesse et du conseiller face aux médias gais.

Il est important de rappeler, face à ce qui semble être une volonté ferme d’effacer nos symboles, que les couleurs du drapeau gai ont une importante signification, selon que l’on soit homosexuel, bisexuel ou trans. Il s’agit d’une image qui rassemble les différences et qui permet aux personnes des LGBT d’avoir une existence visuelle, de marquer leur territoire autrement dit. Le drapeau gai c’est aussi un moyen de montrer aux personnes du reste de la société que les LGBT peuvent être une communauté qui montre l’exemple, que le fait gai n’est pas une fin en soi pour les jeunes et les autres qui se posent des questions. Pourquoi ne pas les repeindre?

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *