MON AIDE MÉDICALE À MOURIR

Roger-Luc Chayer

Avec le décès récent de l’actrice et artiste multidisciplinaire québécoise Andrée Lachapelle, qui avait fait appel à l’aide médicale à mourir, je me suis questionné sur mes sentiments face à cette nouvelle loi canadienne qui permet aux personnes très malades de mettre un terme définitif à leurs souffrances.

Tout d’abord, qu’est-ce que l’aide médicale à mourir dans les perspectives canadienne et québécoise? Pour le Canada, on peut demander l’aide d’un médecin ou d’un infirmier praticien depuis 2016, et seules ces personnes sont autorisées à administrer l’aide. Pour bénéficier de l’aide médicale à mourir, il faut être citoyen canadien, avoir au moins 18 ans, avoir un problème de santé grave et irrémédiable, faire une demande délibérée d’aide médicale à mourir qui ne soit pas le résultat de pressions ou d’influences externes et donner un consentement éclairé pour recevoir l’aide médicale à mourir. Pour être considéré comme étant atteint d’un problème de santé grave et irrémédiable, il faut souffrir d’une maladie, d’une affection ou d’un handicap grave, être dans un état de déclin avancé qui ne peut pas être inversé, ressentir des souffrances physiques ou mentales insupportables causées par la maladie et être à un point où votre mort naturelle est devenue raisonnablement prévisible.

Au Québec, la loi est sensiblement la même, mais les critères sont plus précis. Le Québec se distingue du fait que deux médecins doivent faire l’évaluation de la demande du patient et que ce dernier doit être couvert par l’assurance maladie, ce qui exclue le tourisme médical de fin de vie. Maintenant que l’aspect légal de ces lois assez innovatrices a été traité, il reste les aspects moraux qu’elles impliquent, notamment les questions personnelles qu’elles soulèvent chez chaque individu, qu’il soit en santé ou en fin de vie.

La question se pose en tout temps puisque pour faire la demande, il faut avoir toutes ses capacités intellectuelles. Le décès par aide médicale à mourir de l’actrice Andrée Lachapelle a suscité chez moi un questionnement qui, je vous l’admets volontiers, me donne parfois le frisson. Ce n’est pas une question de religion en ce qui me concerne, loin de là, ni une question morale. En y songeant, je repense toujours à cette dame à l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Montréal, en octobre 2008, qui partageait la même salle d’examen que moi (je venais de subir un accident de moto et était arrivé à l’urgence en ambulance) et qui me regardait avec ses grands yeux souffrants. Car c’est tout ce qui lui restait. Sous le nez, elle n’avait plus de bouche ni de menton, un grand trou causé par un cancer agressif, et elle ne pouvait que vivre avec des tubes pour vider ses poumons ou pour l’alimenter. À l’époque, hors de question pour elle de demander une assistance pour mourir. Elle était condamnée à vivre une mort lente et interminable, dans des souffrances physiques évidentes, mais aussi avec des souffrances morales et psychiques indéniables.

Qu’est-ce que je ferais, moi, si je me retrouvais dans une situation similaire où la vie ne signifie plus qu’un coeur qui bat? En ce qui me concerne, et chaque personne est différente, je pense que c’est la dignité qui ferait pencher la balance. Si je devais perdre ma dignité, perdre mon identité et le mérite d’une existence que je considère comme assez exemplaire, c’est là je crois que je ferais une telle demande. Quand l’allumette arrive à sa fin et qu’il ne reste plus rien à brûler, à quoi bon continuer? Le pouvoir ultime d’un être humain est de pouvoir se donner le choix de vivre ou pas, c’est déjà ce que je publiais en 1998 dans le Magazine RG. L’important est d’avoir le temps de préparer son départ, enfin, je crois!

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