« Ni homme ni femme » : quand la société ne sait plus où se mettre

Genre

Roger-Luc Chayer (Image : Arrêt sur Image – « Je ne suis pas un homme, Monsieur », par Arnaud Gauthier-Fawas (2018))

Pour faire suite à notre article sur le salon de coiffure québécois condamné pour discrimination envers une personne non binaire, l’histoire d’Alexe Frédéric Migneault revenait en détail. Cette personne avait déposé une plainte contre Station10 à Longueuil après avoir été contrainte de choisir « homme » ou « femme » sur leur système de réservation en ligne, sans aucune option neutre. Le Tribunal des droits de la personne du Québec jugeait cette pratique discriminatoire et ordonnait au salon de verser 500 $ en dommages‑intérêts. L’affaire alimentait un débat public sur l’inclusion des personnes non binaires. Malgré des ajustements apportés au système, le salon décidait de contester la décision en appel pour clarifier ses obligations légales.


Une société encore perplexe face à la non-binarité

Bref, la société semble encore embrouillée par la non-binarité, l’identité de genre et l’expression de genre — confusion qui me laisse moi-même perplexe. Cet exemple illustre parfaitement les malentendus qui en résultent.

Lors de l’émission française « Arrêt sur Images » du 29 juin 2018, intitulée « Marche des Fiertés : Les couleurs arc-en-ciel, je m’en fous ! », un invité s’était déclaré non binaire et avait directement confronté l’animateur, qui, tout comme les autres participants, peinait à saisir cette identité. Cette séquence illustrait la difficulté persistante, même dans les médias, à comprendre et à intégrer la non-binarité dans les discussions publiques.

L’écoute de la vidéo est très éloquente. Voir ici.

Conversation révélatrice sur le genre

— Et puis il y a eu d’autres personnes qui n’étaient pas disponibles, tout simplement, ce jour-là.
— Non mais attendez, les vieux réflexes sexistes… Je ne suis pas un homme, monsieur.
— Vous n’êtes pas un homme ?
— Non, je ne sais pas ce qui vous fait dire que je suis un homme, mais je ne suis pas un homme.
— Votre apparence ?
— Ah bon ? Il ne faut pas confondre identité de genre et expression de genre, sinon on va déjà mal partir.
— Alors expliquez-moi.
— Je suis non binaire, donc ni masculin ni féminin. Et je refuse qu’on me genre comme un homme.
— Comment vous définissez-vous ?
— Comme non binaire.
— D’accord, mais ni masculin, ni féminin. Ça ne résout pas le problème des femmes sur le plateau.
— Ça ne résout pas le problème des femmes sur le plateau, mais il ne dit pas qu’il y a quatre hommes sur le plateau. C’est le mégenré et ce n’est pas très agréable.
— D’accord, mais…
— Non, mais c’est intéressant qu’on interroge tous nos propres stéréotypes autour de la table, parce que sans même m’avoir posé la question, vous supposez que je suis un homme. Seulement par mon apparence, vous estimez que je suis blanc. Donc, en fait, je pense que, justement, c’est très intéressant.


Comprendre le message de l’invité

Voici donc une personne, avec une barbe et habillée « en gars », qui affirme ne pas être ni homme ni femme et s’offusque de façon assez hautaine, faisant rire les autres invités. Et après, on viendra nous poursuivre devant la justice parce qu’on ne s’y retrouvera plus. En parlant de confusion, qui est réellement perdu : l’invité ou la société ?

L’invité tente avant tout de faire comprendre la distinction entre identité de genre et expression de genre. En se déclarant non binaire, il insiste sur le fait qu’il n’est ni homme ni femme, et qu’on ne peut pas le catégoriser simplement à partir de son apparence ou de ses traits traditionnels associés au masculin ou au féminin.

Son objectif est aussi de remettre en question les stéréotypes et les présupposés sociaux : il pointe du doigt que la société, et même les médias, ont tendance à assigner automatiquement un genre aux personnes, sans les interroger. Il cherche à provoquer une réflexion sur les normes de genre et sur la manière dont on perçoit les identités non binaires dans les interactions quotidiennes et publiques.


Réflexion personnelle du journaliste

Personnellement, et en tant que journaliste pour des médias généralistes et LGBT depuis 1993, je ne comprends pas la technique de l’invité, qui semble vouloir faire avancer une cause en l’intégrant aux communautés gays et lesbiennes. Ici, nous sommes plutôt dans le philosophique, car il ne s’agit plus d’orientation sexuelle, mais de l’expression de théories sur le genre.


Une société en apprentissage

L’ensemble de ces exemples montre que la non-binarité continue de provoquer des malentendus, même dans les médias et au sein des communautés LGBT. L’invité et la plainte d’Alexe Frédéric Migneault révèlent à quel point la société reste peu préparée à intégrer des identités qui ne se définissent pas selon les catégories traditionnelles homme/femme. Si la démarche peut sembler déroutante ou provocatrice, elle vise à remettre en question les stéréotypes et à faire évoluer la réflexion collective sur le genre, en soulignant que la compréhension et le respect passent par l’éducation et le dialogue plus que par le simple jugement.

Bonne chance pour y arriver !

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Quand le drapeau gay se perd dans sa quête d’inclusion : histoire et débats autour du Progress Pride Flag — un article qui explore l’évolution du drapeau LGBTQ+ et les débats contemporains sur l’inclusion de multiples identités, reflétant les mêmes tensions que celles autour de la non‑binarité et des représentations de genre. Quand le drapeau gay se perd dans sa quête d’inclusion : histoire et débats autour du Progress Pride Flag – Gay Globe Média

Pronoms non genrés = Confusion — une page regroupant des contenus autour des pronoms non genrés, un sujet directement lié aux malentendus et aux controverses sur l’usage des genres et des identités au‑delà du binaire, comme dans ton texte. Pronoms non genrés = Confusion – Gay Globe Média

L’homophobie au quotidien — un article sur les formes de discrimination et de préjugés envers les personnes LGBTQ+, qui, bien que plus large, s’inscrit dans la même dynamique d’incompréhension et de déni de dignité que celle à l’origine de la plainte pour discrimination non binaire. L’homophobie au quotidien – Gay Globe Média

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