Transidentité et équité sportive : le débat s’enflamme

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Roger-Luc Chayer (Photo : Lia Thomas par Hunter Martin / Getty Images)

Débat sur la question trans dans le sport : un sujet d’extrême émotivité

Traiter de la question trans est un sujet d’une extrême émotivité pour de nombreuses personnes et il divise la société en général, y compris les communautés LGB. Aborder ce thème suscite presque toujours des réactions très agressives, parfois violentes, comme s’il était impossible d’en débattre sans tomber dans une inflation verbale, et je ne suis pas le seul à le constater.

Toutefois, à l’approche des Jeux olympiques de Milan dans quelques jours, la question refait surface et il est important d’en expliquer l’origine.


La question des personnes transgenres féminines dans le sport

La question trans dans le sport semble concerner principalement les personnes transgenres féminines, c’est-à-dire des personnes assignées hommes à la naissance qui, par des traitements médicaux et hormonaux ainsi que par un changement de certaines habitudes de vie, sont devenues des femmes. Le point de friction soulevé par certaines équipes féminines est toujours le même : une personne ayant grandi avec des taux d’hormones masculines nettement plus élevés que ceux des femmes, notamment en ce qui concerne la testostérone, et ayant effectué une transition pour devenir une femme, a-t-elle développé un avantage physique susceptible de la favoriser?


Rôle des hormones masculines dans le développement physique

Les hormones dites masculines, principalement la testostérone, jouent un rôle déterminant dans le développement physique à la puberté et à l’âge adulte, et c’est à ce stade que se situe l’enjeu central lorsqu’une transition s’effectue après cette période. Sous l’effet de taux élevés de testostérone durant l’adolescence, le corps développe en général une masse musculaire plus importante, une densité osseuse accrue, une structure squelettique différente — notamment au niveau de la taille, de la largeur des épaules et de la longueur des membres — ainsi qu’une capacité pulmonaire et cardiovasculaire souvent supérieure. Ces caractéristiques peuvent constituer des avantages dans de nombreuses disciplines sportives, en particulier celles qui reposent sur la force, la puissance, la vitesse ou l’endurance.


Effets de la transition hormonale à l’âge adulte

Lorsque la transition vers le féminin a lieu à l’âge adulte et s’accompagne d’un traitement hormonal féminisant, les taux de testostérone diminuent fortement et la masse musculaire ainsi que la force tendent à baisser avec le temps. Toutefois, certaines adaptations acquises pendant la puberté masculine ne sont pas entièrement réversibles. La taille, la structure osseuse, la longueur des leviers biomécaniques ou encore certains paramètres cardiovasculaires demeurent en grande partie inchangés. C’est sur cette persistance partielle des effets de la testostérone passée que s’appuient les arguments évoquant un avantage potentiel.


Variabilité des effets et cadre réglementaire

Il est essentiel de préciser que ces effets varient considérablement d’une personne à l’autre et selon la durée, l’intensité et le moment de la transition hormonale. De plus, les politiques sportives actuelles tentent d’encadrer ces questions en fixant des seuils hormonaux et des périodes minimales de suppression de la testostérone, précisément pour réduire ces écarts. Le débat ne porte donc pas uniquement sur l’identité de genre, mais sur la manière d’évaluer, discipline par discipline, l’impact résiduel d’un développement sous hormones masculines sur l’équité de la compétition.


L’exemple de Lia Thomas et son impact médiatique

Le débat entourant Lia Thomas s’est cristallisé autour de la question de l’équité sportive plutôt que de son identité de genre. Nageuse universitaire américaine, Lia Thomas a commencé sa transition après avoir concouru plusieurs années dans les compétitions masculines de la NCAA, avant de rejoindre les compétitions féminines après un traitement hormonal conforme aux règles en vigueur à l’époque. Ses performances, notamment sa victoire sur 500 yards nage libre en 2022, ont immédiatement attiré l’attention médiatique et provoqué une polarisation intense.

Pour ses soutiens, Lia Thomas respectait strictement les règlements de la NCAA, notamment les seuils de testostérone et la durée minimale de traitement hormonal, et devait donc être autorisée à concourir comme toute autre femme trans. Ils soulignent également que ses résultats, bien que élevés, n’étaient pas systématiquement dominants et qu’elle avait aussi enregistré des classements plus modestes dans d’autres épreuves, ce qui, selon eux, contredit l’idée d’un avantage écrasant.

À l’inverse, ses détracteurs estiment que le fait d’avoir traversé une puberté masculine lui aurait conféré des avantages physiques persistants, notamment en matière de taille, de puissance et de biomécanique, que la suppression hormonale ne ferait que partiellement atténuer. Plusieurs nageuses concurrentes ont exprimé un malaise, affirmant que la question n’était pas idéologique mais liée à la justice compétitive et à la protection du sport féminin.

« L’affaire Lia Thomas » a dépassé le cadre universitaire pour influencer les instances sportives internationales. Peu après, World Aquatics a durci ses règles en limitant l’accès aux compétitions féminines aux athlètes n’ayant pas connu de puberté masculine, tout en créant une catégorie ouverte.


Transition avant ou pendant la puberté : une solution pour l’équité ?

Transitionner avant ou pendant la puberté peut en grande partie régler la question des avantages physiques liés aux hormones masculines.

Lorsque la transition hormonale commence avant la puberté — par exemple avec une suppression des hormones sexuelles masculines (testostérone) suivie d’un traitement hormonal féminisant — le corps ne subit pas les changements typiques de la puberté masculine. Cela signifie que la personne ne développe pas les caractéristiques physiques habituellement associées aux hormones masculines, comme une masse musculaire plus importante, une densité osseuse plus élevée, une structure squelettique plus large ou une capacité pulmonaire supérieure.

Dans ce contexte, la personne transgenre féminine aura un développement physique plus proche de celui des filles cisgenres, ce qui limite considérablement les questions d’avantage physique en compétition sportive.

C’est pourquoi plusieurs fédérations sportives internationales font aujourd’hui la distinction entre les personnes qui ont commencé leur transition avant la puberté et celles qui l’ont entamée après, avec des règles plus strictes pour ces dernières afin de préserver l’équité dans les compétitions féminines.

Cette question reste complexe, car les critères médicaux, légaux et éthiques entourant la transition prépubertaire varient beaucoup selon les pays, et la protection des droits des enfants et adolescents transgenres est un sujet de débat en soi. On y reviendra…

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