ETATS-UNIS. Exclu du staff de Romney parce qu’il est gay ?

Nouvel Obs
Un gay dans l’équipe de Romney. L’expérience aura vite tourné court. Ancien protégé de GeorgeW. Bush qui l’avait nommé en 2001 porte-parole de la mission américaine aux Nations Unies, Richard Grenell s’était surtout fait connaître pour ses saillies réactionnaires. En 2002, alors que l’ambassadeur mexicain conserve un peu trop longtemps le micro, il aurait lâché: « Qui se soucie de ce que pensent les Mexicains ? » Expérience, compétence, orientation néoconservatrice, « Ric » avait donc le profil idéal pour ce poste de porte-parole du candidat républicain Mitt Romney, en charge des questions de politique étrangère.
Une « nouvelle aventure » de courte durée

Le 19 avril, jour de sa nomination, il annonce la nouvelle sur son blog en titrant « ma nouvelle aventure ». Les attaques des républicains les plus conservateurs ne se font pas attendre. Quelques minutes après l’annonce de sa nomination, Bryan Fischer porte-parole de l’association des familles américaines (AFA) le qualifie de « ‘sex-obsessed’ homosexual » (homo, obsédé sexuel). Le très chrétien Matthew J. Franck, lui reproche son militantisme et fait mine de « s’interroger »:
Supposons que Barack Obama se prononce, comme Richard Grenell le réclame, en faveur du mariage homosexuel. Quelle position défendra-t-il publiquement, celle de Romney ou celle d’Obama?  »

Certains proches de Mitt Romney, comme le porte-parole Andrea Saul, lui apportent discrètement leur soutien. « Nous avons embauché Ric Grenell parce qu’il était la personne la mieux qualifiée pour le poste et possède une vaste expérience en tant que représentant des États-Unis à l’ONU ». Mais aucun commentaire quant aux attaques relatives à la sexualité du porte-parole.

Dès son arrivée, ses adversaires obtiendront une première victoire. Pour eux, la meilleure façon « d’apaiser la polémique » qui entoure sa nomination, serait de le laisser dans l’ombre « quelques temps ». Consigne lui est donc donnée de ne pas s’exprimer jusqu’au 1er mai. Pour être sorti de l’ombre, il est remis au placard. Difficile à digérer pour le quadragénaire habitué à ne pas garder sa langue dans la poche.

L’homme au tempérament impétueux bouillonne de rester en coulisse, d’autant plus que la période est chargée en actualité internationale: visite d’Hillary Clinton en Chine et déplacement surprise de Barack Obama en Irak… Mais selon certain de ses proches « Ric vivait de plus en plus mal la situation ». Pour lui: une humiliation permanente. « Il voyait sa crédibilité auprès des journalistes s’éroder de jour en jour » ajoute cette même source, interrogée par le « New York Times ».
« Une faute directe »

Dès la fin de semaine dernière, il annonce à Kevin D. Williamson et Eric Fehrnstrom, les deux lieutenants de Mitt Romney, son intention de démissionner. Certains tentent mollement de le retenir. « Nous avons été choqué, la tempête était passée », commente sous couvert d’anonymat l’un d’entre eux. Sur ce dossier la discrétion est de mise. Alors que la primaire républicaine arrive à son terme, Mitt Romney ne veut surtout pas se mettre à dos la branche la plus conservatrice de son électorat.

Le 1er mai, il annonce officiellement sa démission. Une victoire pour l’Association des familles américaines (AFA) qui se targue d’avoir eu sa tête : « En aucun cas, Mitt Romney ne peut escompter mettre un militant homosexuel dans une position de quelque importance dans son équipe de campagne », a expliqué leur porte-parole Bryan Fischer. « Il s’agit d’une faute directe », commente Christopher Barron, un des fondateurs de GOProud, un groupe gay et républicain à Washington. Le ton de la campagne est donné.