
Roger-Luc Chayer (Image : Meta AI / Gay Globe)
La France vient d’annoncer qu’elle reconnaîtra la souveraineté de la Palestine en septembre prochain, plusieurs décennies après la création de l’État d’Israël sur un territoire traditionnellement judéo-palestinien. Cette décision survient notamment pour contrer les actions jugées inhumaines d’Israël dans le cadre du conflit, non seulement avec Gaza, mais aussi avec les territoires occupés plus au nord.
Dès l’attaque menée contre l’État d’Israël et les milliers de meurtres commis par le Hamas, autorité officieuse de Gaza, Israël s’est octroyé le droit de répliquer militairement. C’était, à l’époque, une décision justifiable pour empêcher ce groupe terroriste reconnu de récidiver. Mais là où Israël a mal joué son jeu, c’est en s’en prenant à la population civile, en détruisant presque tout sur son passage et en recourant à des moyens désormais qualifiés de génocidaires.
Nous savons qu’à ce jour, Israël contrôle de façon excessive l’entrée des biens et des services dans la bande de Gaza, limitant notamment l’accès aux médicaments et aux denrées alimentaires, ce qui provoque une famine d’une ampleur inédite depuis la Seconde Guerre mondiale, ainsi que des épidémies qui, autrement, seraient faciles à soigner.
Il s’agit du résultat d’une décision délibérée d’Israël et non d’une situation fortuite.
Qu’est-ce qu’un génocide ?
Le génocide, dans le droit international, désigne un acte commis avec une intention très précise : celle de détruire, en tout ou en partie, un groupe humain identifié par sa nationalité, son appartenance ethnique, raciale ou religieuse. Ce qui distingue un génocide d’autres crimes de masse, c’est cette volonté d’extermination ciblée, qui doit être prouvée pour qualifier juridiquement le crime.
Dans les faits, le génocide se manifeste par des actes comme des meurtres, des atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale, des conditions de vie imposées pour provoquer la disparition du groupe, la stérilisation forcée ou encore le transfert d’enfants d’un groupe à un autre. Mais au cœur de tout cela, ce n’est pas seulement la violence qui compte, c’est l’intention de faire disparaître l’existence même du groupe visé.
C’est cette combinaison entre l’acte et l’intention de destruction qui fait la différence entre un génocide et un crime de guerre ou un crime contre l’humanité. Un massacre, même massif, ne devient pas un génocide s’il n’est pas motivé par l’idée d’effacer un peuple, une communauté ou une identité précise de la surface du monde. C’est pour cela que ce crime est considéré comme l’un des plus graves par les tribunaux internationaux et qu’il est si difficile à prouver devant une cour.
Pourquoi la France intervient de cette façon ?
La décision de la France de reconnaître Gaza et l’Autorité palestinienne comme un État souverain s’inscrit dans une prise de conscience de plus en plus partagée à travers le monde, y compris en Europe, au Canada et dans de nombreux autres pays, selon laquelle Israël a perdu le contrôle de la situation. Au lieu d’agir en « bon père de famille » face à la menace bien réelle que représente le Hamas, reconnu comme organisation terroriste, Israël s’en prend désormais à une population entière en raison de son origine et de sa religion. La reconnaissance de la souveraineté palestinienne devient donc un moyen officiel pour la communauté internationale d’affirmer que la Palestine doit être protégée conformément au droit international, et qu’il est désormais légitime pour d’autres États de s’interposer afin de la défendre contre des actes pouvant relever d’une logique génocidaire de la part de son voisin belliqueux.
Je l’ai dit dès le début : la Palestine a commis une grave erreur en octobre 2023 en attaquant son voisin israélien, causant la mort de milliers de personnes et brisant la vie de nombreux survivants, sans oublier le sort des otages, morts ou toujours captifs sur le territoire palestinien. Mais j’ai aussi affirmé à l’époque qu’Israël, de son côté, a commis une faute majeure en infligeant à la population palestinienne des méthodes de représailles qui rappellent celles employées pendant la Seconde Guerre mondiale par le régime nazi contre les Juifs. Si ces horreurs étaient inacceptables hier, elles ne le sont pas davantage aujourd’hui.
Une reconnaissance qui vient avec des responsabilités
La reconnaissance officielle par la France d’un État palestinien souverain n’est pas un geste symbolique sans portée. Tout État souverain a des devoirs et des responsabilités envers son peuple, conformément au droit international. Un État palestinien devra se doter d’un gouvernement démocratique capable d’adopter des lois et des règlements garantissant à sa population et à ses minorités des protections fondamentales qui relèvent de la responsabilité de tout État digne de ce nom. Cela implique de mettre en place un système de santé accessible, un système d’éducation gratuit, des chartes assurant la protection des minorités, notamment les communautés LGBTQ+, et d’assumer pleinement son rôle sur la scène internationale en agissant comme un gouvernement responsable.
Reconnaître officiellement un État n’est jamais un simple cadeau diplomatique ; c’est aussi affirmer qu’il porte désormais la responsabilité suprême de protéger son peuple et de rendre des comptes devant les autres nations.
Alors que le président des États-Unis affirmait ce matin que la France perdait son temps avec une mesure qui resterait sans effet, Paris fait au contraire le pari qu’en permettant à la Palestine d’entrer dans le cercle des nations, elle lui offrira les moyens de mieux gérer la crise actuelle. Israël se retrouvera alors face non plus à une poignée de « squatters » occupant un sol aride qu’il convoite ouvertement, mais à un ensemble de nations qui reconnaissent le droit international et pourraient, si cela s’avérait nécessaire, intervenir pour protéger la Palestine.
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