Polémique autour de Guillaume Marois : un partage controversé, la désinformation politique et la référence explosive à Pol Pot

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Roger-Luc Chayer (Images : Guillaume Marois)

La politique, on le sait, suscite toujours de vives émotions qui peuvent parfois mener à la colère et aux conflits entre amis ou membres d’une même famille. Mais il y a des débordements qu’on ne peut laisser passer, surtout lorsque des propos d’une telle maladresse proviennent d’une sommité mondiale, d’un chercheur et d’un professeur universitaire hautement éduqué, qui ne peut ignorer la portée de ce qu’il dit.

Dans une publication qu’il a repartagée provenant d’un faux média imitant le journal La Presse, intitulé La Paresse, M. Marois a relayé des propos inimaginables visant le chef du Parti Québécois, Paul Saint-Pierre Plamondon. On pouvait notamment y lire : « Humour fédéralo-solidaire : ahahahahah», suivi du sous-titre « Montée du Khmer Bleu » et du titre principal « Paul Pot Plamondon », une référence explicite au dictateur cambodgien Pol Pot. Le montage affirmait également que le chef du PQ voulait consacrer 40 milliards de dollars par année à une armée québécoise, tout en le représentant vêtu à la manière de Pol Pot.

Guillaume Marois

Guillaume Marois (Facebook)

Qui était Pol Pot ?

Pol Pot (1925-1998), de son vrai nom Saloth Sâr, était le chef des Khmers rouges et le dirigeant du Cambodge de 1975 à 1979. Animé par une idéologie communiste extrémiste, il voulait transformer le pays en une société agraire sans classes. Pour y parvenir, il fit évacuer les villes, abolit l’argent, ferma les écoles et les hôpitaux, et força des millions de personnes à travailler dans des camps.

Son régime est responsable de l’un des pires génocides et crimes contre l’humanité du XXe siècle. Les exécutions de masse, la famine, les maladies et les travaux forcés ont entraîné la mort d’environ 1,5 à 2 millions de Cambodgiens, soit près du quart de la population du pays. Son régime a pris fin en 1979 avec l’invasion du Cambodge par le Vietnam.

Le génocide perpétré par Pol Pot et le régime des Khmers rouges entre 1975 et 1979 est considéré comme l’une des plus grandes tragédies du XXe siècle. En moins de quatre ans, environ 1,5 à 2 millions de personnes ont péri, soit près de 25 % de la population cambodgienne de l’époque.

Le régime a vidé les villes, supprimé la monnaie, fermé les écoles, les hôpitaux et les lieux de culte, tout en abolissant la propriété privée. Des millions de personnes ont été déportées vers des camps de travail où elles ont été soumises à des travaux forcés, à la famine et à des conditions de vie inhumaines.

Les personnes considérées comme des « ennemis du peuple » étaient systématiquement arrêtées, torturées puis exécutées. Les intellectuels, les enseignants, les médecins, les fonctionnaires, les religieux, les minorités ethniques, ainsi que toute personne soupçonnée d’opposition, étaient particulièrement visés. Dans certains cas, le simple fait de porter des lunettes ou de parler une langue étrangère suffisait à être accusé d’être un intellectuel et à être condamné à mort.

Les milliers de fosses communes découvertes après la chute du régime, connues sous le nom de « champs de la mort » (Killing Fields), témoignent de l’ampleur des massacres. Le génocide de Pol Pot demeure aujourd’hui l’un des crimes contre l’humanité les plus meurtriers de l’histoire contemporaine.

Après la chute du régime de Pol Pot en 1979, le Cambodge a connu l’une des plus importantes crises de réfugiés de la fin du XXe siècle. On estime qu’entre 600 000 et 700 000 Cambodgiens ont fui leur pays au cours des années qui ont suivi la fin du régime des Khmers rouges. Au plus fort de cette crise humanitaire, plus de 300 000 réfugiés vivaient dans des camps situés le long de la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande.

Grâce à des programmes internationaux de réinstallation, plus de 500 000 Cambodgiens ont ensuite trouvé refuge de façon permanente dans différents pays. Les États-Unis ont accueilli la plus importante communauté, avec plus de 150 000 réfugiés, suivis de la France, qui en a reçu environ 60 000. L’Australie a également ouvert ses portes à quelque 30 000 à 35 000 Cambodgiens, tandis que le Canada en a accueilli près de 20 000.

À titre de comparaison, le régime de Pol Pot a causé la mort d’environ 1,5 à 2 millions de personnes sur une population d’environ 8 millions d’habitants, tandis que des centaines de milliers de survivants ont été contraints de fuir leur pays pour reconstruire leur vie à l’étranger.

Imaginez, lorsque l’on connaît l’histoire, et plus encore lorsque l’on est un universitaire et un chercheur international en démographie, quel affront et quelle indignation peut susciter l’association entre un dictateur génocidaire et le chef d’un parti politique québécois.

Génocide

Des millions de Cambodgiens ont été exécutés par Pol Pot (Google Images)

Qui est Guillaume Marois ?

Guillaume Marois est un chercheur en démographie reconnu internationalement pour ses travaux sur les projections de population, les migrations, le vieillissement démographique et les méthodes de microsimulation. Il est originaire du Québec et a effectué ses études en démographie à l’Université de Montréal puis à l’Institut national de la recherche scientifique, où il a obtenu son doctorat en 2014.

Après son doctorat, il a réalisé un stage postdoctoral à l’Université de Montréal avant de devenir chercheur à l’International Institute for Applied Systems Analysis, un important centre de recherche situé en Autriche spécialisé dans les enjeux mondiaux. Depuis 2019, il est également professeur à l’Asian Demographic Research Institute, où il mène des recherches sur les changements démographiques mondiaux.

Ses principaux domaines de recherche comprennent :

les projections démographiques;

l’impact économique et social du vieillissement;

l’immigration et ses effets sur la population;

la mobilité résidentielle;

les méthodes statistiques et la microsimulation démographique.

Au Québec, Guillaume Marois est surtout connu du grand public pour avoir cosigné avec Benoît Dubreuil l’essai Le Remède imaginaire – Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec, publié en 2011. Dans cet ouvrage, les auteurs soutiennent que l’immigration, à elle seule, ne peut pas résoudre durablement le vieillissement de la population ni les pénuries de main-d’œuvre. Leur conclusion ne s’oppose pas à l’immigration en tant que telle, mais remet en question l’idée qu’elle constitue une solution démographique suffisante à ces problèmes. Cet essai a suscité un important débat au Québec.

Sur le plan scientifique, Guillaume Marois a publié plusieurs dizaines d’articles évalués par les pairs dans des revues internationales. Ses travaux sont largement cités par d’autres chercheurs et servent notamment à éclairer les politiques publiques en matière de démographie, d’immigration, d’éducation et de marché du travail.

Il est généralement considéré comme un spécialiste reconnu de la démographie quantitative, particulièrement dans le développement de modèles permettant de prévoir l’évolution des populations à long terme.

MONSIEUR MAROIS A ÉTÉ INVITÉ À LIVRER SES COMMENTAIRES SUR SA PUBLICATION, ET SA RÉPONSE A ÉTÉ : ??. MONSIEUR MAROIS POURRA TOUTEFOIS RÉPLIQUER À LA SITUATION DÉNONCÉE DANS CE TEXTE À SA GUISE.

  • L’auteur de cet article n’est affilié à aucun parti politique municipal, provincial ou fédéral.

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