ITSS au Québec : hausse des infections, résistance aux antibiotiques et rebond post-pandémique en 2023

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Gay Globe Média selon l’INSPQ (Image : IA / Gay Globe)

Portrait des infections transmissibles sexuellement et par le sang au Québec

Le dernier rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) dresse un tableau préoccupant de la situation des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) au Québec pour l’année 2023, avec des projections pour 2024. Il met en évidence une reprise marquée de plusieurs infections après la baisse observée durant la pandémie de COVID-19, ainsi qu’une progression de phénomènes plus inquiétants comme la résistance aux antibiotiques et la diversification des populations touchées.

Une évolution des ITSS marquée par la pandémie et ses effets indirects

Selon les données de surveillance, la période 2010-2019 était caractérisée par une tendance générale à la stabilité ou à la hausse progressive des ITSS au Québec. Toutefois, l’année 2020 a marqué une rupture importante avec une baisse soudaine des cas déclarés. Cette diminution est principalement attribuée aux mesures sanitaires liées à la COVID-19, qui ont réduit les contacts sociaux, les consultations médicales et le dépistage.

Depuis la fin des restrictions, les données doivent être interprétées comme un possible effet de rebond, où les cas réapparaissent à mesure que le système de santé et les comportements de dépistage reviennent à la normale.

Recrudescence des infections gonococciques et de la syphilis

L’un des éléments les plus marquants du rapport est la hausse continue de plusieurs infections bactériennes majeures.

En 2022, une augmentation importante des taux d’incidence a été observée pour :

  • l’infection gonococcique
  • la syphilis infectieuse
  • la syphilis congénitale
  • la lymphogranulomatose vénérienne

Cette tendance ne s’est pas stabilisée en 2023. Les hausses concernent toujours principalement la gonorrhée et la syphilis infectieuse, tandis que d’autres infections comme les hépatites B et C présentent également une augmentation.

Le rapport souligne aussi un changement géographique et démographique important : la syphilis, autrefois concentrée surtout dans la région de Montréal, se diffuse désormais dans la plupart des régions du Québec. Elle touche également de plus en plus la population hétérosexuelle, avec une hausse particulièrement marquée chez les femmes.

Une progression préoccupante du VIH chez certaines populations

Entre 2019 et 2023, une augmentation de 54 % des nouveaux diagnostics de VIH a été observée. Toutefois, cette hausse ne touche pas l’ensemble de la population de manière uniforme.

Elle concerne principalement des personnes récemment arrivées au Canada (depuis moins de cinq ans). À l’inverse, chez les personnes nées au Canada ou installées depuis plus longtemps, une tendance à la baisse des nouveaux diagnostics est observée sur la période 2014-2023.

Ces données suggèrent une évolution des dynamiques de transmission et soulignent l’importance de stratégies de prévention adaptées aux populations migrantes et aux contextes d’exposition variés.

Résistance aux antibiotiques : un enjeu de santé publique majeur

L’un des aspects les plus préoccupants du rapport concerne la résistance aux antibiotiques, en particulier pour la bactérie Neisseria gonorrhoeae, responsable de la gonorrhée.

En 2023, environ 33 % des isolats étaient résistants à l’azithromycine, un antibiotique couramment utilisé dans les traitements combinés. Plus alarmant encore, en 2024, des isolats présentant une non-sensibilité à des antibiotiques de dernière ligne ont été détectés au Québec.

Deux cas particulièrement préoccupants ont été identifiés :

  • un isolat non sensible à la céfixime présentant un profil ultrarésistant
  • un autre isolat non sensible à la ceftriaxone, l’un des traitements les plus critiques

Ces cas illustrent un risque réel d’échec thérapeutique, ce qui pourrait compliquer significativement la prise en charge des infections gonococciques dans les années à venir.

Une épidémie de syphilis en expansion au-delà des zones initiales

Le rapport met également en évidence une transformation de la dynamique de la syphilis infectieuse. Initialement concentrée à Montréal, l’épidémie s’étend désormais à la majorité des régions du Québec.

Un autre changement notable concerne les populations touchées. La syphilis, historiquement plus associée à certains groupes spécifiques, est désormais en expansion dans la population hétérosexuelle, avec une hausse particulièrement marquée chez les femmes. Cette évolution suggère une diffusion plus large de l’infection et une adaptation nécessaire des stratégies de prévention.

Une situation en mutation qui nécessite une vigilance accrue

L’ensemble des données présentées par l’INSPQ montre une situation en évolution rapide des ITSS au Québec, marquée par trois tendances majeures : une hausse globale des infections après la pandémie, une extension géographique et démographique des épidémies, et une montée inquiétante de la résistance aux antibiotiques.

Ces éléments soulignent l’importance du dépistage, de la prévention et de la surveillance continue, dans un contexte où certaines infections deviennent plus difficiles à traiter et où les dynamiques de transmission évoluent.

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