Roger-Luc Chayer
Devant la piètre qualité de la langue française observée au journal Le Devoir, l’éditeur de Gay Globe s’adresse à ses collègues:
Je vous écris aujourd’hui après quelques semaines de tergiversations et d’hésitations, le temps de constituer mon dossier et de tirer mes conclusions sur un triste constat que je dois faire à propos de la qualité de la langue au Journal Le Devoir. Permettez-moi d’abord de vous mettre dans le contexte de mon intervention. Je suis un abonné de nombreux médias, papier, Web ou télévisés, et au fil des années, j’ai développé un sentiment critique à l’endroit de certains qui ne sont pas à la hauteur de mes attentes. C’est pour cette raison que je me suis désabonné de TVA et de LCN il y a environ un an, tant pour mes services télévisés que sur mon fil Facebook, et que je me suis abonné au fil Facebook de votre média, Le Devoir.
Assez rapidement, j’ai vu que la personne responsable de la diffusion des nouvelles sur votre fil Facebook avait des problèmes majeurs de langue française et de connaissance de l’orthographe. De très nombreuses fautes élémentaires sont commises et ce, plusieurs fois par jour. Cela me préoccupe de plus en plus au point où lorsque je lis vos titres ou vos présentations, mon attention est détournée par la correction de vos textes. La simple lecture de vos articles passe maintenant en second. Je suis même en mesure de vous confirmer que j’ai développé une appréhension dès que je vois le logo du Devoir passer, et c’est ce qui explique mon intervention d’aujourd’hui.
Il y a clairement une crise linguistique au Devoir, et cette crise met en évidence une profonde incompétence à tous les niveaux du traitement de la nouvelle chez vous. À partir du moment où un rédacteur publie un texte erroné sur votre fil Facebook, sans le relire ou sans chercher à en faire la correction au préalable, il commet une faute professionnelle importante, puisque Le Devoir est une entreprise de presse écrite. Un chef cuisinier qui se tromperait entre un steak et un poisson se ferait vite questionner par ses clients, de même qu’un chirurgien devant opérer au cou qui retirerait par erreur un appendice serait questionné par le Collège des médecins.
Là où l’incompétence de vos rédacteurs Facebook prend des proportions encore plus négatives est dans le fait que la chaîne de rédaction ne fait pas son travail. La nouvelle erronée se retrouve sur Facebook sans qu’un réviseur ou qu’un correcteur ne l’examine avant publication, la rédactrice en chef ne révise pas le travail de ses rédacteurs et laisse passer les très nombreuses fautes, le directeur du journal ne semble pas lire son fil de nouvelles et laisse passer tout ça, alors que le Conseil d’administration ne se pose pas la moindre question sur ce qui se passe. Le résultat, comme vous pourrez le voir dans les 25 pages de pièces jointes à ma lettre, se concrétise et se cristallise en la démonstration d’une grande incompétence qui m’oblige à suspendre pour un moment ma lecture du Devoir, car je n’ai aucun plaisir à lire ce que vous produisez, et cela durera tant et aussi longtemps que rien ne sera fait pour assurer une amélioration notable de la situation.
Je tenais toutefois à vous expliquer les raisons de ma décision, en espérant que ma lettre vous fera prendre conscience que dans le domaine compétitif des médias écrits, si la qualité de la langue n’est pas prioritaire au Québec, le média risque d’être condamné à perdre de son intérêt. (Le Devoir n’a pas répondu à notre lettre)