Roger-Luc Chayer
Il y avait un bon moment que nous devions nous rencontrer pour faire le tour de la situation du Village, mais c’est dans le cadre de notre enquête sur la prostitution et les médias que j’ai eu le plaisir de faire connaissance avec le nouveau commandant du poste 22, Danik Guerrero.
Gay Globe Magazine a publié ces derniers mois quelques dossiers sur la prostitution tant sur le Web que dans certains médias gais essentiellement à cause des modifications législatives fédérales en matière de services sexuels en échange d’argent. Or, bien que la loi criminalise maintenant les diffuseurs de publicités en la matière, comme les sites Internet, les magazines et même les radios ou télévisions, qui est responsable de l’application de cette loi?
Danik Guerrero a souhaité nous recevoir afin de nous éclairer sur cet aspect de la loi, pas aussi limpide qu’on pourrait le croire. Tout d’abord, le SPVM a établi une stratégie en matière de prostitution qui repose sur quelques points très élémentaires et fondamentaux comme l’implication de mineurs, le proxénétisme avec violence et les relations entre les citoyens et les travailleurs du sexe.
«Le portrait de la prostitution a bien changé à Montréal depuis quelques années et avec la démocratisation de l’Internet, on voit beaucoup moins de sollicitation sur la rue, comme de nombreux services Web permettent aux travailleurs de communiquer directement avec leurs clients sur le Web. Dans la même logique, le nombre de plaintes de citoyens dérangés par les activités de rue de ces travailleurs et de leurs clients a diminué considérablement et sur ce point c’est une excellente chose», nous explique le commandant Guerrero.
Quant à la question de la publicité comme les escortes, les massages ou les agences d’escortes, toujours publiées dans certains médias gais ou sur des sites Web comme Craigslist ou Gay411, le SPVM ne procède pas systématiquement à des vérifications sauf s’il existe des doutes sur l’âge ou les conditions d’exploitation des travailleurs du sexe. Il ne faut pas nécessairement en conclure que la police tolère ce que le code criminel interdit catégoriquement. «En l’absence de plainte, le service de police met l’emphase sur ses priorités quant à l’exploitation des mineurs, etc., mais si une plainte devait être déposée par un citoyen selon les articles 286.4, le service devrait alors enquêter et des accusations pourraient être portées contre des médias qui feraient la promotion de services sexuels commerciaux. À ce jour, il n’existe aucune plainte mais ça peut changer», ajoute le commandant qui avait eu l’opportunité d’examiner les pièces servant à notre enquête et provenant des principaux diffuseurs d’annonces et de publicités du milieu gai québécois.
Il s’agit donc, lorsque vient le temps de comprendre les raisons de l’existence de lois interdisant la publicité de services sexuels, qu’il s’agit d’exploitation d’êtres humains, parfois d’enfants, souvent dans le but de financer le marché de la drogue et les médias gais ont aussi des responsabilités dans cette société.