
Roger-Luc Chayer (Image : Gay Globe et Meta AI)
On parle beaucoup de l’ONU ces temps-ci, mais ce n’est certainement pas pour de bonnes raisons.
Il fut un temps où l’Organisation des Nations unies exerçait une réelle influence sur les affaires du monde, grâce à ses comités, à son Conseil de sécurité et aux valeurs morales auxquelles toutes les nations voulaient et devaient adhérer. Mais il faut se l’avouer : nous n’en sommes plus là en 2025.
L’ONU à ses débuts
L’Organisation des Nations unies, plus connue sous le nom d’ONU, a vu le jour en 1945, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, quand le monde, épuisé par les conflits, cherchait désespérément un moyen d’éviter qu’un tel chaos ne se reproduise.
À la base, l’idée était toute simple : rassembler presque toutes les nations sous un même toit pour discuter, négocier et, surtout, trouver des solutions communes aux grands problèmes de l’humanité. Dès le départ, l’ONU s’est voulu le gardien de la paix et le promoteur d’une certaine moralité internationale, misant sur la diplomatie plutôt que sur la force.
Elle s’est installée à New York, symboliquement tournée vers l’avenir, et a rapidement pris sous son aile une foule de missions, de la prévention des guerres à l’aide humanitaire, en passant par la promotion des droits de la personne.
Pendant la guerre froide, l’ONU a souvent servi de scène où l’Est et l’Ouest se lançaient des discours plus ou moins cordiaux, mais sans jamais briser totalement le dialogue.
Est-ce que cette organisation internationale est encore pertinente et nécessaire ?
Pour qu’une telle organisation, rassemblant toutes les nations, leurs idées politiques et leurs religions, puisse fonctionner, il faut un consensus. Il faut que toutes les parties s’entendent sur des principes de base et acceptent de s’y soumettre.
Le hic, c’est qu’en 2025, ça ne fonctionne plus. Il suffit d’observer la situation internationale pour comprendre que l’ONU n’a plus aucun pouvoir ni aucun moyen d’imposer ses idéaux d’origine, faute de consensus entre de nombreux pays.
La guerre entre la Russie et l’Ukraine, la guerre commerciale menée par les États-Unis contre le reste du monde, les visées chinoises sur Taïwan, le renversement des politiques DEI protégeant les communautés LGBTQ+ pourtant défendues par la Charte des Nations unies, la famine et la guerre menée par Israël contre Gaza, contre le Hezbollah, contre les Bédouins de Syrie, contre l’Iran, le sort des minorités ethniques en Birmanie, la chute de la république d’Haïti, le diktat imposé par le Salvador, le président des États-Unis qui n’a strictement rien à faire des lois et des conventions internationales…
Bref, rien ne va plus et l’ONU, hormis la tenue de réunions d’urgence à répétition, n’est plus capable d’intervenir. Elle n’a plus le pouvoir moral d’autrefois, celui qui lui permettait, dans plusieurs conflits armés, d’envoyer des Casques bleus pour maintenir la paix, y compris par la force si nécessaire. Nous sommes bien loin de tout cela : qui a entendu parler des Casques bleus quelque part sur la planète récemment ?
Le Conseil de sécurité : un outil désormais vide, paralysé par un concept désuet de veto
Le Conseil de sécurité, autrefois un outil d’une puissance telle que tous voulaient y siéger, n’est plus aujourd’hui que l’ombre de ce qu’il a été, gangrené par un concept désuet de droit de veto.
Le Conseil de sécurité est le cœur décisionnel de l’ONU, celui qui, en théorie, détient le pouvoir de maintenir la paix et la sécurité internationales. Il réunit un petit groupe de pays investis d’une responsabilité particulière : agir rapidement face aux menaces, autoriser des missions de maintien de la paix ou imposer des sanctions.
Doté du fameux droit de veto, il repose sur un fragile équilibre entre grandes puissances, ce qui rend parfois ses décisions impossibles. Depuis sa création, il incarne l’idée qu’un cercle restreint de nations peut, par le dialogue et la négociation, désamorcer les crises avant qu’elles ne dégénèrent.
Le Conseil de sécurité réunit cinq puissances qui détiennent un droit de veto (les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et la Grande-Bretagne), aux côtés de dix membres élus pour des mandats temporaires. Autour d’eux, d’autres États, choisis pour représenter diverses régions du monde, viennent compléter ce cercle restreint, mais sans jamais pouvoir bloquer une décision comme le peuvent les membres permanents.
C’est cette composition figée, héritée de l’après-guerre, qui, encore aujourd’hui, façonne les équilibres, mais freine aussi souvent les ambitions d’action quand les intérêts des uns s’opposent trop frontalement à ceux des autres.
On observe que, dans l’état actuel des choses, ce sont toujours les mêmes membres permanents, comme la Chine et la Russie, qui bloquent systématiquement toute décision ou intervention du Conseil de sécurité. Ces blocages ne servent apparemment que les intérêts politiques, économiques et militaires de ces deux nations, au lieu d’agir dans l’intérêt de l’humanité tout entière, comme cela devait être le cas à l’origine.
Une organisation trop lourde et coûteuse à revoir
Aujourd’hui, cette coquille vide qu’est devenue l’ONU ne sert plus à grand-chose, et les discours de son secrétaire général ne sont même plus relayés par les médias, tant ils sont perçus comme une perte de temps, sans impact même en interne. Le « big boss » de l’ONU n’a d’ailleurs plus la possibilité de dialoguer avec des nations belligérantes.
Basée à New York, l’ONU évolue dans un contexte politique où le président des États-Unis a lui aussi tout intérêt à neutraliser coûte que coûte cette organisation qui devrait pourtant être un modèle de démocratie. Par ailleurs, l’ONU coûte très cher à ses membres.
Le budget ordinaire de l’ONU pour l’année 2024 a été approuvé à 3,59 milliards de dollars américains. Ce budget couvre les activités principales de l’organisation, telles que les affaires politiques, la justice internationale, la coopération pour le développement, les droits de l’homme et les affaires humanitaires. Il représente une augmentation par rapport à celui de 2023, qui s’élevait à environ 3,4 milliards de dollars.
Pour l’année 2025, un projet de budget de 3,6 milliards de dollars a été présenté par le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, mettant l’accent sur les investissements dans le développement durable, les droits de l’homme et l’aide humanitaire. Cependant, l’Assemblée générale a finalement approuvé un budget de 3,72 milliards de dollars, soit environ 120 millions de dollars de plus que le projet initial.
Il est important de noter que ces chiffres concernent le budget ordinaire de l’ONU. Les opérations de maintien de la paix, les programmes humanitaires et les activités des agences spécialisées de l’ONU disposent de budgets distincts, financés par des contributions volontaires des États membres et d’autres donateurs.
Les principaux bailleurs de fonds de l’ONU sont avant tout les grandes puissances économiques mondiales, dont les contributions financières constituent la majeure partie du budget. Parmi eux, les États-Unis occupent la place la plus importante, suivis de près par des pays comme la Chine, le Japon, l’Allemagne, la France, et le Royaume-Uni.
Une cure d’amaigrissement plus que nécessaire
Dans ces circonstances, pourquoi ne pas revenir à une assemblée des nations, comme avant la Seconde Guerre mondiale, et la faire siéger à Genève, en Suisse, où une tradition démocratique millénaire pourrait offrir une plus grande stabilité à la nouvelle organisation ? Surtout, pourquoi ne pas abolir ce concept de membres permanents dotés du droit de veto, qui agit comme un diktat sur les affaires mondiales ? On pourrait peut-être mieux agir sur les conflits mondiaux et assurer le bien-être pacifique de l’humanité si toutes les nations avaient un droit de regard juste et équitable sur les affaires internationales.
L’ONU a la possibilité de réviser sa Charte, en théorie, mais ce processus est complexe et exige un large consensus. Toute modification doit d’abord être proposée par l’Assemblée générale ou le Conseil de sécurité, puis approuvée par les deux tiers des membres de l’Assemblée générale.
Ensuite, les modifications doivent être ratifiées par les deux tiers des États membres, y compris tous les membres permanents du Conseil de sécurité, car leur consentement est indispensable. Cette exigence rend la révision particulièrement difficile, surtout lorsqu’il s’agit de questions sensibles comme le droit de veto ou la composition du Conseil de sécurité.
C’est pourquoi, depuis la création de l’ONU, la Charte n’a été modifiée que très rarement, et les réformes profondes restent un défi majeur pour l’organisation.
Quelle serait alors la solution ? La question est posée. Vous pouvez laisser vos commentaires au bas de cet article ; vos réponses et suggestions seront publiques.
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