Par : Gaétan Supertino / Europe 1
Quelque 250 protestants ont tenu congrès samedi, pour fonder un tout nouveau mouvement. Ou plutôt quelques «attestants», puisque c’est le nom choisi par eux pour désigner leur nouvelle formation.
«Attestant», car ils entendent «attester leur foi en Jésus Christ». S’ils entendent rester membre de l’Église protestante unie de France (EPUdF), ils tiennent aussi à se «structurer» pour faire entendre leur point de vue contre les instances dirigeantes de l’EPUdF. Et notamment sur un sujet majeur: la bénédiction des couples homosexuels, que l’EPUdF a autorisé en mai dernier. Peut-on parler de «schisme» au sein de la principale église protestante de France (250.000 fidèles, 480 paroisses et 500 pasteurs)? La formulation, adoptée à la quasi-unanimité, n’impose rien à personne. Mais elle ne laisse aucune ambiguïté sur cette autorisation: «le synode ouvre la possibilité, pour ceux qui y voient une juste façon de témoigner de l’Évangile, de pratiquer une bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe qui veulent placer leur alliance devant Dieu». Le synode avait pour but de donner une autorisation officielle à ce qui était déjà pratiqué par certains pasteurs. La décision s’est également accompagnée de la création de deux groupes de travail: l’un pour «accompagner» les paroisses et s’efforcer de répondre à leurs questions, l’autre pour élaborer une «liturgie spécifique» à la bénédiction des couples homosexuels. Mais malgré les précautions de l’EPUdF, cette décision est encore loin de faire l’unanimité. Samedi, des opposants se sont donc rassemblés pour créer une association baptisée «Les Attestants». L’EPUdF estime que 11% de ses pasteurs y sont désormais rattachés.Que reprochent concrètement les «attestants» à l’EPUdF? Selon eux, la décision de bénir les couples homosexuels «ne tient pas compte de la référence à l’Écriture, fondement de toute parole d’Église chrétienne, et protestante en particulier. Le mariage est l’union féconde de l’homme et de la femme, créés à l’image de Dieu dans leur différence même», écrivent-ils dans une «déclaration à destination des instances nationales et de tous les membres de l’EPUdF».
Contrairement à certains «ultras», ils ne condamnent pas l’homosexualité. Mais ils refusent pour autant de «bénir» les couples de personnes du même sexe. «Il est juste de souligner l’importance d’accueillir chacun dans nos paroisses, quelle que soit son orientation sexuelle, et que soit condamnée toute homophobie. Mais nous distinguons clairement entre l’incontournable bienveillance à manifester aux personnes et la manifestation publique d’un acte liturgique reconnaissant de fait le mariage d’un couple de même sexe comme étant de même nature qu’un mariage hétérosexuel», écrivent les attestants. Au-delà de cette question de fonds, les «attestants» entendent se structurer pour peser au sein de EPUdF, qu’ils estiment tenue par des «libéraux».