
Roger-Luc Chayer (Image : Méta IA / Gay Globe)
Le chemsex à Montréal : chiffres, risques et ressources
Les chiffres viennent de tomber : selon la Direction régionale de santé publique de Montréal, le chemsex a tué plus que jamais à Montréal en 2024. Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas uniquement d’itinérants.
Selon les données produites par le Bureau du coroner du Québec (BCQ), les décès possiblement ou probablement reliés à une intoxication aux drogues ont augmenté entre 2021 et 2024.
Moyenne de décès par mois par intoxication suspectée
- 2020 : 14,8 décès/mois (total 178)
- 2021 : 12,2 décès/mois (total 146)
- 2022 : 13,6 décès/mois (total 163)
- 2023 : 15,2 décès/mois (total 182)
- 2024 : 19,1 décès/mois (total 229)
Décès avec détection de fentanyl ou analogues
Selon les données provisoires du BCQ, le fentanyl (et/ou ses analogues) a été détecté dans plus du tiers des décès en 2023.
- 2020 : 21 cas sur 178 décès (12 %)
- 2021 : 47 cas sur 146 décès (32 %)
- 2022 : 38 cas sur 163 décès (23 %)
- 2023 : 64 cas sur 182 décès (35 %)
- 2024 : 77 cas sur 229 décès (34 %) – données incomplètes
La détection de fentanyl ne signifie pas nécessairement qu’il s’agit de la cause de décès déterminée à la suite de l’enquête du coroner.
Les personnes les plus susceptibles de mourir du chemsex sont généralement celles qui consomment de fortes doses de substances psychoactives en contexte sexuel, souvent en combinant plusieurs drogues, parfois sans encadrement médical ni réduction des risques.
Des travailleurs réguliers, des artistes, des avocats, des médecins — bref, tous les secteurs de la vie sociale — sont touchés par les décès liés au chemsex. Souvent, ces personnes meurent dans l’isolement, faute de surveillance, ou à cause de doses mal évaluées de drogues.
La vulnérabilité augmente chez celles qui vivent de l’isolement, de la détresse psychologique, ou qui ont déjà des problèmes de santé sous-jacents, notamment cardiovasculaires, respiratoires ou liés au VIH.
Chemsex : comprendre ce phénomène dangereux
Le chemsex désigne la pratique de consommer des substances psychoactives dans un contexte sexuel pour prolonger l’expérience, intensifier le plaisir ou dépasser certaines inhibitions.
À Montréal, cette pratique, autrefois circonscrite à des réseaux précis, s’est répandue à différents milieux sociaux et professionnels, touchant des personnes de tous âges et de toutes conditions. Les drogues les plus couramment associées au chemsex incluent la méthamphétamine, le GHB, la MDMA et parfois la cocaïne, mais souvent, celles qui causent le plus de décès contiennent du fentanyl.
Ces substances modifient le ressenti et l’endurance physique, ce qui pousse certains participants à des sessions prolongées, parfois de plusieurs heures, dans des appartements, des clubs privés ou via des rencontres organisées en ligne. Les usages peuvent se répéter sur plusieurs jours, créant un contexte où l’excès et l’isolement se conjuguent.
Pour certains, cette pratique reste une recherche de sensations ou d’intimité dans un cadre social ou sexuel précis, tandis que pour d’autres, les risques liés à la santé, à la surdose ou à l’épuisement corporel deviennent rapidement tangibles.
Les chercheurs et intervenants mettent en avant l’importance de la prévention et de l’accompagnement, mais le chemsex continue de s’inscrire comme un phénomène complexe, mêlant expérimentation, socialisation et vulnérabilité individuelle, et dont l’impact sur la santé publique à Montréal reste un sujet de préoccupation croissante.
Retrouver une sexualité saine et épanouissante : est-ce possible ?
Retrouver une sexualité saine et épanouissante est possible, même après des expériences difficiles ou des pratiques à risque. Il ne s’agit pas seulement de réduire les dangers, mais de réapprendre à se connaître, à identifier ses désirs et ses limites, et à établir des relations respectueuses et satisfaisantes.
Le soutien professionnel, qu’il s’agisse de counseling, de thérapie sexuelle ou de groupes de parole, peut accompagner ce cheminement. Avec du temps, de la patience et des repères clairs, chacun peut reconstruire une intimité valorisante, sécurisée et alignée avec ses besoins, ouvrant la voie à une sexualité plus libre et consciente.
Quelques ressources qui peuvent aider
RÉZO offre un soutien individuel et de groupe aux hommes gais, bisexuels et queer (GBQ) pratiquant le chemsex. Les services sont gratuits, confidentiels et dispensés par des intervenants communautaires qualifiés. Contactez-les au 514-521-7778.
L’ACCM propose des services de soutien individuel et de groupe, des ateliers et la distribution gratuite de matériel de consommation. Contactez-les au 438-867-CHEM (2436).
Une autre ressource très importante est disponible pour les utilisateurs de drogues liées au chemsex en permettant d’analyser gratuitement la drogue avant de la consommer. Ce service peut sauver des vies. Spectre de rue, situé au 1280, rue Ontario Est, Montréal (H2L 1R6), offre un service de vérification de substances utilisant des technologies telles que la machine FTIR, les bandelettes de détection et la colorimétrie. Le service est gratuit, anonyme et confidentiel. Les horaires sont du mardi au samedi, de 10 h à 17 h. Contactez-les au 438-372-7596.
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