Par: Richard Cuthbertson / CBC News
La crise des opioïdes qui frappe le Canada a fait plus de 9000 morts au cours des trois dernières années. On parle cependant peu du rôle souvent joué dans ces décès par l’interaction des opioïdes avec les benzodiazépines, des médicaments couramment utilisés, comme le Valium, l’Ativan et le Xanax.
En Nouvelle-Écosse, par exemple, les benzodiazépines ont été retrouvées dans le sang de plus de la moitié des 442 victimes liées aux opioïdes entre 2011 et la fin d’octobre 2018. Dans la plupart des cas, on parle de surdoses accidentelles. Cette proportion est semblable à celle étudiée au Nouveau-Brunswick, alors qu’elle est supérieure à 40 % au Manitoba. Il n’existe toutefois pas de données pancanadiennes, et il semble que le rôle des benzodiazépines soit moins répandu dans certaines régions durement touchées par l’épidémie de fentanyl. En Alberta, par exemple, elles auraient contribué à la mort de victimes de surdose dans relativement peu de cas.
Mais le risque est réel. D’ailleurs, aux États-Unis, les autorités fédérales ont lancé un avertissement de type « boîte noire » – le plus sévère – sur les risques liés à la combinaison de certains opioïdes avec des benzodiazépines.
En fait, le cocktail de benzodiazépines et d’opioïdes peut être si mortel que le mélange a même déjà été utilisé pour tuer des prisonniers aux États-Unis. En 2014, l’Ohio a exécuté un condamné pour meurtre, Dennis McGuire, à l’aide de benzodiazépine, le midazolam, un sédatif chirurgical, et d’un opioïde, l’hydromorphone. Le décès avait été constaté 25 minutes plus tard.
« Il existe de très bonnes preuves que si vous donnez des benzodiazépines en même temps que des opioïdes, vous augmentez le risque de décès par intoxication, soutient le Dr Matthew Bowes, médecin légiste en chef de la Nouvelle-Écosse. C’est ce qui ressort de notre expérience à la morgue. »
Les benzodiazépines sont utilisées depuis les années 60 pour traiter les crises d’épilepsie, l’insomnie et l’anxiété. Elles agissent sur des récepteurs du système nerveux central qui ne sont pas les mêmes que ceux touchés par les opioïdes. Cependant, les deux produits peuvent déprimer le système respiratoire. Lorsqu’ils sont pris ensemble, ils peuvent donc avoir des conséquences mortelles, en ralentissant la respiration jusqu’à l’arrêt.
« Le problème n’est pas nouveau », dit Dave Martell, un médecin de Lunenburg, en Nouvelle-Écosse, qui se spécialise dans le traitement de la toxicomanie et dirige plusieurs cliniques rurales dans le sud de la province. « Je pense que nous découvrons que les benzodiazépines sont un problème, parce que nous commençons à peine à les examiner. En fait, elles posent problème en ce qui concerne les pratiques de prescription depuis les années 70. C’était une chose cachée », poursuit-il. Une étude de 2833 décès liés aux opioïdes en Ontario de 2013 à 2016 met cette situation en lumière. On y apprend que dans environ 30 % des cas, la victime avait une ordonnance active de benzodiazépines. Dans des centaines de cas, un opiacé avait été prescrit en même temps, souvent pour soulager une douleur.
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