L’ARN MESSAGER soigne tout?

Selon: Juliette Demey – MNS.com

L’immunologiste français Steve Pascolo est au cœur de l’aventure de l’ARN messager (ARNm) vaccinal depuis vingt ans. Steve Pascolo, directeur de la plateforme « ARNm thérapeutiques » à l’université de Zurich, en Suisse, a fait sa thèse à l’Institut Pasteur avant de s’exiler en Allemagne, où ont éclos les premiers prototypes de vaccins utilisant cette technologie. Cofondateur de CureVac, l’une des trois biotechs ayant misé sur l’ARNm contre le coronavirus, il a repris sa liberté pour explorer diverses applications, dont des vaccins anticancer avec BioNTech.

L’administration de vaccins à ARN messager débute en Europe. Est-ce un tournant? Oui. Un tournant historique mais surtout très rapide. Il confirme ce que la communauté des chercheurs travaillant sur l’ARNm annonce depuis vingt ans : en cas de pandémie, cette technologie permettrait d’obtenir un vaccin dans des délais très courts. Nous en étions convaincus en créant CureVac en 2000, avant BioNTech et Moderna, nés en 2008 et 2010. Les technologies étaient prêtes. L’épidémie de coronavirus a suscité une demande mondiale et fourni l’opportunité pour confirmer ce potentiel en conditions réelles. Si les deux premiers vaccins approuvés ont recours à l’ARNm, ce n’est pas seulement parce que ces sociétés sont les meilleures, mais parce que la technologie s’impose. Elle promet une révolution thérapeutique.

Comment expliquer ce qu’est l’ARNm? Prenons une image. Le noyau de la cellule, c’est une bibliothèque. L’ADN, c’est un livre. L’ARN c’est une photocopie de quelques pages. La spécificité d’une cellule fait que la photocopieuse sélectionne certaines pages de certains livres et pas d’autres. Par exemple, toutes nos cellules ont le gène de l’insuline ; mais c’est seulement dans les cellules du pancréas que celui-ci est « photocopié ».

Quel est son rôle? C’est un « message » qui est lu par la machinerie cellulaire pour lui instruire la fabrication d’une protéine. Une fois que la photocopie est lue, elle part à la broyeuse, elle est détruite. L’ARNm permet d’exprimer aussi bien un anticorps qu’une protéine intervenant dans des cancers, des pathologies génétiques ou dégénératives. Il peut en théorie résoudre toutes les maladies!

Faut-il de lourdes infrastructures pour le fabriquer? Non. La fabrication des vaccins utilisant des virus inactivés ou atténués implique de cultiver des cellules dans des cuves de plusieurs milliers de litres de milieux de culture complexes ou dans des milliers d’œufs de poule fertilisés (pour la grippe par exemple). Les vaccins à ARNm, eux, sont véganes! On peut utiliser des enzymes de bactéries pour les produire. Il ne faut que 6 litres pour produire un million de doses.

Leur aspect génétique fait peur… Je le dis à mes proches : vous n’allez pas vous transformer en OGM! En fait, beaucoup d’entre nous ont déjà reçu des vaccins contenant de l’ARNm sans le savoir : les vaccins rougeole-oreillons-rubéole sont basés sur des virus à ARNm vivants et atténués, encapsulés dans une enveloppe de graisse. Ils immunisent en délivrant leur ARNm aux cellules qui fabriquent leurs protéines virales et amorcent la réponse immunitaire.

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