Le salon Rainbow Attitude «dévalisé»

Plusieurs entrepreneurs, créanciers de la
société Rainbow Attitude, dénoncent «une
énorme escroquerie» suite à la disparition
totale des dirigeants du «salon de la vie gay».
Paris –  Ils se demandent aussi où est passée la recette du salon, estimée
à presque 500.000 euros… En effet, moins dʼune semaine après la
clôture de la troisième édition du salon, le 24 octobre 2005, Régine
Corti et ses collaborateurs, Philippe Benhamou, Philippe et Jean-Claude
Sultan, expliquaient à leurs anciens prestataires avoir été cambriolés
dans leurs locaux, rue Saint-Marc, dans le 2e arrondissement de Paris,
et que le coffre-fort contenant la recette avait été dérobée. Inquiète (un
précédent vol avec effraction avait été déclaré à la police en 2004, après
la deuxième édition du salon également), Chrystèle Gimaret, patronne
de lʼentreprise de nettoyage Artupox, qui partage le même bâtiment que
Rainbow Attitude et qui devait en percevoir 17.000 euros, a réclamé
puis obtenu une injonction de payer (comme quatre autres entreprises,
dont le Parc des expositions) par le tribunal de commerce de Paris, où
aucun représentant de la SARL nʼest venu plaider sa cause.
Et pour cause: moins dʼune semaine après le salon, tous les dirigeants
avaient disparu dans la nature. Le siège social a été entièrement vidé, durant
la nuit, selon des voisins. Dʼaprès lʼenquête de Têtu, au moins 15 entre-
prises ou travailleurs indépendants nʼont jamais été rémunérés pour leurs
services durant le salon, auxquels il faut ajouter le bailleur du siège social,
lʼimprimeur, les compagnies de téléphone et dʼélectricité… Pourtant, il
est peu probable que lʼintégralité de la recette du salon ait été dérobée:
plusieurs témoins auraient vu des camions de transport de fond apporter
la recette des entrées à la banque, chaque soir au moment du salon, et une
partie des entrées aurait été perçue par carte bancaire. «On est devant une
grosse arnaque, et une volonté certaine de ne pas payer», estime Chrys-
tèle Gimaret, qui a déjà déposé une plainte au début du mois de février.
Le procureur de la République pourrait retenir la qualification dʼescro-
querie. En effet, «le plus louche dans cette histoire, affirme une source
proche du dossier, est que Rainbow Attitude ne sʼest même pas déclarée
en faillite comme la loi lʼordonne, ce qui leur aurait permis dʼéchelonner
leur dette et de donner un gage de bonne foi. Si les dirigeants de lʼentre-
prise ne réapparaissent pas et que la justice confirme le délit, ce serait du
jamais vu dans le milieu gay. Beaucoup de partenaires appartenaient à la
communauté homosexuelle. «Je me sens déçu et trahi, explique Emma-
nuel Scoriel, régisseur, collaborateur de Rainbow depuis trois ans. Lʼen-
treprise lui doit cette année 3.000 euros. On avait une relation presque ami-
cale, et subitement, plus rien. Il y a au minimum un manque de respect.»
NDLR: Les administrateurs du salon seraient réapparus, un dossier à suivre…