LES 400 MOTS DE RÉJEAN THOMAS #141

Recueillir les propos du Docteur Réjean Thomas dans le cadre de ses chroniques est un plaisir jaloux que je suis heureux de partager avec les lecteurs à chaque édition. Pour cette chronique, plusieurs lecteurs voulaient savoir comment le Dr Thomas vivait la COVID personnellement et quels conseils il pouvait donner à ceux qui en souffrent beaucoup…

C’est sûr que moi j’ai quand même le privilège de me lever le matin et d’aller travailler, même si les journées sont parfois lourdes, même si certaines journées je fais plus de cas de santé mentale que de maladies infectieuses, c’est quand même valorisant d’être là pour nos patients anxieux, dépressifs, qui savent qu’on est là, et de se sentir utile à la fin de la journée, fatigué mais utile. Souvent en fin de journée, je suis un peu fatigué, voire épuisé, et on n’a rien pour déconnecter. Moi avant, mes sorties c’était les restaurants, juste pour voir d’autre monde, pour changer d’air et là, c’est difficile. Mon quotidien actuel c’est la clinique, le condo, la clinique, le condo… Tu peux plus aller au restaurant, au cinéma ou au théâtre et le danger selon moi c’est de trop écouter les nouvelles. Il faut essayer d’éviter ça, j’essaie de me divertir autrement, disons que Netflix est un bon moyen, mais là je commence à avoir tout vu de Netflix (rires)…

En plus, on ne voit plus nos amis, c’est ça qui est difficile aussi. Le téléphone et Facetime ça remplace pas de se voir en personne et mo,i ma famille vit au Nouveau-Brunswick, mon père va avoir 93 ans, j’aimerais bien ça aller le voir, je ne pense pas pouvoir y aller! Le danger avec la pandémie actuelle c’est qu’on a tendance à s’isoler, et on ne contacte plus ses amis, on peut même devenir bien là-dedans. Moi je ne vis aucune anxiété actuellement face à la COVID, je me force à être très disponible, à donner le plus d’empathie possible aux autres et à nos patients et ça c’est très valorisant. Il y a aussi des gens qui sont tannés, point! Pas nécessairement anxieux ou dépressifs, juste tannés que tout tourne autour de la COVID. Quand je disais que je trouvais ça lourd des fois, c’est quand j’ai un patient devant moi qui me dit qu’il ne voit plus d’avenir devant lui, je vois ça tous les jours, je suis limité dans ce que je peux faire, on aimerait pouvoir en faire plus, mais je ne peux pas changer la situation de la pandémie, quand je dis que c’est lourd c’est pas péjoratif, c’est épuisant psychologiquement, parce que si on avait toutes les ressources nécessaires, je pourrais mieux intervenir. Je suis aussi très inquiet avec les suicides, quand les faillites vont commencer à être nombreuses, cette semaine j’ai eu deux patients qui ont fait une tentative. C’est préoccupant et c’est dans ce sens-là que je dis que c’est lourd! 

Quand j’arrive chez moi, pour essayer de décrocher, je me prends un verre de vin blanc, j’ai le défaut d’écouter les nouvelles, mais des fois c’est pour chercher des nouvelles positives. Pour moi c’est aussi simple que d’arriver chez moi et me faire plaisir avec des émissions télé que j’aime, manger ce que j’aime avec un verre de vin blanc. Je suis plutôt confortable dans cette sorte de solitude. Mon plus grand plaisir c’est à 17h50 sur TV5, d’écouter « Question pour un champion » (rires)… J’adore cette émission-là, je suis curieux intellectuellement, c’est mon moment préféré! J’en ai plusieurs comme ça sur TV5, et ça change de la COVID!

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